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Tombé pour la patrie après moins d’un an de service !

Photo illustrative
Une fiction mais qui relate à souhait le vécu et la réalité de bon nombre de nos FDS tombés la ferraille à la main car un fusil vidé de ses balles n’est plus qu’une ferraille…

Je viens d’être nommé Sous-Lieutenant des Forces Armées Burkinabé après deux ans passés dans la souffrance de l’Académie Militaire. Cette souffrance, je l’ai voulue, au nom de mon amour pour la patrie. Je l’ai acceptée pour être apte à défendre mon pays, son drapeau et ses habitants. Je ne la regrette point. Ce sabre doré que je viens de recevoir et cette barrette tant attendue me font oublier les dures exigences de l’accès au métier des Armes. Aujourd’hui, je rencontre mon destin. Le Président, dans son discours me demande, que dis-je, nous demande de faire don de nous-mêmes pour l’intérêt supérieur de la nation. C’est une résolution que nous avions déjà prise en nous engageant.
Mes camarades rient, boivent et mangent. Ils célèbrent leur réussite. Comprennent-t-ils seulement l’ampleur de la tâche qui les attend ? Savent-ils seulement qu’ils vivent le calme avant la tempête ? Ou profitent-ils seulement de leurs derniers instants de joie ?
Le pays est en crise. Çà et là surviennent des attaques terroristes. De pauvres innocents sont chaque jour massacrés. Toute la zone Nord du pays est aux mains de ces sinistres individus sans cœur. Ils y font leur loi, et ça me fend le cœur. Mais ces bâtards, nous les aurons. Même au prix du sacrifice ultime, nous les exterminerons jusqu’au dernier.

Février 2017 : Affectation

Fini les vacances. Les affectations sont sorties. Je vais au Nord comme je le souhaitais… Je pourrai enfin servir mon pays. Tout ce que j’ai appris, je pourrai le mettre en pratique. Fatigue, sommeil, je ne connaîtrai plus. Très endurant je devrai être, et le moral à toute épreuve j’aurai. Ces ignobles terroristes n’auront point de répit.
Demain, je dirai au revoir à ma belle Julia. Ses douces jambes ne sentiront plus la chaleur de mes doigts, et ses lèvres resteront sèches bien longtemps, douze longs mois… Sa tête n’aura plus d’épaule sur laquelle se reposer. Bientôt, je passerai ma dernière nuit avec elle, bien au chaud. Que je l’aime ma belle Julia. Mais le pays passe avant tout. Je suis militaire et ma mission, c’est de combattre l’ennemi.
La nuit sera très dure, aussi bien pour ceux qui crient que pour ceux qui prient. Burkina, mon très beau Burkina, pour toi je ferai bataille. Aujourd’hui je quitte papa, maman, Julia. Les reverrai-je jamais ?
Dormez en paix chers civils. Nous prenons sur nos épaules, le poids de votre sécurité. N’ayez crainte aucune, car sur vous nous veillerons. Nous vous faisons la promesse de vous défendre avec abnégation, et de ne ménager aucun effort
Je pars le mois prochain…

Mars 2017 : Je suis prêt

Nous arrivons enfin à Djibo. La route a été longue mais nous ne sommes pas à plaindre. La population dort la peur au ventre. Elle n’a pour seul soutien que nous. Notre peine ne vaut pas la peine d’être évoquée.
On nous installe dans la caserne située aux abords de la seule voie qui mène à la ville. Ici, point de luxe. Juste le strict minimum pour des hommes voués à ce destin : sac de couchage, quelques tenues de combat, rangers usés, AK47, arme de poing, munitions insuffisantes (Shut !!! N’en pipez aucun mot surtout. C’est tabou).
Dès demain, nous entamerons la mission.

Avril 2017 : Déjà un mois

Cela fait déjà un mois que nous sommes arrivés. Nous effectuons des rondes pour sécuriser la ville. Chaque nuit, une patrouille lourdement armée fouille coins et recoins de cette campagne reculée, à la recherche de ces nuisibles cafards. Malheureusement, ils le savent, ils nous surveillent. Ils sont parmi cette même population que nous sommes censés défendre. Souvent, nous avons des renseignements utiles qui nous permettent de les traquer et de les abattre. Ils ne méritent pas de vivre. Ils ne le veulent d’ailleurs pas. Comme nous, ils préfèrent mourir que de se rendre. A la bonne heure ! Nous n’en demandons pas plus.

Mai 2017 : Elle porte mon enfant

Ça y est. Je vais bientôt être papa. Julia vient de me l’annoncer. Elle est enceinte de trois mois. Pour l’instant, je n’en parle à personne. Suis-je heureux ? Suis-je triste ? Je ne le sais pas. Avoir un enfant implique des responsabilités supplémentaires. Je commence à douter de ma vocation. Si jamais je meurs, qui s’occupera de lui ? Même si je ne meurs pas, je ne serai pas toujours présent pour lui. Bref. Let’s be happy.

Juin 2017 : Adieu camarade

Aujourd’hui, Abdoulaye va en patrouille. Nous nous sommes connus au Prytanée en 2004. Plus qu’un camarade de promotion, il est un frère. Au-delà du Prytanée, nous avons passé les deux années de l’Académie ensemble. Lorsque l’un de nous avait le moral au plus bas, l’autre s’empressait de le réconforter. Nous avons vécu tant de choses ensemble… Le destin a décidé que nous nous retrouvions là encore, à servir ensemble.
Il monte dans le véhicule de tête et me fais signe de la main, pour me dire « à toute à l’heure ». Il me sourit comme s’il savait une chose que j’ignorais. Je n’y prête pas attention, occupé à essayer de me reposer. J’ai moi aussi une patrouille ce soir.
Ils sont partis depuis trente minutes.
Soudain, je vois mes supérieurs, l’air paniqué, au pas de course, en direction du Poste de commandement. Un appel sur mon talkie-walkie me sommant de rejoindre le mouvement, me tire de ma nonchalance. Instinctivement, je ramasse mon AK47 et me dirige machinalement vers ce petit attroupement. Je sais que quelque chose de grave s’est produit.
A peine ai-je le temps de m’arrêter que le Colonel nous balance la nouvelle :
– La patrouille partie il y a trente minutes vient de sauter sur une mine artisanale. Il y avait un survivant qui a malheureusement été abattu par des guetteurs.
Je n’y crois pas. Abdoulaye ne peut pas partir ainsi. Il ne peut pas m’abandonner ainsi. Je le vengerai, je le jure !

Juillet 2017 : Scandale

La scène politique connaît beaucoup de remous. Nous apprenons à la radio tantôt l’acquisition de véhicules à coût de millions pour tous les ministres, et écoutons tantôt des discours populistes dénonçant les salaires faramineux de certains d’entre eux. Au-delà de tout, les attaques répétées contre nous font la une de tous les journaux. Certains mouvements réclament la démission de notre ministre pour incompétence. Ils ne comprennent pas qu’au lieu de nous acheter des véhicules blindés et des équipements modernes, le gouvernement utilise leur argent (le nôtre aussi d’ailleurs), pour s’enrichir.
Dernier événement en date, et non des moindres, le ministre de la lutte contre le terrorisme s’est fait construire un château dans son village natal, à coût de centaines de millions, lui qui n’avait déclaré à sa prise de poste qu’un montant de huit cent mille comme fortune.
Nous les écoutons sans émotion montrer. Ne sommes-nous pas la grande muette, apolitique par excellence ? Point de fait de grève, point de remise en question de l’autorité, encore moins de commentaires sur les décisions politiques, fussent-elles positives.

Août 2017 : Embuscade

Hier le poste de police a été attaqué. Cinq policiers ont été mortellement touchés, contre deux assaillants seulement. Le sixième policier, ce pauvre malheureux, en piteux état, ne doit son salut qu’au fait qu’on l’ait cru mort. Toutes les armes ont été emportées, les infrastructures détruites, le matériel roulant incendié. Le bilan ne s’arrête pas là. Ayant reçu une demande de renfort, une patrouille de gendarmerie, dans un élan de solidarité a décidé de leur prêter main forte. Chemin faisant, ils tombent dans une embuscade, offrant un spectacle pas du tout beau à voir. Des corps calcinés par-ci, des lambeaux de chair enchevêtrés dans du métal par-là, des macchabées troués de partout un peu plus loin, rien que de la désolation. Quinze personnes au total ont perdu la vie. Que diantre nous veulent-ils ces terroristes ?

Septembre 2017 : Triste sort

…Nous sommes encerclés par des assaillants. Les balles sifflent de partout. A plat ventre sur le sol, nous tentons tant bien que mal de riposter. Les impacts de balles laissent dans le mur des trous béants. Je n’ai pas le temps de penser à ce qui m’arriverait si j’étais touché. Je suis le plus gradé ici et je dois protéger mes hommes. Mais j’ai très peu de munitions. Si la hiérarchie a décidé de ne pas nous en donner assez, et de ne pas nous doter de gilets pare-balles, elle avait surement de bonnes raisons… Qui suis-je pour remettre en question ses décisions ? Ne suis-je pas là que pour exécuter sans murmurer ?
A l’Académie, on m’a appris qu’en cas de surprise, il fallait riposter, tomber en garde et surtout rendre compte. Je l’ai fait. Mais je mourrai quand même. On m’a promis du renfort. Mais jusque-là, je ne vois personne arriver. Viendront-ils seulement ? Je ne pense pas. Ils ont bien retenu la sanglante leçon lors de l’attaque du poste de police. Nous n’avons presque plus de balles. Que ferons-nous ?
J’ai déjà perdu dix hommes. Il ne m’en reste que trois, qui faiblissent déjà. Moi aussi je suis fatigué, mais je ne peux le montrer. Si le chef fléchit du genou, sa troupe rendra les armes. Ils me regardent, et font comme moi. Je n’ai pas le droit de ployer, de courber l’échine devant ces sauvages. Nous vaincrons ou nous périrons dignement.
Mes hommes n’ont plus de munitions. Je suis le seul qui continue à lancer des tirs sporadiques. Ils le sentent, et nous les entendons se rapprocher peu à peu. Nous allons dîner en enfer ce soir. Mais peu importe, nous aurons eu une belle mort. Il n’y a pas de plus grande gloire pour un militaire, que de tomber les armes à la main.
Je sens une boule au ventre lorsque j’actionne la détente et que j’entends un clic. Pas de recul de l’arme. Un instant, je m’attache à l’espoir d’avoir fait une mauvaise manipulation. J’arrache de nouveau, mais violemment cette fois-ci, la détente. Toujours rien. Le percuteur se heurte tristement contre les pièces métalliques de l’arme. Je me retourne vers mes hommes, je sens la désolation dans leurs yeux. Ils savent qu’ils ne passeront pas la nuit.
Un silence s’abat sur la caserne. Ils arrivent, je les entends. Ils crient de joie à l’idée de nous avoir vaincus. Malheureux ! Vous aurez notre peau, mais ni notre âme ni notre dignité. Vous pensez avoir gagné, mais en réalité, vous êtes bien pitoyables.
Je refuse de me laisser gagner par la peur. J’attends de pied ferme la mort. Je la prendrai dans mes bras avec sourire, et elle m’amènera rencontrer mon créateur.
Je me lève, tête haute, poitrine bombée, fesses serrées, …, sourire aux lèvres, en attendant mon destin.
Dans un vacarme assourdissant, ils défoncent la porte. Une douleur insoutenable me foudroie. J’essaie de rester debout mais la violence des autres balles reçues me fait tomber. Je sens mes veines se vider et mon souffle me quitter. L’ivraie vient d’étouffer le bon grain.
Je pense à maman. Je suis son seul fils. Que deviendra-t-elle ? Elle qui a tant essayé de me dissuader d’intégrer l’armée.
Julia porte en elle mon enfant, mon héritier. Il n’aura pas le temps de naître, qu’il sera déjà orphelin. Cher enfant, sois fier de ton père. Il meurt pour t’assurer un avenir radieux.

Épilogue

Burkinabés, je vous confie mon enfant, orphelin parce que son père a donné sa vie pour vous sauver, orphelin parce que son père vous a aimé plus que lui. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », disent les écritures.
Moi, on m’oubliera bien vite. Je suis mort, je m’en vais. Les journaux en parleront, de longs messages plus touchants les uns que les autres verniront ma page Facebook. Mon cercueil sera vêtu de ce rouge-jaune-vert, et arborera fièrement une médaille. Rien que ça. A titre posthume en plus.
Ma vie, je l’ai donnée pour vous. Je vous lègue cet enfant, en guise d’héritage. Prenez-en grand soin.

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

Cédric Aymar SOME

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