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Mauritanie / Présidentielle de 2019: Mohamed Ould Bouamatou, un destin à la Patrice Talon ?

Ould Bouamatou à la gauche de son cousin Président, Ould Abdelaziz du temps où le premier était encore le principal soutien financier du second. (Crédits : CC)
Ould Bouamatou à la gauche de son cousin Président, Ould Abdelaziz du temps où le premier était encore le principal soutien financier du second. (Crédits : CC)
Le réseau Avocats Sans Frontières vient de porter plainte pour corruption contre l’homme d’affaires mauritanien Bouamatou Khouna Mohamed, propriétaire d’un ensemble de sociétés allant de la banque à la distribution de produits pétroliers et du ciment à l’assurance.

La plainte enregistrée le 29 juin 2018 par le Tribunal de grande instance de Paris (France) est conduite par  le réseau comprenant notamment  les avocats Sébastien Journé, William Goldnadel et Mohamed Ould Sid Ahmed. L’on note aussi, au rang des plaignants,  l’Observatoire mauritanien de lutte contre la corruption (OMLCC).

Cet organe déclaré d’utilité publique par décret approuvé en Conseil des Ministres du 19 Avril 2018 s’invite ainsi dans l’affaire Bouamatou.

Un mandat d’arrêt international lancé par le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz contre l’oligarque Mohamed Ould Bouamatou. Enième épisode de la guerre de tranchées à laquelle se livrent les deux hommes, issus de la même ethnie, le conflit mobilise une noria de consultants et d’avocats à Paris et à Nouakchott.

Mis en examen en août 2017 pour corruption envers plusieurs députés et hommes de médias, le milliardaire mauritanien est sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la Mauritanie et transmis à Interpol lequel, jusque-là, n’a pas encore émis de réponse.

Ce que signifie la perquisition par le pouvoir mauritanien du domicile de Mohammed Ould Bouamatou à Nouakchott

La présidence mauritanienne deviendrait-elle nerveuse à moins d’un an de l’élection présidentielle ? C’est ce que semblent penser un certain nombre d’observateurs de la chose mauritanienne, avec la perquisition du domicile du milliardaire Mohammed Ould Bouamatou, après que ce dernier l’ait abandonné il y a près de 8 années et qu’il se murmure qu’il pourrait briguer la magistrature suprême, à l’image du béninois Patrice Talon. L’ombre tutélaire du milliardaire en exil est désormais devenue un sujet national, divisant les tribus, fracturant les alliances et obligeant chaque camp à fourbir ses armes.

Mais qu’allaient donc-t-ils faire dans cette galère ? Lorsque les policiers se rendent dans l’ex domicile de Mohammed Bouamatou à Nouakchott ce lundi 14 mai 2018 afin de procéder à une perquisition suite à la plainte pour «corruption» déposée par le parquet, il ne leur faudra pas plus de quelques minutes pour réaliser que la villa du milliardaire ressemble beaucoup plus à un chantier abandonné qu’au QG stratégique de celui qui est désormais devenu le meilleur ennemi du Président Aziz. Que viennent-ils chercher dans cette maison abandonnée ? Nul ne sait, mais cela n’empêche pas les forces de l’ordre de faire le tour du propriétaire et de consigner tout ce qu’ils peuvent trouver.

Selon des informations fiables obtenues par La Tribune Afrique, les éléments de la police mauritanienne ont tenté de convoquer le fils et l’officier du protocole du milliardaire afin qu’ils assistent à la perquisition, ce que ces derniers ont refusé formellement, avant d’être embarqués au poste de police pour remplir une déposition. Même scénario à la maison du numéro 2 du groupe Bouamatou, Mohammed Ould Debbagh, sous le coup d’un mandat d’arrêt international qu’aucune justice européenne ne semble prête à honorer pour l’instant.

«Il y pense tout le temps. Pour le Président Aziz, Bouamatou est devenu une obsession de tous les instants. Et plus l’élection approche, plus il y pense, car il sait que son cousin ne lui fera aucun cadeau et rendra coup pour coup» nous confie ce proche des premiers cercles mauritaniens, pour lequel il ne faut voir dans la double perquisition de lundi que la «continuation normale de la stratégie de dé-bouamatisation poursuivie par le général Aziz».

Pourtant, il ya bientôt dix ans, rien ne laissait présupposer qu’une telle guerre fratricide puisse survenir. Alors qu’il vient de s’emparer du pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, et que son pays est mis au ban des nations africaines, le général Ould Abdelaziz tente par tous les moyens de légitimer son coup de force, et il s’appuiera pour cela sur un seul homme : son cousin, Mohammed Ould Bouamtaou, à la tête d’un conglomérat géant incluant la banque, les télécoms, ainsi que la distribution.

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Accessoirement, Boumataou est l’homme le plus riche de Mauritanie, et de son propre aveu, il deviendra l’un des financiers les plus zélés de la campagne visant à faire de Mohammed Ould Abdelaziz un Président légitimé par les urnes.

La lune de miel entre les deux hommes sera pourtant de courte durée. Très proche de l’ancien Président Ely Ould Mohamed Vall, Bouamatou ronge son frein et assiste impuissant au «verrouillage» des postes clés dans la haute administration mauritanienne par le Président Ould Abdelaziz.

Coup pour coup

Peu à peu, son influence sur son cousin décline, et leurs rapports se tendent. En 2010, c’est l’exil vers Marrakech, au Maroc, et la découverte d’une nouvelle passion: la bonne gouvernance. De ce fait, le message véhiculé depuis huit ans par Bouamatou à travers ses multiples relais – sans toutefois jamais s’exprimer publiquement lui-même- est clair: la Mauritanie serait aux mains d’un quarteron dont l’objectif unique est la captation des richesses.

Et il semblerait que les faits lui donnent peu à peu raison, du moins sur le plan économique. Si elle arrive à enregistrer quelques succès sécuritaires, la Mauritanie s’est enferrée dans une certaine léthargie économique, aggravée par les contrôles fiscaux «punitifs» adressés à tous les opérateurs économiques qui ne rentreraient pas dans le rang. A l’été 2017, l’affrontement à fleurets mouchetés se fait direct, avec le camouflet essuyé par la tentative de réforme constitutionnelle portée par le Président Ould Abdelaziz.

Ce dernier doit faire face à une fronde des sénateurs, dont il tente de dissoudre la chambre, qui se transforme peu à peu en véritable crise politique.

Pour le Président mauritanien, il ne peut y avoir qu’un seul responsable de cette débâcle : son cousin honni, lequel se retrouvera rapidement sous le coup d’une enquête pour corruption, ainsi que son plus proche collaborateur, dont l’ordinateur portable est confisqué.

Un destin à la Talon ?

Depuis le début de l’année 2018, l’affrontement entre les deux hommes est désormais passé à un autre niveau. L’élection présidentielle de 2019 approchant, tout le monde garde en mémoire la « blitzkrieg » béninoise orchestrée par le Président Patrice Talon. Après avoir été très proche du Président Boni Yayi, l’actuel Président du Bénin avait connu une période de disgrâce où il lui fut reproché d’être l’instigateur de multiples complots. L’homme en gardera une rancune tenace, qui aurait été centrale dans sa décision de succéder à son ancien meilleur ami. Autour de Bouamatou, certains de ses proches n’excluraient pas cette option en dernier recours, l’homme d’affaires jouissant d’une popularité considérable dans son pays, notamment grâce aux bonnes œuvres financées sur sa casette personnelle….

Avec, S1S2

 

 

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