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Burkina Faso / Lutte contre le terrorisme: on parle beaucoup plus des défaites…

N’oublions pas ce que disent Audrey Ilpidi et Perle Reynaud-Fourton : « Le message terroriste est avant tout adressé à l’opinion publique. C’est un message écrit avec le sang des victimes. Le terrorisme cherche à frapper les esprits dans le dessein de les manipuler. »

Dans la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso, les médias ont tendance à prioriser dans leur agenda les défaites des forces de défenses et de sécurité (FDS) burkinabè plutôt que leurs victoires. On nous parlera de la règle du train qui arrive en retard… Et pourtant dans ce nouveau contexte, le paradigme doit changer.

En réalité, « lorsque les terroristes frappent, ils sont assurés de bénéficier de l’attention des médias, et donc de celle de la population et des gouvernants du pays qu’ils ont pris pour cible », affirme Brigitte Nacos dans son ouvrage intitulé Médias et terrorisme : du rôle central des médias dans le terrorisme et le contre-terrorisme.
Pour l’auteur, les médias sont l’oxygène des terroristes. Elle ne croyait pas si bien dire.

Depuis que le Burkina Faso est frappé par les attaques terroristes, nous avons l’impression que la hiérarchie militaire reste apathique et passive. Les défaites des Forces de défense et de sécurité (FDS) burkinabè sont abondamment relayés dans la presse locale et sur les réseaux sociaux. Et pourtant, comme le disait Raymond Aron, « le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens le sachent. »

Le professeur Taham Najem fait constater que les terroristes « calculent avec précision la portée et le but, le lieu et le timing des attaques afin de susciter l’intérêt des médias, ou en d’autres termes, pour diffuser leurs messages à l’échelle mondiale. Et plus la couverture médiatique du terrorisme est importante et se prolonge, plus les sentiments de réussite, de puissance et d’influence des terroristes deviennent grands ». Tout cela, à cause du traitement sensationnel et dramatique.

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En effet, les FDS burkinabè font d’incroyables sacrifices sur le front chaque jour que le soleil se lève pour traquer les terroristes jusque dans leurs derniers retranchements. Après les trois attentats qui ont frappé Ouagadougou et ceux dans le Sahel, la contre-attaque burkinabè porte ses fruits, comme en témoigne l’attentat déjoué à Rayongo, un quartier de Ouagadougou, mais aussi de nombreuses arrestations et découvertes d’armes à Ouagadougou. Les cellules de contre-terrorisme déjouent des attentats. Cependant, ces actions n’ont pas fait l’objet de communication.

Dans le cas des attaques à répétition à l’Est, ce que les autorités burkinabè oublient de dire, c’est qu’ils ont été les premiers à mener des offensives dans cette région grâce à plusieurs ratissages qui ont permis d’arrêter près d’une quarantaine de présumés terroristes. L’attaque ces derniers temps dans la région de l’Est est une riposte à toutes ces arrestations. En attaquant la gendarmerie de Pama (plus de 320 km de Ouagadougou) à la fin du mois d’août 2018, ces terroristes pensaient avoir récupérer certains des leurs. Mais l’anticipation des FDS a permis de les transférer dans une autre zone mieux sécurisée. Des armes ont été découvertes dans des greniers de personnes âgées. Tout cela, on ne le dit pas.

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Les objectifs des terroristes, c’est de briser notre cohésion sociale, l’unité de la nation. Ils y arrivent au vu de la polémique grandissante sur la gestion de cette crise par les autorités burkinabè.

Briser le silence
A mon avis donc, les journalistes doivent forcément prendre parti contre la terreur, sans pour autant fouler au pied les règles fondamentales du métier. En relayant à chaque fois ces actes de terreur, nous contribution indirectement à faire la publicité des terroristes. Le traitement sensationnel de ces événements, leur dramatisation tend à contribuer à l’apologie du terrorisme. Il faudrait une véritable sélection dans la mise sous agenda du traitement de « l’actualité terroriste ». Dans cette position, les médias doivent tout même éviter de faire le jeu des politiques (oppositions et majorité confondues) qui cherchent à chaque fois à faire de la récupération.

Il est également temps pour les autorités burkinabè de combattre les terroristes sur le terrain de la communication, car chaque attaque est une action de communication. Cela peut se faire sans pour autant fouler les droits fondamentaux de l’Homme. Les FDS, pour se donner le moral, ont aujourd’hui besoin que le sacrifice fait sur l’autel de la lutte contre le terrorisme soit valorisé. Il ne faut plus que nous ayons l’impression que les FDS qui succombent dans cette guerre sont morts pour rien. Cette communication doit se faire à travers un plan cohérent d’exaltation des efforts des FDS, de diffusion (ou non) de l’information. Dévoiler certaines informations sur les arrestations de terroristes va contribuer à rassurer la population, inquiète sur la capacité de son gouvernement à le protéger.

N’oublions pas ce que disent Audrey Ilpidi et Perle Reynaud-Fourton : « Le message terroriste est avant tout adressé à l’opinion publique. C’est un message écrit avec le sang des victimes. Le terrorisme cherche à frapper les esprits dans le dessein de les manipuler. » Mais aujourd’hui, avec l’ampleur des réseaux sociaux, il est devenu difficile de filtrer l’information. C’est pourquoi il est désormais important de miser sur l’éducation aux médias et réseaux sociaux.

Avec, Source

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