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Dossier / Algérie: La sécurité, la prospérité, l’unité et la stabilité… sont tributaires d’un seul facteur (Yetnahaw Ga3!…[Qu’ils dégagent tous][They All Should Go])…

Algérie: La prospérité, l’unité et la stabilité… sont tributaires d’un seul facteur (Yetnahaw Ga3!…[Qu’ils dégagent tous][They All Should Go])…
(Yetnahaw Ga3!… [يتنحاو ڨاع],[Qu’ils dégagent tous],[They All Should Go])…est un slogan en algérien, qui apparaît lors des manifestations qui secouent l’Algérie depuis le 16 février 2019 et qui est devenu une sorte de cri de ralliement des internautes depuis la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux montrant un jeune algérois interrompant un direct d’une correspondante locale de la chaîne télévisée Sky News Arabia, le soir du 11 mars 2019 où l’ex-président Abdelaziz Bouteflika annonça qu’il renonce à briguer un cinquième mandat. L’idée de ce slogan est que tous ceux qui ont dirigé ou participé de près ou de loin à la direction du pays doivent être chassés.

Que réclame le peuple algérien et que craindre

Le peuple réclame (un peu comme cette jeunesse mondiale qui s’élève conte « le système » mondialisé qui est en train de tuer leur planète) le départ définitif du « système Algérie » tel qu’il a existé jusque-là. Il réclame une nouvelle constitution et une seconde République. C’est-à-dire un «re-brassage» complet des cartes politiques, sociales et économiques, pour faire redémarrer l’Algérie sur de nouvelles bases réellement populaires et démocratiques…. Ni plus ni moins.

Il ne faut pas confondre le peuple algérien avec ses dirigeants

La glaciation, le silence, le sommeil endolori étaient pour les seconds. Le drame de ce pays est que ces dirigeants ont toujours voulu façonner cette terre et son peuple à leur image. Prévarication, pillage obscène, saccage de toute richesse, naturelle, mais surtout humaine. Les Algériens face à cette situation où le médiocre, les combines et l’avidité rustre l’emportaient dès qu’ils avaient affaire avec le « pouvoir » avait même créé un mot. « Dégoûtage ! » Mot dit avec le dégoût qui creusait le visage de chaque Algérien en rictus de colère.

L’Algérie, un cri

L’a-t-on entendu, ce long cri de vie algérien en 2001, quand la Kabylie, rebelle et réfractaire, se soulevait en un « Printemps noir » (en kabyle : Tafsut taberkant) qui fera, selon certains bilans, plus de 120 morts. De jeunes hommes pour la plupart. Ceux qui étaient emplis de ce fameux «dégoûtage ». A-t-on entendu ce cri quand l’Algérie s’est soulevée en 1988 ? Dormait-elle alors ? Vraiment ? A-t-on ensuite le long cri d’horreur qui a traversé ce pays de part en part pendant plus de 10 ans (décennie noire)?

Le Hirak

Désigne une série de manifestations sporadiques qui ont lieu depuis le 16 février 2019 en Algérie pour protester dans un premier temps contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, puis contre son projet. Par la suite, les protestataires réclament la mise en place d’une Deuxième République, et le départ des dignitaires du régime, notamment parce que ceux-ci organisent le prochain scrutin avec les candidatures de caciques du régime, ce qui mène à l’élection de l’ancien Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, lui-même contesté par les manifestants.
La mobilisation populaire qui soulève l’Algérie n’est pas seulement une révolte contre des conditions de vie devenues inacceptables. C’est aussi un mouvement qui fait des rues du pays le théâtre d’une construction organisée de la vie collective et politique par des citoyens qui revisitent leur histoire et prennent leur indépendance.
« Le mouvement social a réussi qualitativement le pari de s’incruster dans la société, de donner un sens profond au politique approprié par des jeunes considérés comme des “moins que rien” pendant ces 20 dernières années ; ils démontrent aujourd’hui leur capacité à exprimer lucidement leurs exigences politiques dans le pacifisme et une détermination à toute épreuve. Il ne faut pas lire le mouvement social uniquement par le haut, c’est-à-dire en restant obnubilé et crispé à propos de sa confrontation au pouvoir central. Nous devons aussi orienter notre regard par le bas, de façon plus horizontale, en observant attentivement les rapports qui se créent entre les manifestants (la fraternité, la solidarité, la conscientisation politique, etc.), les questionnements historiques, politiques qu’il a pu permettre, des débats critiques engrangés, l’objectivation d’un patrimoine politique représenté par les multiples slogans originaux, novateurs ; autant de traces écrites que personne, demain, ne pourra effacer. » Mohamed Mebtoul

Tous évoquent directement un départ imminent de la mafia militaro-politico-financière algérienne: (Yetnahaw Ga3!…[Qu’ils dégagent tous][They All Should Go])…

Le 22 février 2019, des dizaines de milliers d’Algériens descendent spontanément dans les rues du pays pour protester contre la perspective d’un 5e mandat du président sortant Abdelaziz Bouteflika. A 80 ans, le vieux chef de l’État malade souhaite alors se présenter au scrutin prévu en avril. Rapidement, pourtant, il est poussé vers la sortie et l’armée reprend totalement la main, à travers son chef, le général Gaïd Salah. S’ensuit une série d’arrestations dans l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika et le report, à deux reprises, du scrutin présidentiel. Pourtant, les manifestations se poursuivent avec une revendication aussi simple que floue : « la fin du système ». Une présidentielle largement rejetée, le 12 décembre 2019, portera au pouvoir Abdelmadjid Tebboune. Quant aux manifestations du Hirak, elles se poursuivront.

Rien ou presque ne « va » dans ce pays devenu, après une cinquantaine d’années d’indépendance, moins que l’ombre de ce qu’il était avant.

Une mainmise, dès l’indépendance, en 1962, d’une junte militaire sur le pouvoir politique et économique, aura tôt fait de faire de ce pays, pans après pans, une sorte d’énorme république bananière.
Les pouvoirs successifs (simples jeux de chaises musicales entre les membres des mêmes cliques issues de l’armée – parti unique, le FLN, jusqu’à la fin des années 1980, sur simulacres d’élections à la Staline). Profitant d’une rente pétrolière et gazière plus que généreuse, ils n’ont fait qu’acheter la paix sociale en arrosant le peuple de subventions et de salaires pléthoriques.
Mais dès le début des années 1970, une grogne populaire sourde commençait à se faire jour, devant les abus et excès, de plus en plus insolemment ostentatoires d’une nouvelle classe de dominants qui ne cachait même plus les indécents « avantages » qu’elle s’octroyait : un vrai hold-up, au profit de quelques familles de potentats et de leurs complices, sur les richesses nationales.

Des femmes algériennes entrain de chercher quoi manger dans les poubelles public et ce malgré que l’Algérie est très riche par son pétrole et son gaz naturel…..

Un pouvoir autiste et (trop) manipulateur.

Pour se donner un vernis de légitimité, le pouvoir hyper corrompu et despotique dont je parle, s’est toujours appuyé sur deux piliers : être la continuité de la glorieuse Révolution anticoloniale, et le rempart contre le retour des hordes islamistes.
Jouant inlassablement sur ces deux cordes, le pouvoir a été jusqu’à imposer – en violation de la constitution que ce pouvoir s’est lui-même concoctée- un quatrième puis un cinquième mandat de cinq ans au même président, Abdelaziz Bouteflika. Rappelons qu’il a été terrassé par un AVC il y a plusieurs années, avant son quatrième mandat. Il est totalement impotent, donnant la pitoyable image d’un homme quasi moribond.

L’annonce de sa cinquième candidature pour les élections d’avril 2019 a été la goutte qui a fait déborder le vase et l’étincelle qui a mis le peuple dans les rues.

Il convient également de savoir que la chute draconienne des prix des hydrocarbures depuis 2014 a entraîné avec elle celle du pouvoir d’achat et de la qualité de vie – déjà à la limite du supportable- des Algériens. C’en devenait trop. Et ce d’autant que la majorité de la population est très jeune, et connectée aux chaines de télévisions internationales et à l’Internet. Elle n’a aucune sensibilité aux discours de « légitimité révolutionnaire » ou de « menace islamiste-terroriste ».
Cette jeunesse est aujourd’hui aux avant-postes de l’insurrection qui envahit le pays. Jusque-là tout se passe de manière étonnamment civilisée et pacifique. Aucune « casse », au contraire : les manifestants se font un devoir de tout nettoyer, sacs de plastique à la main, après chaque manifestation! Du jamais vu !

Le « mal algérien» est toujours là : l’économie rentière a donné naissance à un système mafieux qui mine et annihile les espoirs d’un décollage économique, et donc d’une amélioration durable des conditions de vie de la population. Le retour de l’homme providentiel ne suffit pas pour juguler les tensions autour de ce nouveau pactole ; sans institutions politiques démocratiques, cette nouvelle richesse inattendue s’apparente à un nouveau mirage. Hier, sous un régime autoritaire, celui de Boumediene (1965-1979), la peur et les menaces n’avaient pas réussi à éloigner « ceux qui désirent que de l’argent » ; aujourd’hui, sous un régime au pluralisme contrôlé, le désir d’enrichissement semble décuplé et les moyens de le réguler apparaissent dérisoires. Dans un article paru dans L’Expression, le professeur Chems Eddine Chitour exprime le sentiment de chacun vis-à-vis de ce troisième choc pétrolier :

« Il faut plus que jamais revoir tout ce que nous faisons. Pour commencer, l’Etat doit arrêter de vivre sur un train de richesses qui ne correspond pas à une création de richesses. Il nous faut réhabiliter notre savoir-faire en comptant sur nous-mêmes et non sur les Chinois, les Français, Turcs et autres Coréens pour qui l’Algérie est un bazar où l’on peut refiler n’importe quoi pour l’équivalent de 30 milliards de dollars de gadgets sans lendemain… Il faut un nouveau programme pour gérer l’Algérie, un programme fondé sur la formation des hommes. Cela commence à l’école.»

Les architectes de la « décennie noire » sont de retour! Les ingrédients d’une explosion sociale sont réunis

Du FIS au Hirak, les architectes de la « décennie noire » sont de retour!

Les architectes de « décennie noire »

Le génocidaire le général Khaled Nezzar, Il a quitté l’Algérie en fugitif, il y revient avec les honneurs muni d’un passeport diplomatique fraîchement établi, Alors que les Algériens attendaient le retour du président Abdelmadjid Tebboune, qui affirme être en convalescence après sa grave maladie, ce fut l’ancien général Khaled Nezzar, en fuite depuis une année et demie en Espagne, qui a débarqué le 11 décembre dernier à l’aéroport militaire de Boufarik, à bord d’un jet de la présidence algérienne. Après avoir passé en revue un alignement de hauts gradés algériens venus l’accueillir sur le tarmac, et avant même de rejoindre son domicile, Khaled Nezzar est allé directement narguer les juges de son pays. Ainsi, il serait passé successivement au tribunal militaire de Blida pour «déchirer» et fouler aux pieds les documents de sa condamnation à 20 ans de prison par contumace, puis au tribunal de Sidi M’Hamed pour réduire à néant sa condamnation pour blanchiment d’argent, assortie d’un mandat d’arrêt international lancé contre lui. Khaled Nezzar, né le 25 décembre 1937 à Seriana, dans l’actuelle wilaya de Batna en Algérie, est un général major et un homme politique algérien. Khaled Nezzar est le principal artisan du coup d’État qui interrompt le processus électoral qui aurait certainement conduit le Front islamique du salut (FIS), parti islamiste, au pouvoir. Le président Chadli Bendjedid démissionne la veille et un Haut Comité d’État (HCE) est mis en place. C’est le coup d’État des « janviéristes ». De 1992 à 1994, Khaled Nezzar a été l’un des cinq membres de ce Haut Comité d’État (HCE) présidé par Mohamed Boudiaf. Après l’assassinat de ce dernier, le 29 juin 1992, Ali Kafi, représentant du FLN le remplace à la présidence du HCE, dont le général Nezzar reste le principal membre. L’Algérie a connu alors une période de guerre civile qui dura environ 10 ans. Cette guerre civile, fit selon les estimations, entre 60 000 et 200 000 morts ou disparus. Khaled Nezzar échappe à un attentat le 13 février 1993, un fourgon bourré d’explosifs a été mis à feu à distance au passage de son cortège, l’explosion n’a pas fait de victimes. Il se retire de la vie politique à l’arrivée de Liamine Zeroual la même année

Le Génaral Mohamed Mediène, dit « Toufik « Reb E’dzair (le Dieu de l’Algérie). Mohamed Lamine Mediène dit Toufik, né en 1939 à la Casbah d’Alger, est un général algérien et une personnalité du monde du renseignement .Patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) de 1990 à 2015. Il est le haut-gradé algérien qui est resté le plus longtemps à son poste et ayant exercé sa fonction sous cinq présidents.Il est l’un des derniers « janviéristes » qui ont décidé le 11 janvier 1992, l’interruption du processus électoral favorable aux islamistes du Front islamique du salut (FIS) et un des tenants de la faction dure de la classe dirigeante politico-militaire, le « clan des éradicateurs» partisan de l’élimination par la force de tous les terroristes de la branche armée du FIS et opposé à tout dialogue avec eux. Réputé très influent, considéré par certains observateurs comme le véritable chef du régime algérien, il est officiellement démis de ses fonctions par la présidence de la République le 13 septembre 2015 et remplacé par le général Athmane Tartag.Il est arrêté le 4 mai 2019 et condamné à 15 ans de prison par le tribunal militaire de Blida en septembre de la même année avant d’être acquitté le 2 janvier 2021.

Le général Athmane Tartag dit Bachir et surnommé « la chignole » en référence à des rumeurs circulant depuis quelques temps selon lesquelles, il aurait torturé des gens avec cet outil durant les années noires du terrorisme, Né au début des années 1950 à El Eulma, Il est recruté par la Sécurité militaire en 1972 et, après un stage d’une année à Moscou à l’école du KGB, il est affecté à Tindouf dans la 3e région militaire avec le grade de lieutenant.En 1990, il est chargé des opérations au sein de l’état-major à l’intérieur duquel il est connu pour avoir dirigé le Centre principal militaire d’investigations (CPMI). En 1999, à l’arrivée de Bouteflika aux affaires, il est mis à la retraite avant d’être rappelé en décembre 2011, à la tête de la Direction de la sécurité intérieure (DSI). Devenu no 2 du DRS, il assure le commandement de l’intervention militaire lors de l’attaque terroriste du site gazier d’In Amenas, à la suite de quoi il est à nouveau mis à la retraite en juillet 2014.Il est rappelé en octobre de la même année pour occuper le poste de conseiller à El Mouradia, puis en septembre 2015 pour remplacer le général Mohamed Mediène dit « Toufik » à la tête du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), après que ce dernier y a passé plus de vingt ans. Selon les spécialistes, le limogeage de « Toufik » Médiène et la nomination de Athmane Tartag ont été prises par Saïd Bouteflika et s’inscrivent dans un contexte de préparation de l’après Abdelaziz Bouteflika .

Les généraux Mohamed Mediène, dit Toufik, et Athmane Tartag, qui avaient été condamnés à 15 ans de prison pour «complot » contre l’armée et l’État, ont été acquittés en appel par la cour militaire de Blida.

La « décennie noire » reste un traumatisme profond pour l’Algérie.

En quoi cette tragédie peut-elle nous aider à éclairer le présent et à comprendre une forme d’immobilisme dans l’Algérie politique d’aujourd’hui et de demain?

La poussée électorale du Front islamique du salut (FIS) amène le gouvernement à suspendre le processus démocratique et à décréter l’état d’urgence. C’est le début d’une longue crise :

  • assassinats,
  • attentats,
  • massacres,
  • disparitions,
  • répression…

À la fin de 1988, le Front de libération nationale (FLN), parti unique en Algérie dont le pouvoir était resté inébranlé depuis les années 1960, ne semblait plus adapté à la situation. Plusieurs éléments ont mené à une insatisfaction croissante de la population. Tout d’abord, un système de parti unique basé sur la démocratie populaire mais cachant en réalité un régime militaire, touché par la corruption et le clientélisme. En effet, les années 1980 avaient vu trois organes de pouvoir différents : la présidence, le parti et l’armée. Ensuite, les chutes du prix du pétrole en 1986 qui font passer le prix du baril de 30 $ à 10 $. Le gouvernement bénéficiait du prix élevé du pétrole : celui-ci concernait 95 % des exports algériens et 60 % du budget du gouvernement. L’économie planifiée subit de fortes contraintes, avec les pénuries et la montée du chômage. En octobre 1988, des manifestations contre le président Chadli Bendjedid eurent lieu dans toutes les villes algériennes, mettant en avant la montée de l’islamisme parmi nombre de manifestants. L’armée, en tirant sur les manifestants, fit plus de 500 morts et choqua la population par la brutalité de la réponse.
La victoire du FIS aux élections législatives de 1991 crée une véritable division au gouvernement sur la marche à suivre. La véritable question qui se pose est la suivante : doit-on, ou non, accepter de gouverner avec le FIS quand il obtiendra la majorité aux élections législatives ? Le gouvernement est divisé. De son côté, le président Bendjedid pense pouvoir utiliser son statut de Chef d’État pour contrôler et tempérer les éventuels excès des députés du FIS, en fait, il souhaite à tout prix continuer sur la lancée de démocratisation de la société. D’un autre côté, le premier ministre Ghozali ainsi que certains généraux (Nezzar et Belkheir) refusent catégoriquement de laisser le pouvoir législatif aux députés du FIS, ils veulent à tout prix conserver la tradition nationaliste et laïque du régime algérien. Très vite, au début du mois de janvier, les opposants à Chedli Bendjedid, ainsi que quelques chefs militaires décident de couper court au débat et d’imposer leur décision au Président.

La « décennie noire » entre 1991 et 2002

La tragédie  commença en décembre 1991, quand le gouvernement annula immédiatement les élections législatives après les résultats du premier tour, anticipant une victoire du Front islamique du salut (FIS), craignant de perdre le pouvoir et que ce dernier mette en place une république islamique.
Après l’interdiction du FIS et l’arrestation de milliers de ses membres, différents groupes de guérilla islamiste émergèrent rapidement. Le 11 janvier 1992, sous le coup de force de ces généraux et chefs militaires dits « janviéristes », l’armée annula les élections, forçant le président Chadli Bendjedid à démissionner lors d’un discours télévisuel. Le 12 janvier, les généraux « janviéristes » décident de transférer le pouvoir présidentiel à un Haut Comité de Sécurité qui devait servir de comité de conseil présidentiel. Le lendemain, ce comité décide d’annuler les élections législatives et de créer le Haut Comité d’État (HCE) qui est une présidence collégiale opérant jusqu’à la fin du mandat de Bendjedid, en décembre 1993. Le HCE rappelant de son exil le combattant de l’indépendance Mohammed Boudiaf comme nouveau président de la nouvelle autorité politique chargée de diriger l’État : le Haut Comité d’État. Pour les chefs du coup d’État, Boudiaf était le meilleur choix, d’une part par sa légitimité acquise lors de la guerre d’indépendance, et d’autre part, parce que sa réputation n’avait pas été touchée par les crises politiques de l’Algérie indépendante.
Alors qu’il est au pouvoir, Boudiaf se concentre sur trois objectifs. Le premier objectif de Boudiaf est d’ordre économique. Il s’agit de remettre à flot l’économie algérienne. En effet, avec un dette de 25 milliards de dollars, une croissance économique négative et un fort taux de chômage, l’économie algérienne est en grande difficulté. Or Boudiaf est persuadé que la situation économique délétère est le lit de la montée de l’islamisme et du FIS. Il est donc absolument primordial pour le HCE de relancer au plus vite l’économie nationale. En plus de l’économie, le régime a pour second objectif de réorganiser la classe politique algérienne. Boudiaf entend exclure tout parti politique islamiste, au premier plan duquel le FIS, en renforçant l’article de la Constitution qui interdit tout parti politique dont la base idéologique est religieuse. De la même manière, il entend aussi reconquérir l’électorat ayant voté pour le FIS. D’autre part, Il semble nécessaire à Boudiaf de renforcer le régime en légitimant le HCE et le coup d’État de janvier, tous deux rejetés par les trois partis les plus importants sur l’échiquier politique algérien : Le Front des Forces Socialistes (FFS), le FIS et le FLN. Boudiaf tente donc d’attirer dans son gouvernement des membres de chacun de ces partis. De cette manière, des membres modérés du FIS ont obtenu des ministères, ainsi qu’un membre du parti des forces socialistes. Enfin, comme pour accélérer le processus de modernisation, Boudiaf veut créer une organisation populaire comme cadre pour discuter des difficultés rencontrées par le pays, mais aussi comme plateforme de soutien au régime et au HCE. Cette organisation sera créée dès mai 1992 sous le nom de Rassemblement patriotique national. Enfin, le troisième objectif fondamental de la présidence de Boudiaf est le rétablissement de l’ordre et la sécurité pour les Algériens. Pour cela, de nombreux membres du FIS furent arrêtés : 5 000 d’après les rapports de l’armée, 30 000 (incluant Abdelkader Hachani) selon le FIS et 40000 selon les chiffres avancés par Gilles Kepel. Les prisons étant insuffisantes pour emprisonner tout le monde, des camps furent créés au Sahara, et les hommes qui portaient une barbe craignirent de sortir dans la rue de peur d’être arrêtés en tant que sympathisants du FIS. L’état d’urgence fut déclaré, et beaucoup de droits constitutionnels suspendus. Toutes les protestations furent étouffées. Des organisations de défense des droits de l’homme, comme Amnesty International, signalèrent l’utilisation fréquente de la torture par le gouvernement et la détention de suspects sans charges ni procès. Le gouvernement a officiellement dissous le FIS le 4 mars, alors que l’armée concentrait le pouvoir réel malgré les efforts de Boudiaf.

L’assassinat de Mohamed Boudiaf est survenu le 29 juin 1992 lorsque le président algérien Mohamed Boudiaf a été tué par l’un de ses propres gardes du corps, Lambarek Boumaarafi, présenté officiellement comme un fondamentaliste islamique et un sympathisant du Front islamique du salut (FIS), alors qu’il s’adressait à une réunion publique à Annaba qui a ensuite été diffusée par la télévision nationale.
Il a reçu 3 balles, deux dans la tête et une dans le dos. Il a été président pendant cinq mois, après son retour d’exil au Maroc pour régner sur le Haut Comité d’État qui a émergé comme une alternative constitutionnelle.
En 1995, les pourparlers échouèrent et une nouvelle élection eut lieu, remportée par le candidat de l’armée, le général Liamine Zéroual.

L’armée commit une série de massacres visant des villages entiers, avec un pic en 1997 autour des élections parlementaires, qui furent remportées par un parti nouvellement créé favorable à l’armée, le Rassemblement national démocratique (RND).

Une « décennie noire » « s’achève ». Une autre se prépare !


Alors que le pouvoir algérien a essuyé une abstention record lors du référendum constitutionnel censé plébisciter le président Abdelmadjid Tebboune, les perspectives sur le front économique ne sont pas bonnes selon le Fonds monétaire international (FMI) qui prévoit une chute du PIB de 5,5% en 2020.
Les projections portant sur le déficit extérieur courant sont, elles aussi, peu rassurantes avec un solde négatif à -17% attendu cette année.
Ces mauvais chiffres ont déjà impacté l’avant-projet de loi de finances 2021 rendu public la fin octobre. Pour la première fois, le montant des recettes fiscales de l’Etat qui sont de l’ordre de 5328,1 milliards de dinars vont à peine couvrir les dépenses ordinaires de fonctionnement.
Les revenus de l’exploitation du pétrole et du gaz sont en chute libre, en raison de l’effondrement de l’économie mondiale lié à la crise sanitaire.
Le dilemme est clair : pour un prix moyen de 50 dollars le baril de pétrole, les recettes d’exportation du pays ne couvrent que 75% des importations. Or les prix du pétrole oscillent ces derniers mois, plutôt autour des 42 dollars. Ce déficit de la balance commerciale doit alors être comblé par des réserves de change qui seront bientôt épuisées.
Les solutions sont connues: diversifier l’économie, réduire la part du pétrole dans le PIB et développer l’attractivité de l’Algérie. Mais le régime en-est-il capable ?
Mais nombreux sont les sceptiques qui, comme le professeur d’économie Aderrahmane Mebtoul, doutent de la capacité de l’Algérie à attirer les investissements directs étrangers (IDE) en raison de « la bureaucratie, d’un système financier sclérosé et de la corruption ». Aderrahmane Mebtoul ne croit pas davantage à la possibilité de récupérer les capitaux qui ont fui le pays.

Le FMI ne cesse d’alerter sur les faiblesses de l’économie algérienne, aggravées par la pandémie mondiale. À l’instar du Venezuela ou de la Libye, le problème de fond reste la trop grande dépendance aux hydrocarbures, faute d’avoir développé une économie diversifiée.

Les ingrédients d’une explosion sociale sont réunis

« Le Hirak est une idée et une idée ne meurt pas. »

Le Hirak, ce mouvement de protestation spontané et pacifique contre le système, et qui perdure depuis février 2019 en Algérie.


Les manifestants continuent cependant à se mobiliser afin d’obtenir la mise en place d’une transition et la nomination d’un président et d’un gouvernement de consensus, ce que rejette l’armée, arguant que cette proposition serait inconstitutionnelle et source d’instabilité. L’armée rejette également toute transition, que ce soit en convoquant une assemblée constituante, ou des législatives anticipées, ou tout départ de l’équipe exécutive sortante.
Les hommes actuellement aux commandes de l’Algérie ont montré leur incapacité à faire face au hirak, la mafia militaro-politico-financière algérienne fait appel aux prestataires (sanguinaires), aux architectes de la « décennie noire »,  afin qu’elle puisse exploiter leur talent en matière de génocide de tortures et actes de barbarie… A suivre

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