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DES JOURNALISTES TUÉS. CRIMES NON ÉLUCIDÉS!!!

En 2017, 65 journalistes (incluant les journalistes professionnels, les non-professionnels ainsi que les collaborateurs de médias) ont été tués dans le monde. Vingt-six d’entre eux ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions, victimes collatérales d’un contexte meurtrier (bombardement, attentat…). Trente-neuf autres ont été assassinés, sciemment visés, au motif que leurs enquêtes dérangeaient les intérêts de telles ou telles autorités politiques, économiques ou groupes mafieux. Comme l’an dernier, la part des journalistes ciblés est la plus importante (60%).

Le Journaliste saoudien disparu à Istanbul:

Des éléments accréditant la thèse de la disparition forcée ou de l’assassinat d’un journaliste saoudien à Istanbul par des agents de son pays ont été révélés par les médias turcs mercredi, alors que sa fiancée demande l’aide de Donald Trump.

Des télévisions turques ont diffusé des images de vidéosurveillance montrant notamment l’entrée au consulat saoudien d’Istanbul du journaliste Jamal Khashoggi et de l’équipe soupçonnée d’être responsable de sa disparition.

M. Khashoggi, un journaliste critique du pouvoir de Ryad qui écrivait notamment pour le Washington Post, s’est rendu au consulat le 2 octobre, sur rendez-vous, pour des démarches administratives.

Selon la police turque, il n’en est jamais ressorti, mais Ryad affirme le contraire.

Sur les images, M. Khashoggi apparaît, entrant dans le consulat à 13h14. Un van noir est visible, garé à proximité.

D’autres images montrent un van entrer dans le consulat puis en ressortir et se rendre à 15h08, selon la chaîne 24 TV, à la résidence du consul toute proche.

Des sources turques, citant l’enquête en cours, ont affirmé durant le weekend que M. Khashoggi avait été assassiné dans le consulat. Mais certains médias ont évoqué mardi la possibilité qu’il ait été enlevé et emmené en Arabie saoudite.

Ryad a fermement démenti la thèse de l’assassinat.

Le Washington Post a affirmé, citant une source informée, que les services de renseignement américains avaient intercepté avant la disparition de M. Khashoggi des communications entre responsables saoudiens évoquant son enlèvement.

– “Equipe d’assassinat” –

La police turque avait révélé samedi qu’un groupe de 15 Saoudiens avait fait l’aller et retour à Istanbul et au consulat le jour de la disparition du journaliste.

24 TV et d’autres chaînes ont aussi diffusé des images qu’elles affirment être celles des membres de ce groupe arrivant à l’aéroport d’Istanbul puis à leur hôtel. Selon ces sources, ils ont quitté l’hôtel dans la matinée pour se rendre au consulat puis sont repartis dans la soirée.

Le quotidien progouvernemental Sabah avait révélé mardi que deux avions privés étaient arrivés d’Arabie saoudite à Istanbul ce jour-là et que les personnes à leur bord avaient des chambres réservées dans des hôtels proches du consulat mais qu’ils n’y avaient pas passé la nuit.

Mercredi, le même journal a publié les noms, l’âge et les photographies de quinze hommes présentés comme l'”équipe d’assassinat” dépêchée par Ryad.

Le nom de l’une de ces personnes, Salah Muhammed Al-Tubaigy, correspond à celui d’un lieutenant-colonel du département de la médecine légale saoudien.

Les autorités turques ont obtenu mardi l’autorisation de fouiller le consulat saoudien, mais cette fouille n’a pas encore eu lieu.

La fiancée du journaliste a demandé mardi dans le Washington Post l’aide du président américain Donald Trump pour “faire la lumière” sur cette affaire.

“J’implore le président Trump et la Première dame Melania Trump d’aider à faire la lumière sur la disparition de Jamal”, a écrit Hatice Cengiz dans une tribune publiée par le quotidien auquel collabore M. Khashoggi.

– “Moi, je parle” –

Le Saoudien s’était exilé en 2017 aux États-Unis, après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé “MBS”.

Dans une interview réalisée par la BBC trois jours avant sa disparition, M. Khashoggi a affirmé qu’il n’avait pas l’intention de revenir dans son pays.

“Lorsque j’entends parler de l’arrestation d’un ami qui n’a rien fait qui mérite une arrestation, cela me fait penser que je ne dois pas y aller. Moi, je parle, cet ami à moi ne parlait même pas”, a-t-il dit pour expliquer sa décision.

Au moment où la pression monte sur l’administration américaine pour intervenir sur ce dossier auprès de son allié saoudien, le ministre américain de la Défense Jim Mattis a assuré mardi que les Etats-Unis “suivent de très près la situation”.

M. Trump s’était dit “préoccupé” lundi par le sort de M. Khashoggi en relevant que “de mauvaises histoires circulent” à son sujet.

Déplorant une réaction américaine tardive et timorée, Sarah Margon, de l’organisation Human Rights Watch, estime que Washington “dispose des outils pour répondre rapidement, c’est une question de volonté politique”.

afp

La journaliste Viktoria Marinova avait consacré sa dernière émission télévisée à une affaire de corruption, que son corps a été retrouvé sans vie.

Deux jours après la mort de la journaliste Viktoria Marinova, découverte frappée à la tête, étranglée et violée dans un parc de la ville de Roussé, dans le nord de la Bulgarie, la police bulgare annonce avoir arrêté un citoyen roumain, mardi 9 octobre. À cette heure, les enquêteurs disent n’écarter aucune piste. Pour sa part, le cofondateur du site bulgare d’investigation Bivol.bg, Assen Yordanov, accuse : il s’agit vraisemblablement d’une “exécution”, destinée à “servir d’exemple”, selon lui. “L’intimidation par l’exemple est une méthode typique de la mafia russe, dont nous parlons dans notre enquête #GPGate”, écrit-il sur Twitter.

#GPGate est le nom de code donné à cette enquête qui s’intéresse à un vaste réseau de détournement de fonds européens par des oligarques russes et la mafia bulgare, qui impliquerait les compagnies pétrolières Lukoil Russia et Lukoil Bulgaria, ainsi que le conglomérat GP (lire l’enquête en anglais ici). Les équipes du site Bivol se sentent directement visées par l’assassinat de leur consœur. Elles établissent un lien avec la dernière émission télévisée de la journaliste, consacrée à la dernière grande enquête de Bivol et diffusée le 30 septembre. “Le gouvernement et le monde de l’entreprise exercent une forte pression sur les propriétaires des médias et sur les médias eux-mêmes. Le nombre de sujets interdits augmente tout le temps.

Les journalistes d’investigation sont systématiquement écartés”, affirmait Viktoria Marinova dans cette émission sur la télévision TVN, une chaîne locale basée à Roussé. “Notre équipe donne la parole au journalisme d’investigation et continuera de le faire. Et nous mènerons nos propres enquêtes sur des sujets d’intérêt public. C’est pourquoi nous avons baptisé cette émission ‘Détecteur’. L’émission qui détecte les mensonges et donne la priorité à la vérité.” La dernière intervention de la journaliste reste visible sur Youtube.

La détermination et la ténacité de Viktoria Marinova pouvait s’avérer gênante pour les personnes impliquées dans l’affaire de corruption. “Une chose est certaine. #ViktoriaMarinova de la petite chaine TVN a donné une tribune aux journalistes d’investigation alors que ses collègues des grandes chaînes nationales faisaient semblant que #GPGate n’existe pas”, explique Bivol sur Twitter.

Or les équipes de Bivol sont familières des menaces visant leur travail. Le 20 septembre, Reporters sans frontières dénonçait l’arrestation et la détention durant six heures de deux journalistes d’investigation, liées à leur enquête sur le #GPGate. Le site d’investigation bulgare ne manque pas d’épingler la lenteur de la justice à se saisir de cette affaire de corruption. Sur Twitter, la commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova, s’est dit “choquée par le meurtre brutal de Viktoria Marinova” et promet de “suivre de près l’enquête policière et proposera l’aide européenne, si besoin”. “J’attends une action rapide pour que la justice fasse son travail et que toute la lumière soit faite pour savoir si cette attaque est liée à son travail”, poursuit la commissaire européenne.

Bivol lui rétorquait dimanche soir : “Vraiment ? Il n’y avait pourtant aucune réaction européenne après la publication du #GPGate, dont Viktoria Marinova a parlé dans sa dernière émission”. Really? There was no EU reaction after we exposed #GPGate, the EU funds fraud investigation Victoria Marinova exposed in her last and final broadcast. https://t.co/CJV5h9F5xe Bivol (@BivolBg) 7 octobre 2018 La commission européenne s’est empressée lundi d’afficher son intention de saisir l’Olaf, l’Office européen de lutte contre la fraude, sur des soupçons d’escroquerie aux fonds européens en Bulgarie, rapporte l’AFP.

Ce jour-là : le 13 décembre 1998, le journaliste burkinabè Norbert Zongo est assassiné

 

Norbert Zongo est un journaliste burkinabè né en 1949 à Koudougou et mort assassiné le 13 décembre 1998. Fondateur et directeur de la publication de l’hebdomadaire L’Indépendant. Il est également auteur de deux romans : Le Parachutage et Rougbêinga.

Né à Koudougou, il obtient son baccalauréat en 1975. Il est enseignant depuis 1971. Il enseigne à Pô et à Ouagadougou. Comme journaliste, il commence sa carrière en 1986 au sein de l’organe officiel Sidwaya puis au Carrefour africain. Il fonde en 1993 L’Indépendant; il dénonce alors la corruption qui gangrène l’État et s’oppose au régime de Blaise Compaoré. Il aime à dire : « Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien. »

Après avoir commencé une enquête sur la mort mystérieuse de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, le frère du président burkinabè Blaise Compaoré, Norbert Zongo est assassiné le 13 décembre 1998, avec les trois personnes qui l’accompagnaient (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo), soulevant une très vive émotion à Ouagadougou, à travers tout le pays mais aussi dans les pays voisins. En réaction, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans tout le pays, les plus violentes ont été enregistrées à Koudougou (à l’ouest de Ouagadougou), où était né Norbert Zongo. Les partisans du pouvoir organisés en milice et armés de gourdins se sont livrés à une chasse aux manifestants dans plusieurs villes du pays.

Cédant au mécontentement populaire, le président Blaise Compaoré laisse une enquête judiciaire s’ouvrir. En sept ans d’instruction, un seul suspect, Marcel Kafando, un adjudant de la sécurité présidentielle, a été inculpé, mais le témoin l’accusant s’est rétracté au cours d’une confrontation judiciaire. En août 2000, ce fut au tour de cinq membres de la garde présidentielle d’être inculpés du meurtre de Ouedraogo. Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousseini Yaro, également suspectés dans l’affaire Zongo, furent reconnus coupables et condamnés à des peines de prison. Edmond Koama est décédé le 4 janvier 2001. Le procès Zongo s’est conclu par un non-lieu le 19 juillet 2006 qui a provoqué un tollé international. En décembre 2012, la famille du journaliste, les avocats de la partie civile et le Mouvement burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) saisissent la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples à Arusha. La cour se déclare compétente le 21 juin 2013 pour le dossier. Le 28 novembre 2013, les juges passent au jugement de l’affaire, qui est délibérée le 28 mars 2014. Dans son arrêt, la cour a condamné l’État burkinabè pour avoir « violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la justice nationale ». Cette décision sonne comme une réouverture du dossier Norbert Zongo. François Compaoré a été interpellé le 29 octobre 2017 par la police française à son retour d’Abidjan à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle.

Assassinat de Cardoso par Nyimpine Chissano fils de Joaquim Chissano président mozambicain.

Un représentant de Reporters sans frontières s’est rendu au Mozambique du 28 octobre au 6 novembre 2003, pour faire le point, trois ans après les faits, sur l’évolution du dossier Carlos Cardoso, un journaliste abattu à Maputo en novembre 2000.

Reporters sans frontières a rencontré des proches du journaliste, ses anciens collègues, des confrères, des magistrats, ainsi que des responsables politiques. Le représentant de l’organisation a notamment été reçu par le ministre de la Justice, Jose Abudo, ainsi que par le procureur général de la République, Joaquim Madeira.

Reporters sans frontières avait demandé aux autorités l’autorisation de rendre visite en prison à deux des assassins de Carlos Cardoso : Momade Abdul Satar (dit « Nini », qui a accusé le fils du président de la République d’être impliqué dans la mort du journaliste) et Anibal dos Santos Junior (surnommé « Anibalzinho, le chef de l’équipe qui a exécuté Carlos Cardoso). Le délégué de l’organisation n’a été autorisé qu’à rencontrer ce dernier.

Le 22 novembre 2000, un journaliste tombe en plein centre de Maputo

Carlos Cardoso (photo), directeur du quotidien Metical, a été assassiné, le 22 novembre 2000, sur l’avenue Martires de Machava à Maputo. Il était dans sa voiture avec son chauffeur quand deux hommes leur ont bloqué la route et ont ouvert le feu. Carlos Cardoso, touché de plusieurs balles à la tête, est mort sur le coup. Son chauffeur a été grièvement blessé.

Avant sa mort, le journaliste enquêtait sur le plus gros scandale financier du pays depuis son indépendance : le détournement d’une somme équivalente à 14 millions d’euros de la Banque commerciale du Mozambique (BCM). Il avait notamment cité dans ses articles les noms des frères Satar et de Vicente Ramaya, trois hommes d’affaires très influents.

Tous les responsables ne sont pas connus

Le 31 janvier 2003, six personnes ont été condamnées à des peines allant de vingt-trois à vingt-huit ans de prison pour l’assassinat de Carlos Cardoso, directeur du journal Metical, le 22 novembre 2000. Pendant le procès, deux des prévenus avaient accusé le fils aîné du président de la République, Nyimpine Chissano (photo), 33 ans, d’être le véritable commanditaire de l’assassinat du journaliste. Immédiatement convoqué et entendu par le juge Augusto Paulino, Nyimpine Chissano avait nié être mêlé, de quelque manière que ce soit, à ce meurtre.

Le lendemain de l’énoncé du verdict, la mère du journaliste, Maria Luisa Cardoso, s’exclamait auprès de l’agence de presse portugaise Lusa : « Alors, le fils du Président, lui, il reste libre ! »

Fin décembre 2002, un peu avant la fin du procès, le procureur général de la République, Joaquim Madeira, avait pourtant annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer les responsabilités éventuelles de Nyimpine Chissano dans l’assassinat de Carlos Cardoso. Ce dossier numéroté 149/PRC/2003 concerne, outre le fils du Président, trois de ses proches : Octavio Mutemba, ancien ministre et responsable de la Banco Austral, Apolinario Pataguana, directeur d’Expresso Tours, une agence de voyages propriété de Nyimpine Chissano, et Candida Cossa, femme d’affaires et ancien officier des douanes.

Les personnes rencontrées au cours de la mission de Reporters sans frontières ont l’intime conviction que tous les responsables de l’assassinat n’ont pas encore été identifiés. Elles affirment unanimement qu’un autre commanditaire se cacherait derrière les six condamnés. Mais personne n’accuse catégoriquement Nyimpine Chissano. « Cela peut être lui ou quelqu’un d’autre de très influent », a confié un ancien confrère de Carlos Cardoso.

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Depuis sa cellule de la prison de haute sécurité de Maputo, Anibalzinho a déclaré à Reporters sans frontières être le seul à connaître toute la vérité. « Je vais mourir ici. Des personnes dehors souhaitent que je meure ici. Si, un jour, il y a un nouveau procès, alors peut-être que je dirai tout ce que je sais ». Interrogé sur l’existence d’autres responsables de la mort du journaliste qui seraient encore en liberté, le détenu a affirmé : « Je ne peux pas répondre ». Avant d’ajouter : « Moi, j’ai tué Cardoso mais je n’ai pas ordonné sa mort ».

Un procès exemplaire

Deux ans après les faits, le 18 novembre 2002, le procès de six personnes accusées de l’assassinat de Carlos Cardoso s’ouvre à Maputo. Après un mois d’audiences et plusieurs semaines de délibéré, le juge Augusto Paulino prononce le verdict, le 31 janvier 2003. Les six prévenus sont condamnés à des peines comprises entre vingt-trois et vingt-huit ans de prison. Ce procès s’est tenu devant un tribunal spécial mis en place à l’intérieur même de la prison de haute sécurité par crainte de “troubles à l’ordre public”. Les journalistes ont été autorisés à assister aux débats et toutes les audiences ont fait l’objet d’une retransmission en direct à la télévision et à la radio nationales.

Momade Abdul Satar (« Nini ») a été condamné à vingt-quatre ans de prison ; Ayob Abdul Satar, Vicente Ramaya, Manuel Fernandes et Carlos Rachid Cassamo, à vingt-trois ans et demi de prison. Ces cinq prévenus ont été reconnus coupables “d’homicide” dans l’assassinat de Carlos Cardoso.

Un sixième homme, Anibal Antonio dos Santos Junior (« Anibalzinho »), a également été condamné par contumace à vingt-huit ans de prison et quinze années de privation de ses droits civiques. Il s’était évadé de la prison de haute sécurité de Maputo en septembre 2002, avant d’être repris en janvier 2003.

« Personne n’est au-dessus des lois »

A ce jour, l’enquête concernant l’implication éventuelle de Nyimpine Chissano dans l’assassinat du journaliste est en cours. Selon Lucinda Cruz, l’avocate de la famille Cardoso, rien ou presque n’a été fait depuis février 2003. Le procureur général de la République, Joaquim Madeira, affirme, de son côté, que les enquêteurs attendaient la fin du procès de sept policiers accusés d’avoir facilité l’évasion d’Anibalzinho (l’un des assassins du journaliste qui avait réussi à s’enfuir en septembre 2002 avant d’être repris), espérant, à cette occasion, obtenir de nouvelles informations sur l’affaire Cardoso.

« Depuis la fin du procès des responsables de l’évasion d’Anibalzinho, les travaux ont repris. Dans tous les cas, il n’est pas juste de dire que le processus n’avance pas parce que le fils du chef de l’Etat est impliqué. C’est tout simplement faux », a déclaré Joaquim Madeira à Reporters sans frontières. « J’ai même nommé une adjointe, Rafael Sebastião, pour s’occuper à part entière de ce dossier », a-t-il ajouté.

Le procureur général a insisté sur le fait que, au Mozambique, « personne n’est au-dessus des lois. Nyimpine Chissano est un citoyen comme les autres et doit respecter la loi. Mais il ne faut pas oublier qu’il est toujours présumé innocent ».

Le chef de l’Etat, Joaquim Chissano, s’est prononcé à plusieurs reprises sur cette affaire, affirmant qu’il n’interfèrerait pas dans le cours de la justice, même après que le nom de son fils avait été évoqué.

Quant aux résultats de cette enquête, le procureur général a expliqué qu’il lui était impossible d’indiquer une date précise, mais que les investigations étaient « plus proches de la fin que du début ».

L’avocate de la famille Cardoso insiste sur ce point : « Ils doivent maintenant se prononcer. Quel que soit le résultat, ils ne peuvent pas laisser l’enquête au point mort, sans rien dire. Ils doivent donner leurs conclusions et expliquer ce qui leur a permis d’arriver à ces conclusions. Le peuple mozambicain a le droit de savoir ».

Le fils du Président a menti

Plusieurs personnes rencontrées à Maputo par Reporters sans frontières affirment que l’implication éventuelle de Nyimpine Chissano ralentit inévitablement l’enquête. « Quoi qu’on en dise, le fait que le nom du fils du Président ait été mentionné a forcément des conséquences sur le travail des enquêteurs. N’importe où dans le monde, ce serait la même chose. Ce n’est pas rien d’enquêter sur la famille du chef de l’Etat », a souligné un journaliste.

De la même manière, la plupart des personnes interrogées doutent réellement que se tienne, un jour, un procès contre Nyimpine Chissano. « Pourtant, au tribunal, il a menti. C’est certain. Notamment concernant la Banco Austral [le fils du chef de l’Etat avait nié avoir travaillé pour cette banque, mais un journal local a publié son contrat] », a déclaré Paul Fauvet, responsable du service en anglais de l’agence de presse mozambicaine (AIM), et coauteur d’un ouvrage consacré à Carlos Cardoso. « Dans cette affaire, l’image de Nyimpine Chissano a été ternie et il n’y a aucun doute sur ses liens avec le business des frères Satar [condamnés pour avoir organisé l’assassinat] », a ajouté le journaliste. Un proche de l’enquête a confirmé, sous couvert d’anonymat : « Les accusations des frères Satar ne suffisent pas. Il faut d’autres preuves. Mais ce qui est certain, c’est que Nyimpine et Nini [Momade Abdul Satar] se connaissent et sont amis ».

Des accusations et des coïncidences troublantes

Fin septembre 2003, sept policiers accusés d’avoir facilité l’évasion d’Anibalzinho ont été acquittés par le tribunal de la province de Maputo. Le juge Carlos Caetano, en charge du dossier, a critiqué le ministère public pour son manque de sérieux dans cette affaire. Il a reproché aux services du procureur d’avoir fait preuve de négligence et de ne pas avoir mené toutes les investigations nécessaires. Le magistrat a ajouté que les sept policiers n’étaient que des « bouc émissaires destinés à cacher les intouchables ». Pendant ce procès, Momade Abdul Satar a accusé le fils du Président d’être à l’origine de l’évasion d’Anibalzinho, pour l’empêcher de témoigner dans l’affaire Cardoso.

Enfin, le juge Caetano s’est étonné du comportement de la garde présidentielle. Cette unité d’élite de la police n’a pas pour habitude d’être présente dans les prisons. Pourtant, des membres de la garde présidentielle ont été envoyés à la prison de haute sécurité le jour où Anibalzinho y est entré, en février 2001, pour ne quitter les lieux que le lendemain de son évasion. Dans tous les cas, il semble aujourd’hui évident qu’Anibalzinho a bénéficié de complicités à l’intérieur même de la prison et au sein de la police pour s’enfuir.

Plusieurs journalistes ont également été surpris d’apprendre la capture d’Anibalzinho le jour même de l’énoncé du verdict, le 31 janvier 2003, donc trop tard pour qu’il témoigne devant le tribunal. L’un d’eux se rappelle qu’un quotidien sud-africain, The Sowetan, avait affirmé que la police sud-africaine aurait en réalité arrêté le fuyard plusieurs jours auparavant et l’auraient gardé au secret sans raison apparente.

Par ailleurs, fin février 2003, Candida Cossa, une femme d’affaires proche de Nyimpine Chissano, a déclaré qu’elle avait menti à la cour pour protéger le fils du Président. Pendant le procès, Momade Abdul Satar avait présenté à la cour des chèques signés par Nyimpine Chissano qui constituaient, selon lui, une preuve que le fils du Président avait payé pour l’assassinat de Carlos Cardoso. Candida Cossa avait alors affirmé que ces chèques lui étaient destinés et devaient servir de caution pour un prêt. Quelques semaines plus tard, la riche femme d’affaires a demandé à être entendue de nouveau par la justice. Elle est alors revenue sur ses propos, affirmant qu’elle avait été contrainte de mentir par Nyimpine Chissano lui-même.

Les influences politiques

Joaquim Chissano, à la tête du pays depuis 1986, jouit d’une bonne réputation tant auprès de la communauté internationale qu’au Mozambique. Il a néanmoins annoncé qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle qui doit se tenir fin 2004. Le dossier Cardoso est sensible et, selon des analystes de la vie politique locale, Joaquim Chissano est partagé entre le fait de préserver sa famille de toute implication dans une affaire criminelle et la volonté d’aller jusqu’au bout de ses engagements en laissant la justice faire son travail en toute indépendance, qu’elle qu’en soit l’issue.

Si, officiellement, le Frelimo (Front de libération du Mozambique, au pouvoir) fait bloc derrière le Président, les luttes internes au sein du parti pourraient avoir des conséquences sur l’issue de cette enquête. Certains responsables politiques opposés au chef de l’Etat au sein même du parti pourraient être tentés de ramener ce dossier sur le devant de la scène à l’approche des élections pour déstabiliser les proches du Président. D’autres pourraient également avoir envie de se débarrasser une bonne fois pour toutes de cette affaire encombrante, afin de redorer l’image du parti et de le laver de tous soupçons.

Il est également probable que de hauts responsables cherchent à enterrer définitivement cette histoire, inquiets des conséquences qu’elle pourrait avoir sur l’issue du scrutin et la stabilité politique du pays. De l’avis de nombreux observateurs, la Renamo (Résistance nationale du Mozambique, opposition) n’a jamais eu une telle chance de remporter le pouvoir et il suffirait de peu pour que la majorité des voix bascule d’un camp à l’autre.

Une vie à combattre l’injustice

Carlos Cardoso est né en 1951 à Beira, dans le centre du Mozambique. Il a fait ses études en Afrique du Sud, d’où il a été expulsé en 1974 pour avoir manifesté contre le régime d’apartheid. Il a commencé sa carrière de journaliste au sein de la presse d’Etat. En 1982, il est emprisonné pendant six jours après avoir écrit un éditorial sur la guerre dans le pays. Après trois années consacrées à la peinture, il fonde, en 1992, une coopérative de journalistes, Mediacoop, et un quotidien diffusé par fax, Mediafax. En 1997, il fonde un nouveau quotidien diffusé par fax et par courrier électronique, Metical.

Carlos Cardoso, qui avait également des activités politiques, était membre du conseil municipal de Maputo depuis 1998. Il était marié et avait deux enfants.

Les hésitations de la presse

Beaucoup de journalistes savaient, dès septembre 2002, que le nom de Nyimpine Chissano avait été cité lors d’une réunion à huis clos entre le juge et les avocats des deux parties. « Aucun d’eux n’en a parlé sur le moment. Il a fallu attendre une semaine pour que quelqu’un fasse allusion au « fils du coq », sans oser écrire le nom de Nyimpine Chissano », raconte Fernando Lima, directeur de l’hebdomadaire privé Savana. Quand le nom du fils du Président a été prononcé pendant le procès, les médias locaux en ont alors fait leurs choux gras, titrant en une sur ces accusations. Les journalistes rencontrés affirment unanimement que la mort de Carlos Cardoso a changé quelque chose dans leur manière de travailler. « La peur a renforcé l’autocensure », estime le directeur d’un autre journal local.

« Après la mort de Carlos, aucun journal n’a remplacé Metical en qualité, affirme le directeur de Savana. Son journal tirait les autres vers le haut, nous stimulait tous. Aujourd’hui, la presse d’investigation n’existe plus. Nous avons encore un peu de courage, mais on ne va plus au fond des choses ».

« Un jour, nous saurons toute la vérité »

Le juge Augusto Paulino, en charge du procès des assassins de Carlos Cardoso, reste confiant : « Je pense que nous connaissons une grande part de la vérité. Dans le monde du crime organisé, il est difficile de tout connaître. D’autres personnes sont certainement impliquées et il est probable qu’il y a encore un ou deux commanditaires à identifier, mais je suis sûr que nous saurons toute la vérité un jour. Cela peut prendre du temps, mais nous saurons ».

La justice mozambicaine a déjà fait la preuve de son engagement pour le respect de l’Etat de droit et contre l’impunité. Le procès des assassins de Carlos Cardoso est, à ce titre, exemplaire. C’est la première fois, en Afrique, que les responsables de la mort d’un journaliste sont jugés et condamnés à de lourdes peines de prison. Il faut désormais que la justice, encouragée par les autorités politiques, aille jusqu’au bout de ses engagements et mette tout en œuvre pour lever les derniers voiles qui planent sur cette affaire. Il ne faut pas qu’une impunité partielle demeure. Tous les responsables doivent être démasqués et sanctionnés.

Le Mozambique doit poursuivre ses efforts afin de prouver que l’impunité n’est pas inéluctable en Afrique. Pour montrer aux autres assassins de journalistes qui sont toujours en liberté en Angola, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Nigeria ou ailleurs, qu’eux aussi devront, un jour, répondre de leurs actes.

On sait peu de Nyimpine Chissano, à moins assisté à des cours universitaires aux États-Unis et qui est dans le second mariage, maintenant l’actrice Candida Bila. Les entreprises le premier fils de Joaquim Chissano sont connus. Entre 1997-2000 le jeune Nyimpine apparu avec son frère N’nite au moins dix dossiers de l’entreprise. Le 22 Septembre 1997 Nyimpine Chissano a rejoint Julius Bernardo Seffgu et constitué la “DAJULE Trading Company, Limited.Cette société est engagée dans le transport de passagers et de marchandises, à l’échelle nationale et internationale; vente de voitures, véhicules légers et lourds, neufs ou d’occasion. Dans la même année, le premier-né de Joaquim Chissano, a rejoint deux des trois enfants de Eduardo Mondlane, et Eduardo Mondlane Nyeleti Brook Chivambo junior Mondlane et Peter Jérémie Manjate, formant le “MM Trading Company Limited ». Nyimpine ne s’arrête pas là. Il est un partenaire de John et Mary Nhaguinome Omaia Salimo la “Triple Rush, Limited», qui a pour objet “les investissements dans d’autres sociétés, etc. Dans “Tarpon Services Limited“, une autre société fait Nyimpine paire avec Dato Tan Teong Hean, une entreprise qui s’engage dans la «prestation de services dans des domaines tels que l’investissement, technique, économique, financier, comptable, informatique et soutien aux entreprises , etc. ” Nyimpine est également l’ex-femme d’un partenaire, le Jamaïcain Kai Crooks Chissano dans “Rovuma International Limited“, une société qui a pour objet le commerce intérieur et international des biens et services, les taxes et la mise en service. Dans «GMI-Motors Limited“, dont les membres entités Nyimpine que “Sotux“, et des personnalités comme Gerald James Wingles, Florence et Joseph Infante José Marcelino Zaccaria.

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