Home / CULTURE / Algérie / Que reste t-il d’octobre noir 88? Un très long rapport d’Anouar Benmalek (Secrétaire général du CACT, 1989-1991).

Algérie / Que reste t-il d’octobre noir 88? Un très long rapport d’Anouar Benmalek (Secrétaire général du CACT, 1989-1991).

Des hommes – des centaines et l’on dit même un millier – ont été arrêtés, battus, suppliciés, torturés et pour la plupart à jamais meurtris dans leur chair et dans leur mémoire.
Cela s’est passé en octobre 1988 lors de ce que la chronique désigne encore une fois par l’euphémisme “événements
Cela s’est déroulé ici, en Algérie.
Oui, dans notre pays encore blessé par les exactions du colonialisme et de la guerre, sur cette terre irrémédiablement symbolisée par le mot martyr. Et l’atrocité de ces retournements de l’histoire atteint l’intolérable lorsqu’un torturé rapporte que l’un de ses tortionnaires raconte avoir lui-même subi la “gégène” par l’armée coloniale.
Des hommes nous disent dans ce livre les faits de leur douleur. Et leurs témoignages noués, presque murmurés ont la force du cri car ils dénoncent les mensonges officiels, le silence et l’oubli qu’on a voulu imposer.
Ils nous relatent des faits, presque cliniquement et nous disent avec angoisse et pudeur la souffrance vive et nue de l’homme écrasé dans sa déréliction.
Ecoutons-les car tout torturé a d’abord besoin de notre écoute; écoutons-les pour eux mais aussi pour nous-mêmes, pour savoir l’atrocité de la torture, écoutons-les pour prémunir notre société de funestes avenirs car leurs paroles ont la force de “la mémoire contre Voubli”.
Leurs témoignages posent une question, une grave question:
Pourquoi en est-on arrivé là ?
Est-ce en effet une malédiction que la torture pour notre peuple. Les “enfumades” et supplices lors de la conquête coloniale, les exterminations de 1871, les viols de femmes et meurtres d’enfants, la “gégène” et les fours à chaux durant la guerre de libération nationale, n’ont-ils pas suffi pour espérer que l’horreur du mot torture soit bannie de notre pays à l’indépendance recouvrée ? Sans doute le pensaient les millions d’Algériennes et d’Algériens au moment de la liesse populaire fêtant la liberté. Et pourtant “on” tortura encore et encore et la liste serait bien longue de tous les crimes perpétrés au nom de la raison d’état. PRS, FFS, ORP, pags, intégristes, benbellistes, divers opposants ou victimes des luttes d’appareils – à chaque “affaire” de répression politique et policière cette pratique revient et parfois les torturés d’hier – ou leurs exécutants – torturent, ou se taisent, au nom du pouvoir, A chaque “affaire” les récits hallucinatoires devant une justice impuissante ou lâchement complice. A chaque “affaire” des silences gênés, des atermoiements de la mauvaise conscience, des dérobades. A chaque “affaire” un livre de dénonciation.
Puisse ce livre être dans ce genre le dernier! Car il était temps – et ce, payé par le sang des enfants d’octobre – que s’édifie un vaste et puissant mouvement pour dire à ceux qui nous gouvernent comme à ceux qui y aspirent:
Plus jamais çà!
C’est pourquoi ce livre se veut d’abord un hommage, une réparation pour tous ceux qui ont osé braver la terreur, vaincre la peur et parler. Leurs témoignages sont la marque de leur honneur et de leur dignité.
Il faut en effet mesurer combien ces hommes ont dû lutter contre la peur et ses terreurs, la honte et ses pudeurs pour révéler l’innommable et transgresser l’intouchable secret des geôles, véritable “loi” de la torture comme le secret est celui de la mafia. Leurs témoignages nous disent: vous devez savoir ce que nous avons souffert pour que jamais plus personne ne dise “j’ignorais’. Vous devez connaître l’enfer que nous avons vécu afin que jamais aucun de vous ne le subisse. Car ces êtres qui nous parlent ne parlent pas seulement d’eux, leur témoignage est une conjuration du silence pour briser la longue chaîne des persécutions et leur récit, une prière, une litanie contre cette “malédiction” qu’est la torture.
Ils savent sans doute, ils le ressentent, qu’aucune parole, aucun mot fût-il le plus précis ne pourra nous restituer leur expérience de la douleur. Mais ils parlent tout de même, ils racontent et leurs paroles portent une voix humaine plus forte que la force sur laquelle s’appuie la terreur d’état : le bâillon du silence.
Faire taire après la sale besogne est en effet l’arme absolue par laquelle se perpétue la torture.
L’ordalie se pratiquait sur la place publique au moyen-âge.
La torture commanditée par les états d’aujourd’hui est honteuse. Effacer les traces, gommer les cicatrices, sécher le sang, cacher les instruments, nier les faits – voilà ce que fait tout tortionnaire à la fin de son méfait accompli.
Ce livre est donc celui de l’aveu, un miroir qui poursuivra tous ceux – exécutants, commanditaires et complices – qu i ont osé en cet octobre 1988, salir la mémoire d’un peuple….⇒ La Suite

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