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Algérie / Les massacres (génocide) de harkis: à qui revient la responsabilité?

Une affiche aposée le 10 juin 2006 dans la salle des fêtes de Bias (Landes), où fut érigé un camp (1962-1983) de regroupement des harkis, après l’indépendance de l’Algérie afp.com/Jean-Pierre Muller
Algérie / Les massacres (génocide) de harkis: à qui revient la responsabilité?
Les Harkis étaient des supplétifs autochtones engagés pendant la guerre d’Algérie par l’armée française, aux côtés de laquelle ils formaient une catégorie de soldats irréguliers. Considérés comme des traîtres par leurs compatriotes, les harkis ont été victimes, après l’indépendance, de massacres effroyables. Même si les accords d’Évian devaient garantir leur sécurité.

À partir de 1957, le nombre de harkis connaît une forte croissance. C’est la période où la France multiplie les postes sur tout le territoire algérien. C’est une stratégie très coûteuse en hommes qui pousse l’état-major à recruter massivement le plus de forces disponibles. L’expérience de la guerre d’Indochine est encore toute proche, et dès octobre 1955, une fiche du 3e bureau de l’état-major de la 10e région militaire intitulée « Guérilla et contre-guérilla en Algérie » soulignait que « les meilleures troupes de contre-guérilla sont à base d’autochtones ». Vis-à-vis de l’opinion publique métropolitaine et aussi de l’opinion internationale, il est important de montrer que les musulmans d’Algérie se battent majoritairement dans le camp français. Par-delà l’efficacité militaire, les militaires attendent aussi et peut-être même surtout un effet psychologique. Comme l’écrit dans une note un officier supérieur « Par l’intermédiaire de leurs parents, de leurs amis, les harkis contribuent soit à entretenir un climat favorable à notre cause dans leurs villages d’origine, soit au minimum à contre-battre la propagande adverse. »
De 1956 à 1962, les harkis étaient des combattants algériens, auxiliaires de l’armée française. Recrutés localement dans les campagnes et les petits centres urbains, ils étaient associés au quadrillage du territoire ainsi qu’aux opérations de maintien de l’ordre autour de leur lieu de recrutement – en théorie, leur région d’origine. Dans une acception plus large, le terme « harkis » était parfois utilisé pour désigner l’ensemble des auxiliaires algériens recrutés pendant la guerre. L’armée française forma jusqu’à cinq catégories différentes d’auxiliaires, correspondant à des unités spécifiques :

  • les harkis proprement dits ;
  • les GMPR (groupes mobiles de police rurale) devenus GMS (groupes mobiles de sécurité) en 1958 ;
  • les makhzens associés aux SAS (sections administratives spécialisées) ;
  • les GAD (groupes d’autodéfense) ;
  • les aassès enfin. De quelques milliers en 1957, entre 100 000 et 150 000 hommes participaient à ces unités en 1960, l’acmé de leur engagement.

Sans registres précis, il est impossible de connaître le nombre total d’Algériens ayant ainsi servi du côté français. On peut seulement avancer une estimation comprise entre 200 000 et 400 000 hommes, soit 10 % à 20 % de la population algérienne susceptible d’être recrutée. L’ordre de grandeur témoigne d’un phénomène massif, qui a concerné avec plus ou moins d’intensité la société rurale algérienne dans son ensemble.
Les unités auxiliaires se différenciaient des unités régulières par la composition de leurs membres (« Français musulmans ») et par l’attachement à leur territoire…

En janvier 1959, une harka constituée de femmes harkettes est créée à Catinat par le lieutenant français Onrupt:

Évolution des divers groupes de supplétifs musulmans en 1957
mokhaznis GMPR GAD harkas
3 500 4 748 3 502 2 186
5 500 5 824 5 500 10 430


Les massacres de harkis

Après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, les directives du FLN ne sont pas les mêmes dans toutes les wilaya. Certaines vont plutôt dans le sens d’un apaisement. Mais l’état-major de l’Armée de libération nationale (ALN) estime que le «sort des harkis sera décidé par le peuple et devant Dieu». Les harkis sont inscrits sur des listes noires et surveillés. Dès le 19 mars 1962, des meurtres et enlèvements sont signalés notamment en wilaya V. À Saint-Denis-du-Sig, 16 harkis sont massacrés.

22 membres du Commando Georges sont massacrés à Saïda en avril 1962. Certains ont été égorgés, d’autres massacrés à coups de baïonnette, de pique, de pierre. Sur les 300 harkis du commando Georges, composé pour l’essentiel d’anciens combattants du FLN « retournés », une soixantaine parviennent à survivre aux massacres des harkis en rejoignant la France. Le sergent du Commando sera notamment ébouillanté vivant dans un chaudron.

Très rapidement, les harkis commencent à être torturés et massacrés par la population. Les accords d’Évian interdisent à l’armée française d’intervenir, et les soldats français ne peuvent agir à la demande des harkis. Cependant, ces assassinats restent dans un premier temps des cas isolés. Le FLN se donne le temps de procéder à un recensement complet de ceux qu’ils considèrent comme des traîtres.

Cependant, certains ont affirmé qu’il existait des « clauses secrètes des accords d’Évian », livrant les musulmans pro-français au FLN. Cette allégation est formellement démentie, sans aucune équivoque, par trois passages de ces accords. Dans l’article 2 du cessez-le-feu, « les deux parties s’engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle ». Dans la déclaration générale, il est précisé que l’État algérien garantira les droits et libertés de tous ses citoyens ; en particulier, « nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque en raison d’opinions émises à l’occasion des événements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d’autodétermination ou d’actes commis à l’occasion des mêmes événements avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu. Aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d’en sortir ». Le « principe de non-représailles » avait été admis le 9 novembre 1961 à Bâle par le GPRA*, ce qui, selon son président Ben Khedda, avait débloqué la négociation. Il est donc manifestement faux que les accords d’Évian aient abandonné les musulmans pro-français à la justice du FLN même si leur existence comme catégorie particulière n’est jamais mentionnée. Il est également faux de prétendre que ces accords n’engageaient que la France, alors qu’ils avaient été élaborés en commun et paraphés, feuillet par feuillet, par les deux parties. Enfin, leur validité n’était pas limitée à la date de l’indépendance, puisque la déclaration générale stipulait que, s’ils étaient ratifiés par le peuple algérien lors du référendum, leur contenu s’imposerait au futur État.

Le 15 avril 1962, les « évènements » étant officiellement terminés, le ministère des Armées français ordonne le désarmement immédiat des harkis. Le 1er mai 1962, toutes les harkas sont dissoutes.

Le 12 mai 1962, le ministre français des Armées, Pierre Messmer, donne l’instruction de ne pas permettre aux harkis de rejoindre individuellement la métropole, contrairement aux engagements pris par l’armée française. Le 16 mai, le ministre d’État chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, demande par télégramme de sanctionner les personnes participant au rapatriement des harkis en France. 42 500 harkis, avec leur famille, peuvent s’établir en France métropolitaine sur un nombre total de supplétifs évalué entre 200 000 et 250 000.

C’est à partir de l’indépendance, le 3 juillet 1962, que la situation bascule. Des chefs régionaux du FLN appellent ouvertement au massacre de tous les harkis. Des civils sont assassinés par l’ALN dans des charniers. D’autres sont atrocement torturés dans des « centres d’interrogatoires » puis exécutés. Des harkis sont crucifiés sur des portes, certains ont la musculature arrachée avec des tenailles. Les massacres incluent parfois des femmes et des enfants.

Le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu varie selon les estimations entre 10 000 et 150 000 mais reste incertain. Il semble qu’en 2005, les historiens s’accordent à évaluer de 60 000 à 70 000 le nombre de morts. Certains parlent de 150 000 victimes mais ce chiffre est probablement extrapolé. De nombreux harkis furent également arrêtés et emprisonnés.

La formation du premier gouvernement par Ben Bella, le 26 septembre 1962, n’empêche pas les arrestations de se poursuivre, au contraire leur nombre s’accroît de fin octobre 1962 à début décembre 1962. Toutefois, à partir de janvier 1963, le nombre d’exactions diminua. Le 3 juin 1963, Ahmed Ben Bella déclara : « Nous avons pardonné aux anciens harkis, leurs assassins seront arrêtés et exécutés. » Mais des milliers d’entre eux devaient encore rester détenus pendant des années.. Des milliers d’anciens harkis resteront en prison pendant des années, pour certains jusqu’en 19691.

Des hommes enterrés vivants


Le rapport Robert cite « un conseiller général […] arrêté le 1er août après avoir assumé les fonctions de maire jusqu’à cette date à la demande de l’ALN » et « enterré vivant le 7 août, la tête dépassant et recouverte de miel », qui agonisa durant cinq heures, « le visage mangé par les abeilles et les mouches ». Le même rapport note que, « durant cette période, la population n’a participé aux supplices que de quelques dizaines de harkis, promenés habillés en femmes, nez, oreilles et lèvres coupés, émasculés, enterrés vivants dans la chaux ou même dans le ciment ou brûlés vifs à l’essence». Cependant, « les supplices dans cette région n’atteignirent pas la cruauté de ceux d’un arrondissement voisin […]» ; on n’y signala pas « des massacres de femmes et d’enfants de harkis, fréquents dans des arrondissements voisins ».

Après un mois d’accalmie, la répression reprit le 15 octobre et jusqu’en décembre, « à froid et sur la seule initiative de l’ALN-ANP ». Il n’était plus question de centres d’interrogatoire : « L’ALN exécutait sommairement, seules les personnalités avaient encore l’honneur de supplices et de tortures. » Au total, le rapport Robert estime le nombre de victimes à plus de 750, voire 1 000, et juge que ce bilan serait inférieur à la moyenne des 71 autres arrondissements d’Algérie. Des témoignages aussi effroyables ont été rapportés de toutes les régions du pays. Comme le montre Mohand Hamoumou, ces raffinements de cruauté expriment une conception archaïque de la justice, que les Lumières ont fait oublier en Occident : « Le supplice est destiné à rendre infâme celui qui en est la victime et à attester le triomphe de celui qui l’impose. »

Le président Jacques Chirac a décidé par décret, en 2001, que le 25 septembre serait une journée d’hommage aux harkis.

Le silence du Général de Gaulle

Le Général a en effet gardé un silence presque total sur cette question. D’après les témoignages et les documents, quatre raisons peuvent expliquer son attitude. D’abord, la volonté de parier sur le succès des accords d’Évian. Ensuite, la crainte de prolonger la guerre civile en laissant transférer en France des recrues potentielles de l’OAS, et le refus de lui donner raison en reprenant les hostilités contre l’Algérie. Mais la raison la plus profonde est que de Gaulle ne considérait pas les harkis comme de vrais Français. Il l’a clairement exprimé lors du Conseil des ministres du 25 juillet 1962 : « On ne peut pas accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu’ils ne s’entendront pas avec leur gouvernement ! Le terme de rapatrié ne s’applique évidemment pas aux musulmans : ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères ! Dans leur cas, il ne saurait s’agir que de réfugiés ! Mais on ne peut les recevoir en France comme tels, que s’ils couraient des dangers.»

Déclaration terrible, dont il ne faut pas exagérer la signification : si le Général croyait depuis longtemps que les « auxiliaires indigènes » restaient avant tout des hommes de leur pays, on ne peut en déduire qu’il avait voulu les y faire exterminer. Il avait misé sur les accords d’Évian afin d’éviter, précisément, qu’un ou deux millions de réfugiés politiques ou économiques musulmans viennent s’ajouter au million de rapatriés. Ce qu’il avoua le 3 janvier 1963 : « Nous ne devons pas nous laisser envahir par la main-d’oeuvre algérienne, qu’elle se fasse ou non passer pour des harkis ! Si nous n’y prenions pas garde, tous les Algériens viendraient s’installer en France ! »

Si les responsabilités majeures de cette tragédie incombent à l’Algérie, la France doit assumer celle ne n’avoir su ni la prévoir ni l’empêcher. Le sang répandu a transformé un compromis honorable en une honteuse compromission, et vicié fondamentalement la coopération franco-algérienne que de Gaulle voulait « exemplaire ». Quant à l’Algérie, elle continue de souffrir de ne pas avoir délégitimé la violence et la cruauté en 1962. Mais, contrairement au jugement expéditif de Pierre Messmer «Je ne suis jamais retourné en Algérie et je n’y retournerai jamais. Ce pays sanguinaire me fait horreur», elle peut devenir un pays libre et heureux à condition de tirer les leçons de son passé tragique.

Les harkis et leurs descendants représenteraient en France en 2012 environ 500 000 personnes.

L’exil des harkis ne fut pas choisi. D’un côté de la Méditerranée, ils ont fait l’objet d’un bannissement officiel, encore d’actualité aujourd’hui. Interdiction de remettre les pieds sur le sol qui les a vu naître et grandir. Mais le drame harki s’est surtout joué du côté de la France, qui s’est rendue coupable d’un abandon institutionnalisé de cette population qu’elle ne souhaitait aucunement intégrer à son sol, en n’organisant aucun transfert massif, laissant les harkis désarmés, sur place dans un pays où de sanglantes représailles les attendaient.
Quant à ceux qui ont réussi à rejoindre la France, leur arrivée reste associée à de bien tristes noms: Bias dans le Lot-et Garonne, Larzac-la-Cavalerie dans l’Aveyron ou encore le plus connu Risevaltes dans les Pyrénées. Les harkis ont été parqués de longues années avec leur famille dans des camps de transit aux conditions désastreuses (couvre-feu, baraquements insalubres, privation de la liberté de circuler, de l’accès aux soins, aux droits, à l’éducation…).

Avec, lhistoire.fr et wikipedia.

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