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Afrique: Parenté à plaisanterie ” une alliance cathartique”

Pratiques et expressions de la parenté à plaisanterie au Niger * UNESCO-ICH-blue.svg Patrimoine culturel immatériel Pays Drapeau du Niger Niger Liste Liste représentative Fiche 01009 [archive] Année d’inscription 2014 * Descriptif officiel UNESCO modifier Consultez la documentation du modèle La parenté à plaisanterie, ou sinankunya au Mali, rakiré chez les Mossis du Burkina Faso, toukpê en Côte d’Ivoire, Kalungoraxu chez les Soninkés, dendiraagal chez les Halpulaaren, kalir ou massir chez les Sérères, Kal chez les Wolofs, est une pratique sociale typiquement ouest-africaine, qui autorise, et parfois même oblige, des membres d’une même famille (tels que des cousins éloignés), certaines catégories de noms de famille (Fall vs Dieng, Niang ou Ndoyene) ou des membres de certaines ethnies entre elles, à se moquer ou s’insulter, et ce sans conséquence ; ces affrontements verbaux étant en réalité des moyens de décrispation sociale.

Les coutumes africaines étant vastes et diversifiées, nous devons sans cesse apprendre a connaitre nos racines, d’où nous venons, qui sommes nous, « c’est normal de ne pas connaitre, mais, n’oublions pas qui nous sommes, d’où nous venons, souvenons-nous de la terre de nos parents. » Le pilier de la culture africaine reste bien évidemment la famille. Très unis en Afrique, nous ignorons le mot « SDF » ; on ne dormira jamais dans la rue, même en étant sans emploi, on aura toujours à manger, même si ce n’est pas à sa faim, on aura toujours à boire…. ! Il y aura toujours une personne qui vous tendra la main.

Parenté à plaisanterie : Un ciment social 

Roi du Mali. Mappemonde. Atlas Catalan, 1375, BnF Manuscrits.
Roi du Mali. Mappemonde. Atlas Catalan, 1375, BnF Manuscrits.

Ainsi, un membre de la famille Ndiaye peut-il croiser un Diop en le traitant de voleur ou de mangeur d’arachide sans que personne ne soit choqué, alors que parfois les deux individus ne se connaissent même pas. Il n’est d’ailleurs pas permis de se vexer. Cette impolitesse rituelle donne lieu à des scènes très pittoresques, et les gens rivalisent d’inventivité pour trouver des insultes originales et drôles.


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La tradition orale raconte que cette coutume a été instaurée par Soundiata Keïta lors de la fondation de l’Empire du Mali. Il est néanmoins très probable qu’elle soit plus ancienne, et qu’elle n’ait été que confirmée à cette occasion.

Bien plus qu’un simple jeu, ces relations sont sans doute un moyen de désamorcer les tensions entre ethnies voisines ou entre clans familiaux, selon l’interprétation de Marcel Griaule qui a désigné ce phénomène comme une alliance cathartique.

Au Burkina Faso, la parenté à plaisanterie est une pratique légendaire qui existe entre les ethnies, les clans et les individus de générations différentes. Le corps d’un défunt peut être un sujet de raillerie, par le biais des alliances. Aussi, cette pratique traditionnelle permet de calmer les tensions au sein des communautés.

« A la mort d’un San, un Moaga rentre dans la tombe. Les gens meurtris croyaient qu’il allait attraper le corps pour le coucher par terre. On le lui donna, mais il le repoussa. Le manège dura si longtemps que cela provoqua une irritation au sein de la foule. Mais le Moaga était venu de Ouagadougou avec les fils et filles du défunt, c’est eux qui donnèrent de l’argent en expliquant à la foule qu’il était un allié à plaisanterie.

Ainsi il sortit de la tombe et laissa continuer la cérémonie d’enterrement. En remettant l’argent au Moaga, les fils du défunt lui dirent : C’est pour couvrir les frais de carburant. » Ce temoignage extrait de l’ouvrage du chercheur burkinabè, Joseph Alain Sissao, « Alliance et parenté à plaisanterie au Burkina Faso » explique en partie l’ancrage de ces pratiques dans les sociétés traditionnelles au Burkina Faso.

Le samedi,10 juin 2000 lors des funérailles nationales du Cardinal Paul Zoungrana les Sans(parents à plaisanterie des Mossé) ont investi la tombe du défunt,à la cathédrale de Ouagadougou,essayant d’empêcher le corps d’être enterré. C’est après de rudes négociations que le Cardinal a été conduit à sa dernière demeure.

Chez les mossé, le Rakiré( la parenté à plaisanterie) se fait également à l’intérieur du clan. Lorsqu’une vielle personne décède dans une famille, les membres de la famille alliée tourne en dérision la situation de deuil par une parodie de réjouissance.

Elle va jusqu’à souhaiter à la famille éplorée que situations similaires se produisent tous les jours, afin qu’elle puisse danser le Warba( danse tradionnelle Moaga). Pour le professeur, Albert Ouédraogo de l’Université de Ouagadougou, cette façon de célébrer le deuil contribue à dédramatiser la mort ; « Il faut faire en sorte que la famille ne sombre pas dans ce qu’on appelle le deuil pathologique.

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Un individu est mort, mais faite en sorte que sa disparition ne tue pas le groupe. Et c’est aux parent à plaisanterie d’assumer ce rôle ». Au Burkina Faso, ces joutes traditionnelles ne sont pas l’apanage des seuls Mossé et des Sans .Toutes les ethnies pratiquent ces rites traditionnels à l’occasion du décès d’un parent à plaisanterie.

Chez certains clans « l’enlèvement du cadavre contre rançon » est autorisé. D’autres vont jusqu’à accuser leurs parents à plaisanterie d’être des sorciers et d’avoir « dévoré » leur propre enfant. Chez les Kassena,Gourounsi du Nahouri,entre les Tiétembou et les Gomgnimbou, les expressions du genres :« Vous avez encore tué,vraiment,vous êtes très forts de ce côté là, bon si c’est ainsi donnez-nous un morceau » sont le plus souvent employées lors des décès.

La parenté à plaisanterie va au delà des ethnies et des clans. Elle est aussi intergénérationnelle. Il existe des alliances entre l’oncle et le neveu et entre les grands-parents et leurs petits fils. Lorsqu’un vieux meurt, ces derniers ne doivent pas pleurer. Ils sont autorisés à user de tous les stratèges pour empêcher retarder l’enterrement. Ils peuvent s’asseoir sur le cercueil, bloquer la porte d’accès au corps, encercler la tombe.

Ils ne permettront la mise en terre qu’après avoir reçu des présents. Un Bobo a confié dans l’œuvre de Joseph Alain.Sissao « Quand mon grand-père est décédé, je me suis mis à pleurer et ma mère m’a demandé pourquoi je pleurais. Pour elle, je ne devais pas pleurer, c’était plutôt elle qui devait pleurer. C’était une manière de me consoler parce qu’entre le grand-père et le petit-fils, il y a la plaisanterie ».

Dans les grandes villes au Burkina Faso ces pratiques se font de plus en plus rares. A Ouagadougou par exemple, les parents à plaisanterie font de moins en moins ces mises en scène pour détendre l’atmosphère lors des décès ou des funérailles.

Le vieux Abdoul Salam Zoungrana (67 ans) se souvient avec nostalgie : « lorsque nous étions encore jeunes, on assistait aux décès et aux funérailles des vielles personnes avec une certaine ferveur. Même si on était malheureux à la perte d’un proche, les membres des familles alliées venaient dérider la situation et on finissait par oublier un peu son chagrin. Ces parents à plaisanterie vous assistent en réalité pendant longtemps ». Il regrette que de nos jours ces pratiques se fassent rares en ville. Après les enterrements, les familles affligées sont très vite oubliées par les « amis ».

« En 1966, le Burkina Faso a échappé à une crise grâce à la parenté à plaisanterie »

Les bienfaits de la parenté à plaisanterie sont nombreux. Elle participe d’une façon ou d’une autre à apaiser les tensions dans les familles, et entre les différents clans de la société. Selon le professeur, Albert Ouédraogo, le Burkina Faso, à l’époque Haute-Volta, a connu une rupture institutionnelle sans effusion de sang aux premières heures de son indépendance à cause de la parenté à plaisanterie. « En 1966, le Burkina Faso a échappé à une crise grâce à la parenté à plaisanterie », a dit M.Ouédraogo. Le soulèvement populaire du 3 janvier 1966 a conduit le Président Maurice Yaméogo à abandonner les reines du pouvoir.

« Un mossi allait perdre le pouvoir sur un espace majoritairement moaga. Et qui l’a remplacé ? C’est un San, Sangoulé Lamizana, un parent à plaisanterie .De façon inconsciente la parenté a apaisé les esprit sans que les gens ne s’en rendent compte », explique le professeur Ouédraogo. Dans l’exercice de la parenté il est interdit de proférer des injures à l’endroit de son allié ou de verser son sang.

Cette pratique sociale ne peut être située dans le temps. Plusieurs mythes entourent son existence dans la tradition burkinabè. Selon, Albert Ouédraogo tous les parents à plaisanterie au Burkina Faso ont d’abord entretenu des relations conflictuelles avant de nouer des alliances.

 

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