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Afrique du Sud: L’Apartheid change de camps, des Blancs dans la rue contre la discrimination

Casquette orange sur la tête, les salariés du chimiste sud-africain Sasol ont envahi les faubourgs de Secunda (nord-est). Sur leurs pancartes, les motifs de leur colère. « Ma couleur de peau ne détermine pas ce que je vaux ». « Stop au racisme chez Sasol »

L’histoire de l’Apartheid

Apartheid est un mot afrikaans qui veut dire développement séparé. Les lois de l’Apartheid commencèrent à se mettre en place progressivement à partir de l’année 1913. Elles furent parachevées après la seconde guerre mondiale par une série de lois visant à établir la séparation matérielle et intellectuelle des races. Une loi de 1950 impose le classement de la population par catégories raciales, Blancs, Indiens, Métis et Noirs. La loi délimite des zones de résidence selon les catégories raciales. Les Blancs et les non Blancs vivront dans des zones séparées. Tous les Noirs doivent dépendre administrativement d’une réserve selon leur origine ethnique. La loi prévoit qu’elles deviendront ensuite autonomes puis indépendantes. C’est seulement dans les réserves que les Noirs peuvent exercer leurs droits civiques. L’accès aux zones blanches, 87% du territoire, ne leur est autorisé que pour aller y travailler. En 1952, pour mieux contrôler leurs déplacements, une loi rend obligatoire pour les noirs le port d’un passeport intérieur. C’est un véritable système d’exploitation de la majorité noire par la minorité blanche qui est ainsi mis en place.

Les débuts de l’A.N.C.

Le 8 janvier 1912, la conférence de Bloemfontein donna naissance à l’African National Congress qui deviendra le fer de lance de la lutte contre l’apartheid pendant quatre-vingt ans. L’exemple de Gandhi qui organisa, avec succès, de 1893 à 1914 la résistance indienne par l’action non-violente sera suivi par l’A.N.C. pendant 50 années. Les actions les plus significatives auront lieu sous l’autorité du chef Albert Luthuli. Notamment, à partir de 1949, un programme d’action prévoit une campagne de masse préconisant l’emploi du boycott, de la résistance passive et de la grève. Ainsi, en 1956, 20 000 femmes marchent victorieusement sur les bureaux du gouvernement à Prétoria pour protester contre l’extension aux femmes du passeport intérieur obligatoire. En 1955, l’A.N.C. convoque un congrès des peuples à Kliptown et le 26 juin est adopté par environ 3000 délégués des congrès africains, métis, indiens et démocrates blancs la Charte des Liberté.

Nelson Mandela, un long chemin vers la liberté

En 1974, quand il est au pénitencier de Robben Island, Nelson Mandela rédige clandestinement des “souvenirs” qui seront publiés beaucoup plus tard. On peut suivre l’évolution de sa pensée concernant la non-violence et des orientations politiques prises par l’ANC sous son influence.

Alors qu’il était jeune milititant à la Ligue de la Jeunesse, il a été très impressionné par la campagne non-violente menée de 1946 à 1948 par la communauté indienne, en réaction au Ghetto Act, voté par le gouvernement Smuts,  restreignant les libertés de déplacement des Indiens. “Cette campagne, écrit-il, est devenue un modèle pour le genre de manifestations que nous défendions à la Ligue de la Jeunesse. Elle avait donné un esprit de défi et de radicalisation aux gens, elle a supprimé la peur de la prison. Ils nous rappelaient que la lutte pour la liberté ne consistait pas seulement à faire des discours, à tenir des meetings, à faire passer des résolutions et à envoyer des délégations : il fallait aussi une organisation méticuleuse, des actions militantes de masse … La campagne indienne faisait écho à la campagne de résistance passive de 1913 dans laquelle le Mahatma Gandhi, à la tête d’une foule d’Indiens, avait traversé la frontière entre le Natal et le Transvaal … C’était l’histoire ; cette dernière campagne s’était déroulée sous mes yeux.” (1)

Aussi quand apparurent les lois interdisant les mariages mixtes et  les relations sexuelles entre Blancs et non-Blancs, l’ANC, en réponse, entreprend un effort décisif pour se transformer en une véritable organisation de masse. “A la ligue de la Jeunesse nous avions vu l’échec des moyens légaux et constitutionnels de lutte contre l’oppression raciale … Nous avons expliqué qu’à notre avis le temps était venu des actions de masse en prenant exemple sur les manifestations non-violentes de Gandhi, en Inde, et la campagne de résistance passive de 1946 … Les responsables de l’ANC, avions-nous dit, devaient accepter de violer la loi et, si nécessaire, d’aller en prison pour leurs convictions, comme l’avait fait Gandhi” (2). A la direction de l’ANC, en 1952, on désigna un nouveau chef, plus énergique, le chef Albert Luthuli. “Le programme d’action approuvé à la conférence annuelle appelait à exiger des droits politiques par les boycotts, les grèves, la désobéissance civile et la non-coopération. En outre, il appelait à une journée de grève nationale pour protester contre une politique raciste et réactionnaire du gouvernement. Il marquait une rupture avec l’époque des manifestations convenables. ” (3)

Noirs et Indiens organisent ensemble la grande campagne non-violente de 1952 pour l’abolition des “six lois d’apartheid”. Cependant, les opinions concernant la non-violence ne sont pas à l’unisson : “Certains défendaient la non-violence sur des bases purement morales, en affirmant qu’elle était moralement supérieure à toute autre méthode. Cette idée était fermement défendue par Manilal Gandhi, le fils du Mahatma et directeur du journal Indian Opinion, qui était un membre éminent du SAIC (South  African Indian Congress). Avec son comportement très doux, Manilal Gandhi semblait la personnification même de la non-violence, et il insistait pour que la campagne suive une voie identique à celle de son père en Inde.

D’autres disaient que nous devions aborder la question, non sous l’angle des principes, mais sous celui de la tactique, et que nous devions utiliser la méthode qu’exigeaient les conditions. Si une méthode particulière nous permettait de vaincre l’ennemi, alors il fallait l’employer … La non-violence devenait plus une nécessité qu’un choix. Je partageais ce point de vue et je considérais la non-violence du modèle de Gandhi non comme un principe inviolable mais comme une tactique à utiliser quand la situation l’exigeait. La stratégie n’était pas à ce point importante qu’on dût l’employer même si elle menait à la défaite, comme le croyait Gandhi. C’est cette conception qui a prévalu malgré les objections obstinées de Manilal Gandhi.” (4)

Le massacre de Sharpeville

En 1960, c’est la mobilisation nationale contre le port obligatoire du passeport intérieur. A Sharpeville, au sud de Johannesburg, 15 000 manifestants pacifiques entourent le commissariat et demandent à être arrêtés. En face, dans le commissariat, 75 policiers ouvrent le feu. C’est un massacre qui va marquer pour toujours la mémoire des Noirs. A New York, à Londres, partout dans le monde on manifeste contre le régime de l’Apartheid. En Afrique du Sud, on brûle les passeports. La colère gagne tout le pays. C’est alors l’état d’urgence et les lois d’exceptions. L’A.N.C. et le Pan African Congress sont mis hors la loi. Il y a 20 000 arrestations. Le 21 mars sera dès lors commémoré dans le monde entier comme la journée des Nations Unies contre le racisme. Albert Luthuli, le président de l’A.N.C. est emprisonné ; les principaux leaders dont Nelson Mandela passent en procès pour trahison. Nelson Mandela se prépare à passer dans la clandestinité.

L’abandon de la non-violence et l’échec de la violence

L’année suivante, en 1961, les Afrikaners rompent définitivement avec Londres. L’Afrique du Sud devient République souveraine. Ce jour-là est jour de grève et de protestation muette pour la population noire. Il y a 10 000 arrestations. Nelson Mandela, alors dans la clandestinité, est poursuivi pour avoir organisé la grève.

“La réunion de la Direction à Durban, se souvient Mandela, comme toutes les réunions de l’ANC à l’époque, eut lieu en secret et la nuit, afin d’éviter la police. Je pensais rencontrer des difficultés parce que le chef Luthuli serait présent et je connaissais son engagement moral envers la non­-violence. Je me méfiais aussi du moment : je soulevais la question de la violence tout de suite après le procès de trahison où nous avions soutenu que pour 1’ANC la non‑violence était un principe inviolable et non pas une tactique dont on pouvait changer en fonction des circonstances. Moi‑même, je croyais exactement l’inverse ; que la non‑violence était une tactique qu’on devrait abandonner quand elle ne serait plus efficace.” (5)  L’ANC franchit le pas. Pendant cinquante ans, l’ANC avait considéré la non-violence comme un principe central. Elle s’engageait dans la voie de la violence organisée. Nelson Mandela se voit confié la tâche d’organiser une armée qui prendra le nom de Umkhonto we Sizwe (MK) c’est-à-dire la lance du peuple.

MK exclut la guérilla et le terrorisme pour développer le sabotage. Il ne s’agit pas d’un choix moral mais d’un choix tactique : “Etant donné qu’il n’impliquait pas de pertes de vies humaines, il laissait le meilleur espoir pour la réconciliation entre les races par la suite. Nous ne voulions pas faire éclater une guerre à mort entre Noirs et Blancs. L’animosité entre les Afrikaners et les Anglais était encore vive cinquante ans après la guerre des Boers ; que seraient les relations entre Noirs et Blancs si nous provoquions une guerre civile ? Le sabotage avait l’avantage supplémentaire d’exiger peu d’effectifs.

Notre stratégie consistait à faire des raids sélectifs contre des installations militaires, des centrales électriques, des lignes téléphoniques, et des moyens de transport ; des cibles, qui non seulement entraveraient l’efficacité militaire de l’Etat, mais qui en plus effraieraient les partisans du Parti national, feraient fuir les capitaux étrangers et affaibliraient l’économie. Nous espérions ainsi amener le gouvernement à la table des négociations. On donna des instructions strictes aux membres de MK : nous n’acceptions aucune perte de vies humaines.” (6)

C’est le moment où le chef Albert Luthuli reçoit le prix Nobel de la paix … “Cet honneur arrivait à un mauvais moment, car il coïncidait avec une déclaration qui semblait le remettre en question. Le lendemain du retour de Luthuli d’Oslo, MK annonça de façon spectaculaire son existence. Sur ordre du Haut Commandement, aux premières heures du 16 décembre 1961, des bombes artisanales explosèrent dans des centrales électriques et des bureaux du gouvernement à Johannesburg, Port Elisabeth et Durban.” (7)

En 1962, après 15 mois de chasse à l’homme, Nelson Mandela est arrêté. Deux ans plus tard à Prétoria, le jour du jugement, avec sept autres accusés, il encourt la peine de mort. Çà sera la prison à vie. Il est alors âgé de 45 ans. Cette année-là, les principaux leaders et des milliers de militants sont en prison, en exil ou bannis. Winnie Mandela, sa femme, est condamnée à l’exil intérieur, assignée à résidence à Soweto. L’opposition blanche est réduite au silence. Le combat est quasiment suspendu … pour une dizaine d’années.

La libération de Mandela 28 ans plus tard

Le 11 février 1990, 28 ans plus tard, Nelson Mandela, devenu le prisonnier politique le plus célèbre du monde est libéré. Le soir même, devant l’hôtel de ville du Cap, il s’adressait à la foule en ces termes : “… J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai rêvé de l’idéal d’une société libre et démocratique où tout le monde vivrait en harmonie avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel je veux vivre et que je veux réaliser. Mais, s’il le faut, c’est aussi un idéal pour lequel je suis prêt à mourir”. C’était mots pour mots ce qu’il avait prononcé le jour de sa condamnation 28 ans auparavant, comme si ces 28 années de prison n’avaient été qu’une parenthèse. En 1978, Nelson Mandela a déjà fait 16 ans de prison dans le bagne de L’île Robben, lorsque John Vorster lui propose la liberté, à condition de vivre dans la réserve du Transkei. Mandela refuse car, pour lui, il ne peut y avoir liberté dans l’apartheid. C’est ainsi qu’il devient la grande figure de référence invoquée par tous ceux qui après lui vont se dresser contre le mur de l’apartheid.

Le mouvement de la ‘conscience noire’

A partir de 1968 naît le mouvement de la ‘conscience noire’. La lutte des noirs va être conduite par une nouvelle génération de leaders. Steve Biko, un étudiant en médecine, est le plus populaire. Il appelle les noirs à vaincre le premier élément politique qui joue contre eux, le sentiment d’infériorité et à exalter leur propre système de valeurs. Il propose une véritable révolution culturelle. Il veut privilégier les moyens d’action non-violents dans son pays.

Le 16 juin 1976, à Soweto, dans la banlieue de Johannesburg, des groupes de jeunes écoliers noirs, se rassemblent pour protester contre l’obligation de l’enseignement en langue afrikaner. La répression de ce rassemblement fait 23 morts et 220 blessés. Le massacre des enfants aux mains nues de Soweto enflamme les townships. La rébellion gagne les grandes villes. Elle durera huit mois. Moins d’une année plus tard, les organisations relevant du mouvement de la ‘conscience noire’ sont à leur tour interdites. Steve Biko est arrêté. Il meurt pendant ses premiers jours de détention, à la suite, révélera l’autopsie, de coups violents portés à la tête.

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La création du Front Démocratique Unifié

Le 9 septembre 1978, Pieter Botha, Ministre de la Défense depuis douze ans, devient Premier Ministre. Il est l’homme des militaires. Ils attendent de lui une stratégie globale contre la menace des communistes à la fois dans les townships et en Angola, au Mozambique et en Namibie. A la frontière nord il va faire la guerre, mais à l’intérieur, il va entreprendre des réformes : relâcher le contrôle des déplacements de population, libérer les emplois, autoriser les organisations professionnelles et les syndicats. Mais ce n’est encore ni la justice ni la liberté.

Lorsque le 22 mai 1980, au Cap, 100 000 élèves noirs, métis et indiens manifestent contre la ségrégation scolaire et la mauvaise qualité de l’enseignement, on décida de boycotter les écoles, des centaines de petites associations naissent pour soutenir la résistance dans la vie locale. Elles sont encouragées par les églises.

Botha est pris au piège, entre réforme et répression. En 1983, il propose une nouvelle constitution. Quatre millions d’indiens et de métis gagneront le droit de vote. Le parlement sera composé en trois chambres séparées, blancs, indiens et métis, mais les cinq millions de blancs garderont la majorité. Les noirs sont 28 millions, mais ils sont toujours exclus de la communauté nationale.

En réponse, le 20 août 1983, les représentants de plus de 600 organisations locales, engagées dans l’action sociale et la résistance, créent le Front Démocratique Unifié, l’U.D.F., pour dénoncer le mensonge des réformes. C’est un mouvement qui adopte la stratégie de la non-violence. Le pasteur Allan Boesak et l’évêque anglican Desmond Tutu y jouent un rôle actif. Le nom de Mandela emprisonné depuis 20 ans devient le symbole de la résistance.

Le cycle de la répression et de la non-collaboration

En 1985, la situation de l’Afrique du Sud est préoccupante. 37% de la population active est au chômage, les townships sont incontrôlables. Tous les jours des enfants des townships désertent l’école pour la ‘révolution’. La répression, brutale, a lieu sous l’œil des caméras de la télévision. Des milliers de blancs, mais aussi les entreprises et les capitaux étrangers, fuient un pays que la télévision montre tous les soirs à feu et à sang. Les sanctions économiques contre l’Afrique du Sud se durcissent, la bourse s’effondre, les milieux d’affaire s’inquiètent.

Cédant aux nécessités économiques, le gouvernement accepte la création des syndicats. Des luttes ouvrières s’organisent. Les grèves se multiplient. A la fin de l’année 1985, tous les syndicats se fondent en un seul mouvement, le COSATU, qui fédère toutes les énergies des luttes ouvrières.

Malheureusement, les rivalités entre noirs se sont développées. Les zoulous, sous la conduite du chef Buthelezi ont fondé le mouvement de l’Inkatha qui affronte les militants de l’U.D.F.

Pour arrêter la violence et calmer les townships, Botha déclare l’état d’urgence et établit une censure complète de la presse et de la télévision.

Noir, jaune et vert, chemises kakis et béret, c’est l’uniforme des nouveaux militants de l’A.N.C. qui réapparaît. Ce sont eux maintenant qui organisent la résistance dans les townships. L’insurrection est générale. Les funérailles sont transformées en meetings. Pendant l’état d’urgence, c’est le seul lieu où la contestation peut encore s’exprimer. A la fin des funérailles, la police disperse la foule. Il y a des tirs et de nouveaux morts. C’est un cycle infernal et sans fin. Les funérailles finiront par être interdites aux religieux accusés de prêcher la révolte.

En 1987, les postes et 70% des transports sont arrêtés. Plusieurs centaines de milliers d’étudiants boycottent les cours. Les grèves se multiplient. Les efforts d’un jeune avocat, Cyril Ramaphosa, ont abouti à la création du syndicat des mineurs. Il déclenche la grève pour une plus grande sécurité des conditions de travail. C’est la grève la plus importante jamais menée par des ouvriers noirs.

Profitant des lois d’exceptions, Botha donne en secret les pleins pouvoirs aux services de sécurité afin de traquer et d’assassiner les militants de l’A.N.C. dans les pays voisins et jusqu’en Europe.

La désobéissance civile

Le 15 août 1989, trois semaines avant le terme légal de son mandat, Botha est évincé par Frédérique De Klerk de 20 ans son cadet. De Klerk sait que depuis deux ans, le tiers des sociétés américaines a quitté le pays. Chef du parti nationaliste depuis six mois, De Klerk est un réaliste. Il est urgent de sortir de la crise. Il faut négocier avec l’A.N.C.

Pour la communauté noire, rien ne change encore. Le 20 août, pendant que s’ouvre la campagne électorale des blancs, au Cap, dans la cathédrale Saint Georges, on sort les bannières des mouvements et des partis interdits. L’U.D.F. ouvre la campagne de désobéissance civique. Desmond Tutu, la justifie en ces termes : “Désobéir à des lois qui sont fondamentalement injustes est impératif d’un point de vue moral. Ne pas désobéir à des lois injustes, c’est collaborer à leur conservation. Aussi, nous préservons le pays de la destruction morale. Nous promettons de nous engager à la défense de la justice à n’importe quel prix. Monsieur De Klerk, on ne veut pas de votre chambre tripartite, on ne veut pas de vos élections. Nous voulons la liberté. Et nous vous défierons jusqu’à ce que nous l’obtenions.”

En septembre, ce jour d’élection pour les blancs est aussi jour de boycott pour les Indiens et les métis solidaires des 21 millions de noirs toujours exclus du vote.

L’heure de Frédérique De Klerk

De Klerk, après trois semaines de pouvoir, autorise la manifestation de l’U.D.F. prévue le lendemain au Cap, la première manifestation légale depuis longtemps et la plus importante jamais vue en Afrique du Sud. C’est un premier signe donné aux noirs, à l’opposition et à l’opinion mondiale.

Il va ensuite lever l’interdiction qui frappait l’A.N.C. et le P.A.C., libèrer Walter Sisulu, Goban Mbeki, et les autres compagnons de Mandela, puis Nelson Mandela lui-même. Le 15 mai 1990 c’est l’ouverture, au Cap, des négociations entre l’A.N.C. et le gouvernement.

Il faut cependant compter avec les extrémistes. Le chef Buthelezi et les zoulous de l’Inkatha déclenchent à nouveau la guerre contre l’A.N.C. pour le partage du pouvoir. Les retours des meetings de l’Inkatha se transforment en raids sanglants dans les townships. De juin 1990 à juillet 1991, il y aura 3200 morts. Pendant ce temps-là, le gouvernement met fin aux lois de l’Apartheid dans les lieux publiques. Mais devant le développement des violences, le gouvernement est mis en accusation et Nelson Mandela rompt les négociations.

De fait, des révélations vont prouver l’existence au sein des services de sécurité, d’un escadron de la mort chargé d’éliminer les cadres et les leaders de l’A.N.C. Un haut responsable des services de sécurité révèle que l’organisation criminelle implique le Ministre des affaires étrangères, le Ministre de l’intérieur et le Ministre de la Défense. Cette organisation manipule aussi la guerre des townships et verse de l’argent à l’Inkatha.

De Klerk démissionne deux Ministres sur les trois impliqués dans le scandale et continue comme prévu l’abrogation des dernières lois de l’Apartheid. Mais pour que l’O.N.U. lève les dernières sanctions, il faut encore faire revenir le calme dans les townships et deux mois plus tard, après de difficiles négociations, Frédérique De Klerk, Nelson Mandela et le chef Buthelezi signent la paix des townships.

C’est maintenant aux blancs de voter, par référendum, seuls, peut-être pour la dernière fois. C’est ainsi que le 17 mars 1992, ils sont 68% à mettre fin à l’Apartheid. L’Apartheid a donc vécu, mais il reste à reconstruire tout ce qui a été détruit. Il faudra sans doute des années pour effacer les ressentiments et les haines, pour changer les conditions de vie dans les townships, pour améliorer le système éducatif, le système de santé, l’emploi pour les noirs. Dans cette page d’histoire qui a duré près d’un siècle, la violence et la non-violence se sont côtoyées quotidiennement. Pour venir à bout d’un des système politique les plus odieux que le monde ait connu, deux facteurs se sont puissamment conjugués. Il s’agit d’une part de l’action de masse menée à l’intérieur, toujours plus déterminée malgré une répression féroce et sanglante. D’autre part il y a eu les boycotts économiques, sportifs et culturels développés à l’extérieur par les Organisations Non Gouvernementales et par l’Organisation des Nations Unies. Certains se souviennent combien, dans les années soixante-dix, l’organisation du boycott des oranges Outspan d’Afrique du Sud par le Mouvement Anti-Apartheid a été un puissant facteur de sensibilisation des opinions publiques, notamment en France. Les leaders historiques, Nelson Mandela en tête, ont connu la prison durant plus d’un quart de siècle. La geôle n’a pas réussi à faire fléchir leur volonté farouche de poursuivre le combat jusqu’au bout. Ils ont été les figures emblématiques qui ont donné détermination et âme à la lutte du peuple africain et aux solidarités internationales qui l’ont accompagnée.

Des Blancs dans la rue contre la discrimination

Casquette orange sur la tête, les salariés du chimiste sud-africain Sasol ont envahi les faubourgs de Secunda (nord-est). Sur leurs pancartes, les motifs de leur colère. “Ma couleur de peau ne détermine pas ce que je vaux”. “Stop au racisme chez Sasol”.

Au pied des hautes tours de réfrigération fumantes de leur usine, ils sont jeudi deux bons milliers à défiler contre les discriminations raciales.

Sauf que cette fois, les manifestants sont blancs.

“On ne peut pas régler les problèmes posés par un ancien système d’exclusion en instaurant un nouveau système d’exclusion”, résume Dirk Hermann, le patron du syndicat Solidarité à l’origine du mouvement de grève et de la manifestation.

“Ce que nous disons, c’est que quand la discrimination positive va trop loin, il faut y mettre des limites”.

Si, une fois n’est pas coutume, le syndicat proche de la minorité Afrikaner blanche a décidé de faire descendre ses adhérents dans la rue, c’est pour dénoncer un nouveau plan de participation des salariés de Sasol, réservé aux seuls Noirs.

En Afrique du Sud, la loi impose aux entreprises locales de réserver une part de leur capital ou de leurs emplois à la majorité noire du pays, soit 80% de ses 55 millions d’habitants, afin de réparer les injustices héritées du régime raciste blanc.

Dans ce cadre, le géant de la chimie a décidé l’an dernier de faire passer à 25% la part de son capital détenu par des Noirs, notamment en leur distribuant des actions.

Une mesure jugée inacceptable pour tous les collègues blancs de ses heureux bénéficiaires.

“En n’offrant des actions qu’aux seuls employés Noirs, on crée une différence entre nous au moment-même où on commençait enfin, après vingt ans, à se comprendre”, déplore Cobus van Rooyen, 37 ans, un machiniste de Sasol.

– “Traitement égal” –

Autour de lui, les colonnes de protestataires progressent dans un silence qui tranche avec les chants et les assourdissants vuvuzelas qui rythment habituellement les manifestations noires.

Seul au milieu de cette cohorte monocolore, Thabo Lekoloane a tenu à s’afficher avec ses collègues blancs.

“Bien que je bénéficie du plan en tant que salarié noire, je pense que tout le monde doit être également traité chez Sasol”, explique l’adhérent du syndicat Solidarité, “ils ne devraient pas pratiquer la discrimination comme ça”.

Le groupe chimique s’est défendu de ces accusations en affirmant que son plan de participation “ne fait pas partie de la rémunération des employés” et qu’il vise d’abord à renforcer des communautés auparavant défavorisées.

“Notre but consiste à créer des bénéfices substantiels pour environ 230.000 actionnaires et salariés noirs”, a expliqué à l’AFP une porte-parole de l’entreprise, Matebello Motloung.

Le groupe chimique a reçu le soutien du Congrès national africain (ANC) au pouvoir. Son porte-parole Pule Mabe a dénoncé une grève “aux relents racistes” qui “cherche à remettre en cause les avancées de notre démocratie”.

Dans le cadre de sa politique dite de “transformation radicale de l’économie”, le président Cyril Ramaphosa a engagé une réforme agraire visant à corriger les inégalités foncières.

Jeudi, le syndicat Solidarité a remis à la direction de Sasol un cahier de doléances exigeant qu’elle accorde les bénéfices de son plan à tous ses salariés sans exception, ou qu’elle leur propose un plan spécifique avec les mêmes avantages.

Les grévistes ont laissé sept jours au groupe pour lui répondre, avant de saisir la Commission des droits de l’Homme et même les autorités boursières de New York, où il est côté.

“Ce n’est pas une question de Noirs ou de Blancs, mais de ce qui est bien et ce qui est mal”, insiste le patron de Solidarité Dirk Hermann. “Rien ne peut justifier l’exclusion”.

Avec,

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