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Vidéo : en Sierra Leone, la famine menace les survivants d’Ebola

© FRANCE 24

Avec des districts entiers mis sous quarantaine à cause du virus Ebola, qui continue de sévir en Afrique de l’Ouest, plusieurs zones sont désormais sous la menace d’une crise alimentaire de grande ampleur. Reportage au Sierra Leone.

Alors que la bataille contre le virus Ebola est loin d’être gagnée, une autre crise majeure est en train de voir le jour en ce moment même au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée, les trois pays les plus atteints par l’épidémie. Avec des districts entiers mis sous quarantaine, des semaines durant, l’activité agricole, commerciale et les importations ont été touchées de plein fouet. En conséquence, les prix des denrées se sont envolés, au point de menacer ces zones et les survivants d’Ebola d’une crise alimentaire de grande ampleur.

En Sierra Leone, c’est le cas, par exemple, d’Animata Kargbo, une ancienne égérie de beauté âgée de 23 ans. Contaminée par sa tante, il y a un mois, elle est enfin autorisée à quitter l’unité de soins contre Ebola, tout comme 55 autres survivants. Mais après l’euphorie, au moment de rentrer chez elle, la réalité semble la rattraper. Lorsqu’un malade d’Ebola quitte son foyer, ses équipements ménagers sont souvent détruits par précaution. Pour répondre aux besoins immédiats des survivants, le programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) fournit à chaque ancien malade un mois de nourriture de base.

« Ces gens ont parfois passé deux, trois ou quatre semaines, dans les centres de traitement. C’est autant de temps durant lequel certaines activités du ménage se sont arrêtées. Il leur arrive donc de ne pas avoir de quoi s’acheter à manger. Voilà pourquoi on leur donne, dès leur sortie, de quoi répondre à leurs besoins nutritionnels de base », explique à France 24  Djaounsede Madjiangar, responsable du PAM.

Un sac de riz pour 3 foyers

Certaines communautés n’ont même pas de quoi se nourrir une journée, comme à Looking Town, qui se trouve sur les collines qui dominent la capitale Freetown. Pour tenter de contenir la propagation du virus, le gouvernement a placé plusieurs maisons en quarantaine. Mais pour les voisins, ces foyers ont été abandonnés et condamnés à la famine.

« Ici, il y a des habitants soumis à la quarantaine qui n’ont reçu qu’une seule visite. Un sac de riz pour trois maisons, c’est tout ce qu’on leur a donné ! Avec ça, ils ont tenu deux, trois jours. Une fois le riz consommé, ils n’avaient plus rien. Ils ont tenu jusqu’au 21e puis 22e jour. Personne n’est venu, une ou deux semaines ont passé, et personne n’est venu leur dire que la quarantaine avait été levée. », s’indigne Peter Mondeh, un jeune habitant de Looking Town.

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Remplir les assiettes : un défi quotidien

Dans certaines zones, les conséquences de la quarantaine sont importantes, même après sa levée. Largo, dans l’est de la Sierra Leone, fut l’une des premières régions touchées par Ebola. Le gouvernement a limité les déplacements et le commerce dans tout le district. La production et l’importation de nourriture ont chuté, et les prix ont augmenté jusqu’à 25 %. Aujourd’hui encore, ils restent très élevés. Remplir les assiettes est devenu un défi quotidien pour les familles.  » On ne peut pas s’offrir les produits du marché. Donc, on essaye de les faire pousser nous-mêmes, » déplore Lyesatta Vandy, une habitante de Largo.

La crise sanitaire a aussi détruit l’une des productions phare de la région : le riz. Lasana Kajue a formé une communauté agricole avec ses collègues agriculteurs, qui produit 25 tonnes de riz par an. Mais les lois d’urgence contre Ebola, qui interdisent les rassemblements, ont mis fin à cet effort collectif. Son groupe de producteurs n’a pu approvisionner que la moitié de sa zone habituelle.

« Avec la loi qui interdit tout rassemblement, automatiquement, les gens ont moins travaillé. Et moins de travail, c’est moins de production », explique-t-il. Et avec cette maigre production, les profits ont à leur tour diminué. Pour beaucoup, même l’espoir s’est envolé.

« Grâce à notre travail ici, la plupart des ouvriers agricoles de notre groupe pouvaient payer les frais de scolarité de leurs enfants. Nous avions créé des groupes de travail et réussi à construire des maisons et des abris, mais à cause d’Ebola, tout cela s’est effondré ».

De nombreux experts redoutent l’arrivée d’une crise alimentaire majeure en mars 2015. Une crise qui serait lourde de conséquence pour la Sierra Leone, mais aussi pour toute l’Afrique de l’Ouest.

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