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Une risible entreprise de délégitimation de la mobilisation continentale anti-Françafrique

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À travers la plume de l’un de ses chroniqueurs extérieurs, le Journal français Le Monde  s’en est pris à  Kémi Séba traité de “farceur”, de  “clown”, et de “raciste” dans un ton qui frise la condescendance: ⇒ (voir l’article du monde).

L’activiste franco-africain qui a symboliquement brûlé un billet de 5000 FCFA le 19 août, lors d’une mobilisation contre la Françafrique organisée dans une dizaine de villes africaines, se voit aussi reproché de critiquer la France tout en voyageant avec un passeport français.  

 Bref, le  fait que la chronique porte la signature d’un africain ne change en rien au problème, mais le complique sérieusement.

L’auteur qui tire à boulets rouges sur les activistes, qualifiés de “bandes de farceurs”, et jamais sur le Franc CFA, semble manifestement avoir choisi son camp:celui du néocolonialisme  décomplexé.    Libellé sur l’air du  réalisme assumé quant à notre incapacité, dans l’état actuel des choses, de battre monnaie et d’assumer notre souveraineté, cet article aurait trouvé une meilleure place dans l’actualité africaine du siècle dernier ( période 1956 -958 ),  quand  les  élites   noires avouaient préférer l’interdépendance dans l’Union française à l’indépendance qui paraissait alors  effrayante de par la rigueur qu’elle exigeait.

Ce réalisme cru qui accrédite la thèse de la servitude  volontaire de l’économiste togolais Kako Nubukpo,  n’est-il pas l’éternel  tatouage de la tribu de l’Afrique d’en haut, celle  qui craignait, hier,  la liberté complète, et aujourd’hui, une monnaie trop sérieuse pour être laissée aux africains?

 Aux yeux du chroniqueur, le débat sur la monnaie devrait être une affaire exclusive d’économistes et d’experts. Cette vision trop étriquée  ampute, à notre sens,  le nécessaire débat  sur la monnaie dans sa dimension technico-financière, mais aussi sociale, artistique et underground.  En effet, une telle question, s’agissant de l’Afrique, ne saurait ne pas être prise en compte par la rue. Ce sont  les mobilisations citoyennes nées des réseaux sociaux et de la vague de démocratisation que connaît le continent qui ont relancé la question de la monnaie et non les aveux de réalisme et les  prises de position argumentées des intellectuels et experts du domaine. 

Si le rôle primordial de l’expert, de l’économiste, du monétariste et du financier reste essentiel pour apporter des réponses à la manière avec laquelle le Franc CFA doit évoluer pour faire place nette à une monnaie souveraine, en phase avec notre siècle et nos aspirations au développement, il ne faudrait pas oublier que toute expertise a besoin de catalyseur pour prospérer dans l’espace public. 

Le rôle de Kemi Seba et de la Jeunesse citoyenne est, non pas de définir un schéma technique de sortie de la Zone FCFA, mais plutôt d’exprimer, en saltimbanque ou en simple leader d’opinion,  le ras le bol du peuple Africain face à des élites frileuses  qui minorent la souveraineté  dans leur vision de la monnaie.

Ceux qui critiquent Kemi Séba (les mêmes qui reprochaient aux leaders de l’ANC des accointances suspectes avec Kadhafi)  se trompent de combat ou pèchent par commodité. Le Franc CFA doit nécessairement évoluer dans son nom trop chargé, son référentiel colonial,  son   mécanisme  asservissant sur le plan financier et son rôle de monnaie instrument de développement et non de coopération.

Nous devons dans cette mutation, écouter les économistes  de droite  à l’instar de Lionel Zinsou, de gauche  comme Moussa Dembelé mais aussi les leaders citoyens qui ont le don de la mobilisation des peuples.  La  canalisation de ces différentes énergies au demeurant différentes est nécessaire pour relancer la perspective historique du développement de l’Afrique lequel n’a aucune valeur sans souveraineté. 

 Kemi  Seba a le double  mérite de vulgariser un débat citoyen et de le porter ensuite sur un  espace public  panafricain.  Le débat sur la  monnaie  n’est pas qu’affaire d’économiste. C’est  aussi un  engagement intellectuel au sens Sartrien du terme. Aux experts qui travaillent dans le silence des labos et les arènes dédiées de nous édifier sur la voie à suivre, en dehors de toute pression. Tout est négociable, sauf la souveraineté, laquelle est totale ou pas.⇒ Source

Ndeye Nogaye Babel Sow
Ndeye Nogaye Babel Sow

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