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Pétrole : la Banque d’Algérie tire la sonnette d’alarme



Dans une note en date du 12 juillet, la Banque d’Algérie révèle que les recettes de pétrole et de gaz ont baissé de près de 50% au premier trimestre 2015, par rapport à la même période en 2014.


Pétrole : la Banque d'Algérie tire la sonnette d'alarme
Pétrole : la Banque d’Algérie tire la sonnette d’alarme

 

L’Algérie est-elle en train de payer ses choix économiques basés sur le « tout pétrole » ? Depuis plusieurs mois, l’effondrement des cours de l’or noir laisse craindre une crise financière majeure.

Dans une note parue le lundi 12 juillet, la Banque d’Algérie révèle que les recettes de pétrole et de gaz ont baissé de près de 50% au premier trimestre 2015, passant de 15,6 milliards de dollars en mars 2014, à seulement 8,7 milliards de dollars.

Ces chiffres viennent confirmer  une première tendance. En avril, le centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (CNIS) estimait que les recettes en provenance des exportations de gaz et de pétrole avaient baissé de 42,8% entre le 1er janvier et le 30 avril 2015.

Chute des cours, baisse des revenus

Cette baisse vertigineuse des revenus est provoquée par la chute des cours du pétrole au cours des derniers mois. Ainsi, la Banque d’Algérie note que le prix moyen du baril de pétrole est passé de 109,55 dollars à 54,31 dollars entre le premier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015. Ce qui rend la situation économique du pays -dépendant des hydrocarbures- extrêmement tendue.

En effet, cette énergie rapporte à l’Algérie plus de 95% de ses recettes extérieures et 60% du budget de l’Etat. Autant dire que sans pétrole, le pays est en pleine débâcle. Un constat confirmé par la Banque centrale algérienne qui révèle que, en à peine trois mois, les réserves de change du pays ont fondu de près de 20 milliards de dollars. Elles sont sont passées de 159,918 milliards de dollars à fin mars 2015 contre 178,938 milliards de dollars fin décembre 2014.

Déficit record de la balance des paiements

Le document met en avant un déficit record pour la balance des paiements -qui retrace l’ensemble des transactions entre l’Algérie et les autres pays- passant de 0,098 milliard de dollars (soit 98 millions) en 2014 à …10,72 milliards de dollars au premier trimestre 2015.

Encore plus inquiétant, le rapport trimestriel révèle que le pays a également puisé dans le fonds de régulation des recettes (FRR), un fonds souverain créé en 2000 afin de compenser les fluctuations du prix du pétrole.

« L’impact des finances publiques, fortement tributaires de la fiscalité pétrolière, se reflète dans le creusement du déficit budgétaire et l’érosion plus rapide des ressources du FRR » qui finance le déficit budgétaire, observe la Banque d’Algérie.

Le fonds de régulation des recettes éponge le deficit budgétaire

Si jusqu’en 2006, cette cagnotte servait à payer par anticipation la dette extérieure de l’Etat, sa vocation a depuis bien changé. Il sert désormais à combler le déficit budgétaire du pays. D’après les données disponibles sur le site de la Direction générale de la prévision et des politiques (DGPP) du ministère des Finances, les avoirs du Fonds de régulation des recettes s’établissaient, après prélèvements, à 4 408,4 milliards de dinars fin 2014, contre 5563,5 milliards de dinars fin 2013, et …5633, 7 milliards en 2012. Les prélèvements en 2014 ont donc atteint un niveau record.

Dans un entretien accordé au journal algérien El Watan le 13 juillet, Nour Meddahi, professeur d’économie à l’université de Toulouse 1 Capitole, explique qu’il est urgent de prendre des décisions adéquates :

« Le pays fait face à un déséquilibre budgétaire très sévère. Ce déficit sera comblé par le Fonds de régulation des recettes qui s’épuisera en mai 2017 si rien n’est fait. Cette crise budgétaire est le problème n°1 à régler ».

Ce n’est pourtant pas la première fois que la Banque d’Algérie met en garde Alger contre cette dépendance aux hydrocarbures, et l’avertit de la nécessité de diversifier son économie. Intellectuels et chefs d’entreprises appellent également à une changement radical de l’économie algérienne.

Un système à bout de souffle

Depuis de nombreux mois, le think tank algérien « Nabni » (Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées), créé en janvier 2011, demande à ce que l’Algérie change de paradigme économique. Son modèle, exclusivement basé pendant des années sur les hydrocarbures, n’est plus tenable, et exige des réformes. Ce laboratoire d’idées a publié un plan pour la période 2016-2018 intitulé « Douze chantiers d’urgence pour éviter l’iceberg » qui détaille les mesures à engager pour le pays. Avec comme urgence numéro 1, « l’engagement constitutionnel pour couper le lien à la rente et l’investir dans l’avenir » :

« Engager l’Etat dans la voie de l’indépendance budgétaire vis-à-vis de la rente en  inscrivant dans la constitution les plafonds d’allocation de la fiscalité pétrolière au budget: 50% en 2020, 20% en 2030 et 0% en 2035, et en réorientant les surplus vers les investissements d’avenir via un Fonds Souverain pour l’Avenir », peut-on lire sur le site de Nabni, le think tank algérien.

Si aucun changement de cap n’est engagé, le think tank assure que d’ici deux ou trois ans, les difficultés pour payer les salaires des fonctionnaires, pour maintenir les importations, et assurer l’activité économique seront manifestes.

 

Avec, latribune.fr

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