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Nigeria: des mercenaires sud-africains lutteraient contre Boko Haram

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La présence de mercenaires sud-africains au Nigeria semble se confirmer. La rumeur enfle depuis la publication, sur Twitter, d’une photo montrant un homme blanc en tenue militaire, portant un gilet pare-balles, à bord d’un véhicule blindé et circulant dans les rues de Maiduguri. Par ailleurs, a-t-on appris ce jeudi 12 mars, un Sud-Africain a été tué lundi dans le nord-est du pays. Il était employé par une compagnie de sécurité privée sud-africaine.

C’est la première fois qu’un mercenaire sud-africain impliqué dans la lutte contre Boko Haram est tué au Nigeria. Il s’agit de Leon Lotz, ancien membre d’une unité spéciale sous l’apartheid. Son convoi a été pris pour cible alors qu’il circulait dans l’Etat de Borno, tout près du territoire contrôlé par Boko Haram.

Dans une interview, le président Goodluck Jonathan a bien évoqué la présence de deux sociétés de sécurité privées sur le territoire nigérian qui fournissent, selon lui « des instructeurs et des techniciens » à l’armée. Le président nigérian n’a toutefois pas précisé leurs noms, leurs nationalités ou encore leurs effectifs.

Plusieurs centaines de mercenaires seraient en fait impliqués dans les combats contre Boko Haram. Parmi eux figureraient d’anciens membres de l’armée sud-africaine sous l’apartheid ainsi que des soldats originaires de l’ex-Union soviétique.

Le déploiement de ces mercenaires correspondrait à l’annonce du report de six semaines des élections nigérianes. Certaines sources évoquent même « un stratagème de dernière minute pour obtenir quelques succès sur le terrain […] et un coup de pouce électoral ».

Le gouvernement sud-africain a pourtant rappelé que les activités mercenaires sont illégales et que ces hommes s’exposent à des poursuites dans leur pays d’origine.

Rfi

NIGER

À L’HEURE DU FACE À FACE

 

Après le Cameroun, le Niger subit à son tour des attaques de Boko Haram sur son territoire, les insurgés contrôlent depuis novembre un chapelet de villages côté Nigeria sur une bande frontalière de 350 kilomètres. Les jihadistes ont mené des incursions tactiques, des exactions, et des opérations de recrutement avant de passer à un mode réellement offensif en février : tirs d’obus, tentatives d’action de sabotage, incursions au sol et attentats suicides.

Les forces de défense et de sécurité du Niger s’y étaient préparées et avaient reçu en juin des renforts d’effectifs grâce au dispositif « Ingar », qui signifie « bouclier » en Kanouri. Elles sont conseillées par des éléments des forces américaines et françaises. La région de Diffa, qui compte parmi les plus pauvres de la planète, doit dans le même temps affronter un défi humanitaire. Plus de cent mille survivants des attaques de Boko Haram au Nigéria se sont réfugiés dans des familles d’accueil et des sites temporaires tout au long de la frontière.

1 HISTOIRE D’UNE PHOTO

Les champs de poivrons forment de jolis rectangles rouges des deux côtés de la piste de sable qui mène à Bosso, sur la rive ouest du lac Tchad, à deux heures de Diffa. Sur ce tronçon, l’escorte est obligatoire : un pick-up monté de mitrailleuse à l’avant et à l’arrière. Le capitaine de détachement de Bosso nous accueille sous une tente de la petite caserne. « Vous voulez voir la population locale, c’est ça ? », tente l’officier. « Non, ce qui était prévu c’était suivre une patrouille le long de la frontière» corrige-t-on. Les mâchoires du capitaine se contractent légèrement, mais il finit par lâcher : « D’accord, mes hommes vont faire une manœuvre sur place et après on vous emmène ».

EN PATROUILLE À LA FRONTIÈRE DU NIGÉRIA DE BOKO HARAM

Le capitaine préfère que l’on abandonne notre chauffeur au camp, et que l’on grimpe dans un véhicule militaire. Il nous recommande aussi de camoufler notre visage, d’enfiler des gants, et de garder notre calme si les insurgés tirent en l’air à notre arrivée ou à notre départ. On parcourt le dernier tronçon de la piste à pieds, avec les militaires répartis en deux colonnes. Après une légère côte, la large piste se jette ensuite dans la rivière.


Regardez, ils sont là !

– murmure le lieutenant Idrissa

Trois combattants armés de Boko Haram se tiennent au bord de la riviére Komadougou Yobé, dont le niveau a baissé. Un guetteur, plus âgé que les autres, grimpe sur le talus où est planté un drapeau blanc de Boko Haram, scrute le paysage avant de décamper pour donner l’alerte. Les insurgés et les militaires nigériens s’observent en silence durant plusieurs minutes, on n’entend plus que les oiseaux.

« Face à face tendu à l’est de Bosso »

Puis, l’un des insurgés, intrigué par notre tenue de civil, nous montre du doigt, et demande des explications aux nigériens, qui ne bronchent pas. Le jihadiste demande aux enfants qui lavaient du linge dans la rivière de ficher le camp. La tension monte, le lieutenant Idrissa préfère se retirer.

2 IBRAHIM OUSMANE,
RÉFUGIÉ, RESCAPÉ, HANDICAPÉ

Ibrahim Ousmane, 28 ans, a survécu à l’attaque de combattants Boko Haram sans pitié sur la ville nigériane de Damasak en novembre 2014.

J’ai vu les gens de Boko Haram tuer un enfant.
« Au départ, je n’avais pas voulu fuir, je pensais qu’ils allaient m’épargner parce que je suis handicapé. Mais j’ai vu les insurgés tuer un enfant, un homme fou, et un aveugle, donc je me suis dit qu’il fallait vite que je prenne la fuite à mon tour. Je me suis caché dans une rizière, je m’y suis couché, et de ma cachette, j’ai vu les gens de Boko Haram tuer encore d’autres villageois, j’ai attendu un peu et puis j’ai pu reprendre la fuite vers le Nord. »

Les combattants de Boko Haram ont attaqué Damasak de l’extérieur, mais ils ont été appuyés par de jeunes habitants de la ville. Boko Haram recrute principalement chez les jeunes, et leur tâche est aisée, car peu de perspectives s’offrent aux jeunes générations dans les États du Nord Est du Nigéria.

Les gens de Boko Haram étaient des centaines. Ils ont ouvert le feu sur les militaires qui ont pris la fuite.

3 ENFANTS ET SURVIVANTS

Les récits des survivants des massacres de Boko Haram sont riches en enseignements.
Les témoignages d’enfants le sont tout autant. Selon les chiffres publiés par le gouvernorat de Diffa, quarante pour cent des cent mille réfugiés du Niger ont moins de dix-huit ans.
Chaque mardi, un groupe d’enfants âgés entre quatre et dix-huit ans, participe à un atelier de création artistique macabre, dans une tente bleue à deux pas du camp de réfugiés de Chétimari à une heure de route de Diffa. Leurs dessins sont analysés par les psychologues de Coopi, une ONG italienne soutenue par l’UNICEF.

Sur certains de ces dessins, des enfants ont écrit « an yanke kansk », ce qui veut dire « on a coupé la tête » en haoussa, ou encore « ana kona motoci, ana kona gawa, ana kona shago » ce qui signifie « ils ont brûlé les maisons, les boutiques et les voitures ».

Il a vu des cadavres en voie de décomposition dans la rue.

Jibril Abdou, de l’ONG italienne Coopi, suit particulièrement un jeune adolescent de 14 ans, qui a passé près d’un mois entre les mains de Boko Haram.

4 LE NIGER ET LA PRESSION
DES RÉFUGIÉS

En janvier 2015, les autorités nigériennes se sont résignées à demander au HCR d’ouvrir des camps de réfugiés dans les terres, loin de la frontière. Un premier camp a ouvert ses portes à la fin de l’année. Le gouvernement du Niger a longuement hésité. Selon Niamey, la construction de vastes camps risquait de provoquer un appel d’air, et il aurait été difficile de prévenir l’infiltration de combattants insurgés. Les autorités ont donc misé sur l’hospitalité des familles nigériennes pour loger et absorber les réfugiés nigérians.

La solidarité est réelle entre voisins, l’ethnie kanouri est majoritaire de part et d’autre de la frontière. Mais la générosité des habitants de cette région, qui compte parmi les plus pauvres du monde, s’est vite révélée insuffisante face à l’afflux : au fil des mois et des attaques de Boko Haram de l’autre côté de la frontière, près de 130 sites d’accueil ont vu le jour le long de la frontière, qui est désormais une zone de guerre.

Les réfugiés du camp de Gagamari

Les pays donateurs ont des problèmes pour mobiliser des fonds en faveur des réfugiés du Niger.
– Karl Steinacker, représentant du HCR au Niger

SAYAM FORAGE : UN CAMP DE RÉFUGIÉS DU HCR À CINQUANTE KILOMÈTRES DE LA FRONTIÈRE AVEC LE NIGÉRIA

En ce matin de janvier, une atmosphère paisible enveloppait le camp de réfugiés de Sayam Forage, à cinquante kilomètres de la frontière et, en théorie, de la menace Boko Haram. Des militaires nigériens gardent l’entrée du camp, où le vent fait claquer les bâches des hangars d’enregistrement et de distribution de nourriture. Les tentes, structures en bois recouvertes de nattes et de toile imperméable blanche ou verte, ont été installées suivant un alignement régulier, et sont bien espacées les unes des autres. Les branches de bois ramassées par les réfugiés sont bien entassées à côté des tentes dans un enclos. Ce camp, qui accueille des réfugiés depuis le 30 décembre, a une capacité de dix mille places. Début février, seuls sept cents réfugiés s’y étaient installés. Le reste a préféré braver le danger et rester près des leurs, près de la frontière, en espérant bientôt rentrer chez eux, de l’autre côté.

LES SITES D’ACCUEIL TEMPORAIRE

Dans les sites d’accueil temporaires, les réfugiés nigérians semblent moins bien lotis. À Chétimari, à quarante-cinq minutes de route de Diffa grâce au nouveau goudron, près de deux cents familles s’entassent dans les cellules d’une ancienne prison. Les mères de famille ont froid la nuit tombée et réclament des couvertures pour leurs enfants.

Dix kilomètres vers l’Est à Gagamari, une vieille dame protège jalousement son petit-fils âgé de quatre ans et squatte de tente en tente.

Une réfugiée de Gagamari

Je ne fais pas partie des gens à qui ils distribuent de la nourriture.
« Je n’ai pas de natte, pas de couchette, rien à manger, et rien pour préparer à manger. Je vais de tente en tente, et les autres me proposent à manger. Je n’ai pas de papier d’identité. Je ne fais pas partie des gens à qui ils distribuent de la nourriture. Il faut faire la queue toute la journée pour s’inscrire, mais il y a trop de monde, et ils demandent aux gens non inscrits dans la queue de revenir le lendemain. Moi je n’ai pas la force d’attendre debout si longtemps. »

– Une réfugiée de Gagamari

À Diffa, on murmure souvent que les autorités font en sorte de restreindre la distribution de nourriture pour encourager les réfugiés à s’installer dans les grands camps loin de la frontière, ce que nient le HCR et le gouvernorat de Diffa.

5 CAPTIVES

Le 18 avril, l’enlèvement de près de trois cent écolières de Chibok a mis le monde en émoi. Depuis, Boko Haram a conduit de nombreux rapts, et kidnappé des centaines de jeunes filles, dans l’État de Borno, mais aussi au Cameroun. Le Niger pour sa part, accueille désormais des anciennes captives dans des camps de réfugiés. C’est le cas notamment à Chétimari, à l’Ouest de Diffa. Leurs récits confirment une réelle obsession du mariage chez les insurgés. Adiza Abdou a treize ans. Elle a été kidnappée le lundi 24 Novembre, avec sa mère et ses trois grandes sœurs Fatima, Bintou, et Oumi. Elles s’apprêtaient à fuir l’attaque de Boko Haram sur Damasak lorsque les insurgés l’ont kidnappé, elle et sa famille.

Adiza Abdou

Les combattants enturbannés ont d’abord tué un jeune homme devant leurs yeux, avant de les emmener de force dans une voiture. Elle a roulé dans le village pendant une heure : le temps pour le convoi des insurgés de rafler, maison par maison, cinquante autres personnes. Au terme du troisième jour, Adiza a pu s’échapper avec sa mère et ses sœurs. Adiza était la plus jeune du groupe.

Ils nous ont expliqué que tuer des gens n’est pas haram (illicite)
« Ils nous ont dit : si vous parlez, on vous coupe la tête, après ils nous ont dit : une femme peut se marier deux fois, ce n’est pas haram, car vos maris ne sont pas de vrais musulmans. Ils nous ont expliqué ensuite que tuer des gens n’est pas haram non plus car cela fait partie de la mission que leur a confiée le prophète. »

RUKAYA A ÉTÉ CAPTURÉE AVEC SES DEUX ENFANTS, DONT UN NOURRISSON DE NEUF MOIS.

Cette mère de famille aux larges pommettes a vingt ans, mais on lui en donnerait trente. Avec ses deux enfants en bas-âge, elle a subi dix sept jours de captivité entre les mains des membres de Boko Haram. Elle n’a pas eu à s’enfuir, elle faisait partie d’un groupe de femmes mariées que Boko Haram a décidé de relâcher.

Rukaya et son enfant

Rukaya a elle aussi relevé chez les insurgés une véritable obsession pour le mariage : « ils nous ont dit qu’ils trouveraient aussi des maris pour les femmes dont les époux ont été tués ». Comme sa camarade de captivité Adiza, elle a vu plusieurs insurgés tituber de drogue ou d’ivresse, tandis que d’autres étaient dans un état d’euphorie hallucinée propre à certaines sectes.

Ils avaient un comportement très étrange.

« Ca se voit à leur comportement qu’ils prennent des choses, ce sont des drogués, ils doivent boire de l’alcool aussi, ils avaient les yeux rouges, ils avaient un comportement très étrange, le matin et le soir surtout. On les voyait hurler, et tirer en l’air ».

RFI

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