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Monde: La politique étrangère russe, communication informative et analytique par: Hélène Carrère d’Encausse

 Capture d'écran

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La Russie, qui naît des décombres de l’URSS, hérite du siège de l’URSS au Conseil de sécurité des Nations unies. Le 13 janvier 1992, elle s’engage à remplir les obligations des traités signés par l’URSS. Cette continuité formelle contraste avec le bouleversement qui s’opère dans la diplomatie russe durant les premiers mois du régime eltsinien. La cohérence apportée par l’idéologie a disparu. La centralisation.
Hélène Carrère, dite Hélène Carrère d’Encausse, est une historienne française, née le 6 juillet 1929 à Paris. Membre de l’Académie française depuis 1990, elle en est élue secrétaire perpétuel en 1999. Elle est également député européen de 1994 à 1999.

Les années 1990 ont été une décennie chaotique dans l’histoire économique et sociale de la Russie, une nouvelle «période de troubles». Alors que l’Occident voyait la Russie des années Eltsine comme une société démocratique et axée sur le marché, les Russes ont vu la criminalité, le désordre, la pauvreté et l’émergence d’une nouvelle classe corrompue et astronomiquement riche d’oligarques. Si c’est ce que signifiaient le capitalisme et la démocratie, ils n’aimaient pas du tout. Sur le plan international, les dirigeants russes ont vu l’expansion de l’OTAN vers l’Est comme une trahison et une menace potentielle. Bien avant 1998, Eltsine était discrédité et Kozyrev avait disparu, remplacé par un ministre des Affaires étrangères ayant une vue beaucoup plus traditionnelle des intérêts russes.

Lorsque Vladimir Poutine est nommé Premier ministre, en août 1999, la position de la Russie sur la scène internationale est considérablement dégradée. Après la crise financière de l’été 1998, l’opération de l’Otan au Kosovo au printemps 1999 a crûment mis en lumière la faiblesse de ses ressources et l’absence de ligne directrice de sa diplomatie. La gestion désastreuse de cet événement majeur, sur fond d’intense lutte pour le pouvoir au Kremlin ? trois Premiers ministres se succèdent en trois mois ? et de fin de règne d’un Boris Eltsine affaibli par la maladie et les affaires, accentue la menace d’une marginalisation durable de la Russie, y compris à ses marches, comme le montre le sommet de l’OSCE à Istanbul en novembre 1999. Quatre ans plus tard, la Russie semble avoir retrouvé, sinon de la puissance, du moins une certaine influence. Les choix opérés par V. Poutine, notamment lors des événements du 11 septembre 2001 et de la guerre en Irak, conjugués au retour de la croissance, lui ont permis de restaurer, en partie, son crédit international. Pour autant, les interrogations sur « l’énigme Poutine », selon l’expression de Jacques Lévesque demeurent, alors que le Président russe s’apprête à solliciter un deuxième mandat auprès des électeurs. Le choix en faveur d’un rapprochement avec l’Occident est-il tactique ou stratégique ? Que veut la Russie ? Une alliance privilégiée avec les Etats-Unis ou avec l’Union européenne (UE) ? Intégrer la communauté euro-atlantique ? Quelles réponses apporte-t-elle aux défis de la mondialisation et du dynamisme chinois ? A-t-elle renoncé à la voie de la géopolitique pour emprunter celle de la géoéconomie? -t-elle quitté Mars pour rejoindre Vénus, pour filer la métaphore chère au néo-conservateur américain, Robert Kagan ? A toutes ces questions s’en rajoute une plus fondamentale encore pour l’avenir du continent européen : la Russie peut-elle durablement conduire une politique étrangère de rapprochement avec l’UE et les Etats-Unis, sans devenir pleinement une démocratie représentative, respectueuse de l’Etat de droit, de la liberté de la presse, dotée de contre-pouvoirs. Autrement dit, la volonté d’intégration à l’Occident, manifestée par V. Poutine est-elle compatible avec le projet de « démocratie dirigée » qu’il entend mettre en œuvre en Russie ?

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Comme l’empire ottoman au XIXe siècle, la Russie présente tous les symptômes de « l’homme malade » de l’Europe, au moment où Boris Eltsine choisit, dans un dernier coup d’éclat le 31 décembre 1999, de quitter le pouvoir et d’en confier les rênes à Vladimir Poutine, qui vient de remporter les élections législatives. Outre l’immense chantier intérieur, celui-ci doit s’atteler à redonner un cap à une diplomatie déboussolée par les désillusions et les frustrations dans ses rapports avec l’Occident, par la démonétisation brutale de sa puissance et par la dépression économique et la confusion politique qui ont marqué le second mandat de Boris Eltsine. Au sortir de la guerre du Kosovo, la Russie n’a plus ni amis, ni ennemis, ni alliés, ni stratégie. Si, à Moscou, analystes et hommes politiques expriment leur désenchantement à l’égard d’un Occident qui, selon eux, ne tient pas compte des intérêts de la Russie, voire cherche à saper ses positions jusque dans sa zone d’influence historique « naturelle », son « étranger proche », à Washington c’est une forme de résignation mêlée à de l’inquiétude qui prévaut. Pour Zbigniew Brzezinski « la Russie est plus un problème qu’une menace ». Condoleeza Rice parle de « fatigue russe », tout en considérant que la faiblesse et l’incohérence de Moscou constituent une menace pour la sécurité des Etats-Unis : le désordre russe accroît le risque de voir tomber l’arsenal nucléaire soviétique en de mauvaises mains, celles d’un Etat « voyou » ou d’une organisation terroriste! Les critiques pleuvent sur la politique russe de l’administration Clinton, accusée d’avoir lancé en vain une croisade dans le but de « transformer la Russie en une sorte de fac-similé de la démocratie américaine et du système capitaliste » …⇒ Suite

 

 

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