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Mali/Azawad: Entretien avec Moussa Ag Assarid

MaliAzawad Entretien avec Moussa Ag Assarid
MaliAzawad Entretien avec Moussa Ag Assarid

Moussa Ag Assarid, né entre 1975 et 1978 dans le Sahara entre Tombouctou et Gao, est un homme politique, écrivain, comédien, journaliste et conteur touareg ayant les nationalités malienne et française. Il est principalement connu pour son livre Y a pas d’embouteillage dans le désert ! et pour avoir été le porte-parole en Europe du mouvement indépendantiste touareg MNLA.


 

La situation dans l’Azawad (nord du Mali) est toujours instable. A l’insécurité imposée par les groupes terroristes s’ajoute l’entêtement de Bamako à ignorer les revendications des Touareg de l’Azawad. La proclamation de l’indépendance par le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) en 2012 n’a été reconnue par aucun Etat. Pour bien comprendre ce qui se passe dans cette région de l’Azawad, nous avons rencontré à Helsinki (Finlande), Moussa Ag Assarid, un homme politique et écrivain touareg, connu pour avoir été le représentant officiel du MNLA en Europe. Une année après l’Accord de paix Alger-Bamako, Ag Assarid pense que cet accord ne prend toujours pas en compte les aspirations du peuple de l’Azawad. En outre, il suppose que si les problèmes auxquels sont confrontés les Azawadiens, on risque de connaître un énième mouvement de rébellion armée.

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Le Matin d’Algérie : Quel est d’abord l’objectif de votre visite en Finlande et quel est votre message à la société finlandaise ?

Moussa Ag Assarid:D’abord, je suis venu en tant que représentant de l’Azawad, invité par l’organisme finlandais  »Historians Without Borders », et aussi par l’association  »Afous-Afous ». J’ai eu l’occasion d’animer plusieurs conférences à l’université de Tampere, puis le séminaire des historiens sans frontières à l’université d’Helsinki, ensuite une conférence au centre culturel international Caisa et une autre rencontre au forum social à Tampere. L’objectif de cette tournée en Finlande est surtout pour informer l’opinion publique finlandaise de la lutte courageuse du peuple de l’Azawad, de ses femmes, de ses hommes, de ses jeunes, de ses enfants et de ses cadres. Malheureusement, on n’entend pas de ce qui se passe à l’Azawad, loin des yeux des journalistes, des documentaristes et de l’opinion publique internationale. J’ai donc un message de mon peuple à transmettre aux autres peuples du du monde.

Pendant votre conférence à Caisa (Finlande), vous avez évoqué le paraphe du dernier accord de paix d’Alger-Bamako. Pourquoi avez-vous démissionné de votre poste de représentant du MNLA en Europe après la signature de cet accord ?

Comme j’ai eu la chance d’être membre de toutes les commissions de négociations entre les Azawadiens et l’État malien, à Ouagadougou et à Alger, je pense que le document qui a été paraphé à Alger et signé à Bamako, ne prend pas en compte les aspirations du peuple de l’Azawad et il n’y a d’ailleurs aucune avancée notable dans notre cause depuis. Ceci dit qu’il y a seulement la décentralisation mais pas l’autonomie, pas la fédération, et encore moins l’indépendance.

À rappeler que le MNLA avait déjà proclamé l’indépendance de l’Azawad, le 6 Avril 2012. J’estime alors qu’on ne peut pas revenir en arrière après autant de sacrifices, de martyrs, de réfugiés qui sont sortis du territoire et de jeunes qui ont quitté leurs études depuis 2011. Tout cela ne peut pas donc se résumer juste à la décentralisation.

Ce document a même été analysé par des experts qui ont affirmé que ce n’est pas suffisant et surtout pas réalisable. D’autant plus, les responsables des mouvements de l’Azawad ont signé le contrat sous pression et sous contrainte, ceci explique clairement que ce n’est pas un vrai accord. Il n’est pas issu d’un consentement mutuel. Après une année, je pense que le temps m’a donné raison car il n’y a pas eu d’avancée et rien ne s’est vraiment passé.

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Certains se demandent comment est-ce que le MNLA s’est retrouvé allié en 2012 avec des mouvements qui pourtant ne lui ressemblent pas comme Ansar Eddine. Quel est votre explication à cet égard?

l’État malien date d’avant l’existence des terroristes d’AQMI, d’Ansar Eddine et autres. Il y avait certes des circonstances dans lesquelles une tentative a eu lieu en mai 2012, et à l’époque le groupe Ansar Eddine n’était pas construit comme une organisation terroriste. On s’est dit puisque ce groupe discutait avec les États, pourquoi pas nous ? D’un autre côté, nous avons notre spécificité, nous sommes indépendantistes, nous ne sommes pas islamistes et nous n’avons aucune idéologie religieuse.

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A quel moment le MNLA a perdu le contrôle de la situation dans l’Azawad après avoir conquis une grande partie du territoire ?

Le MNLA a chassé l’armée et l’administration malienne de l’ensemble du territoire de l’Azawad au 1er avril 2012, par la suite, il a fait appel à la communauté internationale pour sa sécurisation contre les groupes terroristes. La communauté internationale a choisi d’intervenir elle-même sur notre terre et ramener l’armée malienne qui, malheureusement, continue de tuer des Azawadiens en présence sur le terrain des armées étrangères. En juin-juillet 2012, en manque de moyens suffisants pour le contrôle de l’ensemble du territoire et suite à des affrontements avec les groupes terroristes, le MNLA a décidé de quitter les grandes villes pour se concentrer sur le contrôle de villes secondaires comme Ménaka, Léré, Tessit, Tinzawatène…

Y a-t-il eu des influences étrangères ?

Non, à ma connaissance le MNLA n’a aucune influence étrangère sinon il aurait eu les moyens nécessaires pour le contrôle et la gestion de l’Azawad.

Quel rapport avait le MNLA avec Kadhafi qui était tombé juste avant le début de la lutte du MNLA ?

Le MNLA qui a été créé le 16 octobre 2011, il n’avait aucun rapport avec Mouammar Kadhafi qui est mort le 20 octobre 2011.

Dans des circonstances particulièrement difficiles, quelle est, à votre avis, la solution à moindre coût et à forte valeur qui pourrait satisfaire toutes les parties impliquées dans le conflit ?

Le conflit entre l’Azawad et l’État malien date de 1960, donc depuis l’indépendance du Mali. La première révolte date de 1963, le conflit est donc politique, territorial, et demande une solution politique. Aujourd’hui, le minimum qui pourrait être acceptable, c’est une large autonomie de gestion dans laquelle les responsabilités sont bien situées, les territoires sont bien nommé, mais surtout qui prend vraiment en compte les aspirations du peuple de l’Azawad. Une fédération de deux états pourrait aussi être acceptable, et si ce n’est pas le cas, je ne vois pas comment est-ce que les Azawadiens peuvent-ils revenir à la décentralisation. Désormais, on est rentré dans un bourbier, et on se trouve dans une impasse.

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Sur le territoire de l’Azawad, il y a, à la fois, l’armée malienne, l’armée française, les casques bleus de l’ONU, les terroristes, les milices du gouvernement du Mali, le MNLA et ses alliés (le MAA et le HCUA) qui sont, en effet, les véritables mouvements légitimes qui représentent la population de l’Azawad. Malheureusement, le gouvernement malien ne veut pas faire le pas et admettre l’existence d’un conflit territorial et d’un Azawad spécifique. Alors tant qu’il continue dans le déni et que il n’accepte même pas de nous appeler tels que nous sommes ou tel que nous voulons être, je pense qu’on ne trouvera pas le chemin vers la solution durable.

Vous avez déjà publié en France trois livres, dont un recueil de réflexions et de chroniques autobiographiques, « Y a pas d’embouteillage dans le désert! ». Quel est le rapport entre une lutte culturelle et politique pour la même cause ?

À vrai dire, c’est un peu compliqué. J’étais dans la situation d’apporter une assistance à mon peuple qui était en danger. D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait. Quand j’ai vu mon peuple en train de se noyer, j’ai fait partie de ceux qui sont venus au secours. Je ne pouvais donc pas rester dans mon statut d’un homme de culture. C’est ainsi que j’ai apporté ma contribution. À mon avis, on se consacre à la culture quand on est en paix. Au moment de la guerre, il faut d’abord soigner les gens qui sont blessés et enterrer les morts. On ne peut pas croiser les bras en regardant les gens qui meurent et ceux qui sont dans les camps de réfugiés, et aussi tous nos jeunes qui ne sont pas scolarisés depuis des années.

Avant 2012, je voyais les choses différemment. Depuis, je me suis consacré plus au combat politique par rapport au respect des conventions internationales, les prisonniers de guerre, l’intervention des organisations humanitaires et toutes sortes de négociations en faveur du peuple.

D’autre part, je fais comprendre à l’opinion publique internationale que notre cause est bien juste et noble, et que les combattants du MNLA qui se sont battus pour l’indépendance de l’Azawad ne sont pas des terroristes. Ils sont plutôt une partie du peuple et ses représentants légitimes.

J’ajouterai que je travaille en continu pour nos réfugiés pour avoir des bourses d’étude pour nos jeunes, comme je m’occupe aussi des organisations, à savoir l’Union européenne, qui peuvent aider et donner de l’argent qui n’arrive malheureusement pas à notre peuple. C’est une autre vérité que beaucoup de gens ne savent pas. Enfin, bien que je sois impliqué dans notre combat politique, je n’ai jamais abandonné mon travail culturel.

Comment a été la réaction de l’Union européenne par rapport à votre plainte concernant les aides financières aux réfugiés qui n’arrivaient pas ?

L’Union européenne a bien compris la situation. Cependant, ses responsables sont bien attachés à l’intégrité du Mali, comme aussi aux Nations unies. Cependant, l’Union européenne fait un peu l’exception comme elle est aussi une union des peuples, pas seulement des États. À Bruxelles, je me suis retrouvé face à des responsables qui étaient à l’écoute, et il y avait vraiment une oreille attentive en faveur des peuples.

Si l’État malien vous sollicite pour trouver une solution définitive pour le peuple de l’Azawad dans la région, quel serait votre choix ?

Je pense qu’on n’a jamais fermé la porte des négociations, et nous sommes toujours ouverts et nous savons pertinemment ce que nous voulons. Nous savons ce qui est acceptable pour nous et notre peuple et ce qui ne l’est pas. Malheureusement, la situation est aujourd’hui bloquée et se trouve dans une impasse.

À mon avis, si les choses ne se règlent pas et rien ne bouge, les mouvements de l’Azawad finiront par quitter le cycle des négociations et le comité de suivi de l’Accord d’Alger-Bamako. C’est une hypothèse possible. Ils ont déjà suspendu leur participation à la commission politique et institutions, qui est un dénombrement du comité de suivi de l’Accord d’Alger-Bamako. Je pense donc que si rien ne bouge et le statu quo demeure, il y aura inévitablement une rupture des négociations, et cela risque de revenir au point du départ. Ce serait dommage pour le peuple, comme pour les États aussi.

Aujourd’hui, nous somme au XXIe siècle, c’est le siècle des peuples et moins des Etats, et nous avons vu comment est-ce que des peuples sont en train de changer le monde, leurs vies et leurs manière de voir ce monde. En outre, je pense qu’on est dans une période charnière de l’histoire de l’humanité, et cette dernière n’a pas intérêt à perdre une partie de sa valeur et de sa richesse, à savoir les peuples minoritaires, les peuples autochtones comme le peuple de l’Azawad.

Une année après l’Accord d’Alger signé en 2015, quelle sont vos nouvelles aspirations ?

À vrai dire, j’ai plus d’espoir avec la lutte du peuple, qui commence d’un jour à l’autre à se réveiller, à prendre conscience et à avoir des initiatives qui se sont enrichies de toutes les expériences précédentes. Aujourd’hui, on est dans une dynamique du peuple de l’Azawad que nous appelons  »Free Azawad », qui veut dire  »Azawad libre ». C’est une dynamique d’un peuple qui veut poursuivre sa lutte, en dehors de tout accord existant déjà, et en toute indépendance et liberté. J’avance alors avec cette dynamique.

Le peuple de l’Azawad n’a pas fini de se battre pour son existence.

Je dis que nous avons aujourd’hui atteint un niveau de lutte irréversible qui nous permet de comprendre qu’il faut que nous résistions et continuions notre lutte. Malheureusement, maintenant, on ne croit plus aux accords, mais nous sommes plutôt déterminés à vivre dans notre territoire libres et dignes. Nous nous adressons surtout aux peuples en souhaitant avoir leur solidarité, car les États ont leurs propres canaux par lesquels ils vont avoir des messages dans les rencontres et les négociations.

Avec, Source

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