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Les défections chez Donald Trump: le chef du Pentagone Jim Mattis claque la porte.

Brick. Le général James Mattis transporte ses bagages à l’aéroport international de Kandahar, où il se préparera après son arrivée ici le 14 décembre 2001.
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Le chef du Pentagone Jim Mattis a brutalement annoncé jeudi sa démission du gouvernement de Donald Trump, affichant son désaccord avec la nouvelle stratégie de la Maison Blanche marquée par le retrait des troupes de Syrie et la préparation d’un désengagement partiel d’Afghanistan.

« De plus en plus seul »
Pour la présidence française, cette « décision massue » démontre que le président américain est « de plus en plus seul sur la scène internationale et à prendre ses décisions ».

« L’EI a reculé mais la menace n’est pas terminée », a résumé le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, craignant que cela ne « nuise » à la lutte antijihadistes.

La Turquie et l’Iran, autres acteurs clés en Syrie, se sont aussi concertés jeudi sur l’impact de ce retrait lors d’une rencontre de leurs présidents Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani à Ankara.

Conséquence directe de la décision du 45e président des Etats-Unis: les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), en première ligne contre l’EI, pourraient s’en détourner si le président Erdogan lance, comme il menace de le faire, une nouvelle offensive contre elle.

La démission de Jim Mattis, homme respecté sur la scène internationale qui incarnait une forme de stabilité au sein d’une administration traversée de secousses, est un camouflet pour le tempétueux président des Etats-Unis, qui apparaît de plus en plus isolé.

Dans un courrier adressé au locataire de la Maison Blanche, cet ex-général des Marines de 68 ans, qui entretenait des relations difficiles avec M. Trump depuis plusieurs mois, insiste sur la nécessité pour les Etats-Unis de «traiter les alliés avec respect ». Allusion au fait que le locataire de la Maison-Blanche a pris pour cible, au cours des derniers mois, les dirigeants des principaux alliés occidentaux de Washington.
Option que n’apprécie pas le secrétaire démissionnaire. «Je pense que me retirer est la bonne chose à faire», a ajouté ce dernier dans sa missive. Dans la même lettre, il n’a pas évoqué directement le dossier syrien. Il a cité la coalition internationale contre les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) comme exemple de l’utilité des alliances.
L’administration américaine prépare aussi un retrait «important» des troupes stationnées en Afghanistan, a indiqué jeudi soir, sous le couvert de l’anonymat, un responsable américain. Ainsi, quelque 7000 des 14 000 soldats américains présents seraient concernés par cette opération, selon le Wall Street Journal et le New York Times.

Une partie de ces effectifs est intégrée dans la mission de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), «Resolute Support», qui entraîne et conseille les forces afghanes dans leur lutte contre les talibans, tandis que d’autres soldats sont engagés dans des opérations de lutte contre le terrorisme. Or, Jim Mattis a plaidé et obtenu l’an dernier une augmentation des troupes.

De son côté, l’Otan a annoncé hier la poursuite de son engagement dans sa mission en Afghanistan. «Notre engagement est important pour garantir que l’Afghanistan ne deviendra jamais plus un havre pour les terroristes internationaux qui nous menacent chez nous», a affirmé la porte-parole de l’Alliance, Oana Lungescu.

Pour sa part, la présidence afghane a indiqué que le retrait de «quelques milliers de militaires étrangers n’aura pas d’impact sur la sécurité du pays», sur laquelle l’armée afghane exerce déjà son «contrôle». «S’ils se retirent d’Afghanistan, cela n’aura pas d’impact sur la sécurité, car depuis quatre ans et demi, les Afghans exercent déjà un plein contrôle sur la sécurité», a déclaré un porte-parole du président Ashraf Ghani, Haroon Chakhansuri, sur les réseaux sociaux.

L’émissaire américain pour la paix en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, a rencontré les représentants des talibans mardi à Abu Dhabi. Il avait auparavant exprimé l’espoir de parvenir à un accord de paix avant l’élection présidentielle prévue en Afghanistan en avril.

Divergences

En avril dernier, lorsque le président américain a annoncé sa volonté de quitter la Syrie, J. Mattis, avec le soutien d’autres conseillers de la Maison-Blanche, lui avait demandé d’y rester tant qu’il y aurait des djihadistes. En juin, il a estimé devant les alliés de l’OTan que quitter la Syrie de façon précipitée serait une «bourde stratégique», qui risquerait de «laisser un vide» qui pourrait «être exploité par le régime Al Assad ou ses soutiens».

Fin octobre à Bahreïn, il a réaffirmé «l’engagement ancien, permanent et transparent des Etats-Unis envers le Proche-Orient» face à la Russie. Et Moscou «ne peut pas remplacer les Etats-Unis» dans la région, a-t-il déclaré. La démission de Jim Mattis a suscité de la déception chez les élus des deux camps politiques.

«C’est un jour très triste pour notre pays», a constaté Nancy Pelosi, cheffe des démocrates à la Chambre des représentants. De son côté, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déploré le départ de l’un des «rares symboles de force et de stabilité» au sein de l’équipe au pouvoir.

Dans un communiqué, le républicain Marco Rubio a observé, à la lecture de la missive, que les Etats-Unis s’engageaient vers «une série de graves erreurs politiques» qui pourraient abîmer durablement leurs alliances. Leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell a soutenu que les Etats-Unis doivent «garder une claire compréhension de qui sont nos amis et nos ennemis et reconnaître que des nations comme la Russie figurent parmi les derniers».

«J’ai été désolé d’apprendre que le secrétaire (à la Défense) Mattis, qui partage ces principes clairs, quittera bientôt l’administration.» Et d’ajouter : «Mais je suis particulièrement troublé qu’il démissionne en raison de profondes divergences avec le président sur (ces principes) et d’autres aspects essentiels du leadership mondial de l’Amérique.» Sur Twitter, Donald Trump n’a pas parlé de démission, indiquant que Jim Mattis quitterait ses fonctions fin février et qu’il nommerait un successeur prochainement.

Déclarant que les Etats-Unis n’ont pas vocation à être le «gendarme du Moyen-Orient», Donald Trump a défendu jeudi avec force le retrait de Syrie, une décision prise contre l’avis de plusieurs membres de son administration. «Il est temps que d’autres se battent enfin», a-t-il indiqué sur Twitter.

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Il a considéré que l’Amérique n’a «rien» obtenu d’autre que la perte de vies précieuses et de milliers de milliards de dollars, et appelé «la Russie, l’Iran, la Syrie et beaucoup d’autres» à prendre le relais contre l’EI. Son homologue russe, Vladimir Poutine, à la manœuvre en Syrie au côté du régime de Bachar Al Assad, a salué une décision «juste».

«Donald a raison, nous avons porté des coups sérieux à l’EI en Syrie», a-t-il déclaré. L’EI a vu son «califat» autoproclamé se réduire comme peau de chagrin face à de multiples offensives, après une montée en puissance fulgurante en 2014. Mais l’organisation conserve quelques réduits et reste redoutable en raison de sa capacité à mener des attentats meurtriers à travers le monde.

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, alliés des Etats-Unis dans la lutte contre l’EI et cibles régulières de ses attaques, n’ont pas caché leur inquiétude après l’annonce du retrait américain. Hier, le quotidien turc Hürriyet a rapporté que le président Trump a pris la décision de retirer ses troupes de Syrie lors d’un entretien téléphonique avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.

Citant la transcription de l’entretien, qui s’est déroulé le 14 décembre, le journal turc a affirmé que le président américain a demandé à son homologue turc s’il va «nettoyer ce qui reste des éléments de Daech (EI) si nous venons à nous retirer de Syrie».

Ce à quoi le président Erdogan a répondu par l’affirmative. Après cet échange, le président américain a ordonné à son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, qui était également en ligne lors de l’entretien téléphonique, de «commencer le travail» sur le retrait, a ajouté Hürriyet. Trois jours après cet entretien, le 17 décembre, J. Bolton a appelé le principal conseiller du président Erdogan, Ibrahim Kalin, et lui a fait savoir que «les préparatifs étaient en cours pour retirer» les troupes américaines, toujours selon le journal.

De la tension au dégel

De fortes tensions ont traversé les relations entre Washington et Ankara. Elles sont alimentées par l’affaire de la détention en Turquie du pasteur américain Andrew Brunson. Aussi, la Turquie réclame de son côté, sans succès jusqu’ici, l’extradition du prédicateur Fethullah Gülen, désigné par le président Recep Tayyip Erdogan comme l’instigateur du putsch avorté de juillet 2016 en Turquie, accusations rejetées par l’intéressé.

Entre-temps, les deux capitales s’opposent aussi sur la question des milices kurdes syriennes, à savoir les Unités de protection du peuple kurde (YPG). Pour Washington, ces milices constituent une force importante pour combattre l’EI.

En revanche, aux yeux d’Ankara, elles ne sont que l’extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène, depuis 1984, une guerre à l’Etat turc. Il est classé «organisation terroriste» par la Turquie et ses alliés occidentaux. Cependant, les rapports entre les deux pays commencent à se décrisper.

Ainsi, le pasteur Andrew Brunson a été libéré en octobre par la justice turque après un an et demi de détention. Mercredi, les Etats-Unis ont approuvé la vente de leur système de missiles antimissiles Patriot à la Turquie pour un montant global de 3,5 milliards de dollars, a annoncé l’administration américaine.

Cette décision, qui peut encore faire l’objet d’une opposition du Congrès américain, se veut une «alternative» au système antimissiles russe S-400, qu’Ankara souhaite acheter ,malgré les mises en garde américaines, selon un porte-parole du département d’Etat américain.

«Nous avons clairement prévenu la Turquie que l’achat potentiel du système S-400 pourrait remettre en cause» la vente à Ankara d’avions de chasse F-35 américains et l’exposerait à des sanctions de la part des Etats-Unis, a-t-il ajouté.

«Les Etats-Unis ont longtemps expliqué qu’ils voulaient travailler sur la défense antiaérienne et antimissiles avec le Turquie, et lui ont proposé ces dernières années de prendre en considération le système Patriot, qui est compatible avec l’OTAN. Si la Turquie devait décider d’accepter cette proposition de vente, ce serait le meilleur choix pour les besoins de sa défense», a indiqué le même responsable.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, estimait, il y a encore quelques semaines, que son pays avait «besoin» du système antiaérien russe S-400. Un accord d’achat en ce sens a été conclu, mais Washington a exercé des pressions sur Ankara pour s’opposer à cette transaction.

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