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France: des heurts entre gilets jaunes et police sur les Champs-Elysées

Plus de 100 000 “Gilets jaunes” ont manifesté en France samedi 24 novembre, dont 8 000 à Paris, selon les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur. La mobilisation de ce samedi a été marquée par des violences sur les Champs-Élysées à Paris. En début de soirée, le président Emmanuel Macron a exprimé sa “honte” sur Twitter et dénoncé les violences.

Que s’est-il passé sur les Champs-Élysées?
Cinq mille policiers ont été déployés dans la région parisienne. Ils avaient installé des barrières en métal autour des Champs-Élysées pour empêcher les manifestants d’atteindre les bâtiments clés tels que le bureau du président et l’assemblée nationale.

La plupart des manifestants ont insisté sur le fait qu’ils étaient pacifiques. “Nous ne sommes pas ici pour nous battre contre les flics, nous voulons simplement que le gouvernement nous écoute”, a déclaré l’une de leurs porte-parole, Laetitia Dewalle, à l’agence de presse AFP.

Certains ont cependant tenté de briser le cordon de police. Ils ont allumé des feux, détruit des panneaux de signalisation, érigé des barricades, arraché des pavés et les avoir jetés sur la police tout en scandant des slogans contre le président Emmanuel Macron.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a accusé les manifestants d’être influencés par la dirigeante du parti d’extrême droite Rassemblement national, Marine Le Pen. Mais elle l’a accusé, sur Twitter, de malhonnêteté.

 

La lettre de Jade;

Jade, lycéenne de 17 ans dans le Val-d’Oise qui faisait partie d’un cortège de gilets jaunes samedi dernier, a écrit une lettre ouverte et l’a transmise à la rédaction du Parisien afin d’atteindre le Président de la République.

«Monsieur le Président, j’ai 17 ans et j’ai peur de grandir en France […]. Je finis ma vie d’adolescente et commence ma vie d’adulte et j’ai peur. Peur de ce qu’on va trouver, de ce que vous allez encore augmenter», souligne-t-elle.

La jeune fille explique également ce qui l’a incitée à prendre part aux manifestations: «J’ai fait ça sur un coup de tête. Je n’y connais rien à la politique […].Au début je ne comprenais pas ce grand mouvement. Il fallait que je cherche. J’en ai parlé autour de moi, à mes parents. C’est là que j’ai compris que c’était contre la hausse du carburant, mais pas que. C’est un ras-le-bol contre un sentiment d’injustice».
De son propre aveu, elle s’est sentie sensibilisée à la cause après avoir regardé les infos à la télévision: «Je me suis sentie inutile, alors j’ai dit à ma mère, il faut qu’on y aille».

D’après Le Parisien, mère et fille ont alors rejoint l’opération escargot menée le 17 novembre sur la D316. «On crie dans les rues MACRON DÉGAGE. […] Je vous avoue que la première fois que j’ai entendu cela, j’étais déboussolée et puis j’ai appris que ces gens n’étaient pas méchants mais juste fatigués, alors j’ai vite compris qu’il fallait se battre […] À cause de toutes ces hausses nous ne vivons plus, mais nous subissons notre vie», poursuit-elle.
Et de conclure: «J’ai peur de tout ce qui augmente. Je me demande combien je vais devoir gagner plus tard pour survivre.»
La jeune fille, qui fera ses vœux sur Parcoursup¹, envisage de s’inscrire en droit, et devenir avocate «pour lutter contre l’injustice».

Face à l’augmentation des prix du carburant qui frappe surtout le diesel, de nombreux Français se sont mobilisés le 17 novembre. Ces manifestations ont réuni, selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, 287.710 personnes sur 2.034 sites. Plus de 400 personnes ont été blessées et une tuée samedi.

Les chiffres sur le nombre de participants sont néanmoins contestés par les organisateurs et l’opposition. Pour le syndicat France police-Policiers en colère, 1,3 million de «gilets jaunes» sont descendus dans les rues. Un appel à manifester de nouveau samedi 24 novembre dans la capitale a été lancé sur Facebook.

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Pourquoi porter des gilets jaunes?

Tous les conducteurs en France doivent porter les gilets dans leurs voitures en tant qu’équipement de sécurité pour une utilisation en cas de panne. En plus du triangle réfléchissant rouge familier qui doit être placé derrière un véhicule en panne sur le bord d’une route, le gilet haute visibilité – ou “gilet jaune” – doit être porté par le conducteur à l’extérieur de la voiture. Le non-port du gilet après une panne ou un accident peut entraîner une amende de 135 € (120 £; 153 $) en vertu d’une loi adoptée en 2008.

Le président Emmanuel Macron annoncera mardi la création d’un “Haut conseil pour le climat” composé d’experts, indique le JDD, citant l’Élysée.

Le Haut conseil pour le climat sera “doté de moyens” et pourra “intervenir sur toutes les politiques publiques” en ayant en charge de s’assurer de “la soutenabilité sociale et économique” de ces politiques, a expliqué l’Élysée au JDD.

La presse étrangère se paie Macron

La presse étrangère, de l’Italie à l’Angleterre en passant par l’Espagne, n’a pas été tendre avec Emmanuel Macron, jugé déconnecté des réalités dans le dossier des « gilets jaunes ». Le Parisien a recensé quelques-unes des citations les plus tranchantes:

« Une classe moyenne qui se sent marginalisée »
« Les Français ont l’impression d’être pris pour des imbéciles. À juste titre », lance par exemple Die Welt, quotidien conservateur allemand, qui estime également que « le gouvernement a commis plusieurs grosses erreurs », comme « en justifiant l’augmentation des taxes par la seule protection de l’environnement, bien que la majeure partie des recettes serve un objectif différent. »

Toujours de l’autre côté du Rhin, le Süddeutsche Zeitung perçoit « la rébellion d’une classe moyenne qui se sent marginalisée socialement et géographiquement par les personnes les mieux rémunérées des grandes villes ». « Pour la plupart des Français, sa politique n’a jusqu’à présent apporté aucune amélioration notable », estime encore le journal, n’hésitant pas à établir un parallèle avec la Révolution de 1789, un événement historique marqué par une colère « née du prix du pain » et à laquelle Marie-Antoinette aurait voulu répondre en conseillant aux plus pauvres de manger « de la brioche ». « Aujourd’hui, le coût des carburants alimente la colère, et Macron recommande aux automobilistes d’acheter des voitures électriques propres », s’amuse même le Süddeutsche Zeitung.

Macron est « perçu comme un nouvel aristocrate »
Son de cloche similaire en Italie, où le Corriere Della Sera voit dans les « gilets jaunes » « des causes plus profondes qu’une prétendue insensibilité écologique » des Français. Et d’ajouter : « Le président Macron, étranger aux partis politiques et néophyte, a été élu en partie grâce à une révolte contre les élites. Maintenant qu’il est à l’Élysée, il est perçu comme un nouvel aristocrate, éloigné des problèmes de la population commune. »
Le quotidien italien rappelle aussi que « les catégories sociales impliquées sont les plus défavorisées sur le plan économique […] et les plus pénalisées par un système de transport en commun qui, quel que soit son degré d’efficacité et d’importance, implique toujours des millions de trajets quotidiens par la route. ».

Le « rare moment d’humilité » du président
En Espagne, la presse n’est pas plus tendre avec Jupiter. El Mundo constate ainsi que le mouvement de contestation populaire est « un mouvement périphérique dans tous les sens du terme », « géographique », « social » et « économique ». De l’autre côté de la Manche, on pointe essentiellement l’incapacité d’Emmanuel Macron à « rétablir la confiance dans la démocratie parmi ceux qui se sentaient désabusés et détachés de la politique », selon les mots de la BBC. Le coup de grâce vient du Financial Times, pour qui l’aveu du jeune président, qui avouait, le 14 novembre, n’avoir « pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », est un « rare moment d’humilité » du chef de l’État.

¹: Parcoursup est une application web destinée à recueillir et gérer les vœux d’affectation des futurs étudiants de l’enseignement supérieur public français.

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