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Comment la Chine fait face à la menace Boko Haram

«Boko Haram est aussi une grande source d’inquiétude pour la Chine», remarque un auditeur dans Appels sur l’actualité. La Chine a en effet de gros intérêts en Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria, deuxième pays africain en termes d’investissements devant le Tchad, le Niger et le Cameroun. D’abord attiré par les matières premières, Pékin a surtout investi dans le pétrole et le gaz naturel avant de se diversifier dans les télécoms ou la construction.

Comment réagit la Chine face à la menace Boko Haram alors que ses intérêts économiques en Afrique de l’Ouest sont menacés ?
Boko Haram est une grande source d’inquiétude pour la Chine, qui ne peut évidemment pas rester les bras croisés quand le pétrole qu’elle extrait dans le delta du Niger est volé par ce groupe terroriste ou quand ses travailleurs sont pris en otages. Ce fut le cas le 16 mai dernier  au nord du Cameroun, à la frontière avec le Nigeria : dix salariés de l’entreprise d’Etat Syno Hydro, qui amélioraient l’état des routes, ont été capturés dans l’attaque de leur camp. Une base censée être protégée par des soldats camerounais… Ces derniers n’ont rien pu faire face à l’ampleur de l’attaque, en pleine nuit. Les otages chinois ont fini par être libérés cinq mois plus tard par les autorités camerounaises. Juste une semaine avant cet enlèvement, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, avait rencontré le président Goodluck Jonathan et il lui avait promis d’aider les Nigérians à combattre les islamistes. Il s’était engagé à fournir les informations récoltées à ce sujet par les satellites et les services secrets chinois. La Chine équipe aussi l’armée nigériane en armes, en technologie, et apporte également son savoir-faire pour l’entraînement. Dernier équipement en date fourni par les Chinois : des lunettes à vision nocturne très utiles pour détecter les déplacements de convois dans le désert la nuit. Rappelons que les intérêts chinois au Nigeria sont énormes : dans le pétrole, l’agriculture, les télécommunications, les infrastructures. Au Niger voisin, les Chinois se sont positionnés aussi sur le pétrole et sur l’uranium. Bref, il y a beaucoup d’argent en jeu.

La Chine compte-t-elle uniquement sur les forces armées africaines pour protéger ses intérêts et ses ressortissants ?
Oui et non. Comme l’a montré la prise d’otages au Cameroun, les autorités en Afrique de l’Ouest ont du mal à assurer la sécurité des ressortissants chinois. Mais la Chine a une tradition de non-ingérence dans les affaires d’autrui : elle est donc réticente à envoyer ses propres militaires sur place, même si la montée en puissance du terrorisme la pousse à mener ponctuellement des exercices conjoints, notamment un exercice maritime commun avec le Cameroun en juin dernier. La Chine compte donc en partie sur les armées locales, mais pas seulement. La tendance est de faire appel à des entreprises de sécurité privées chinoises pour protéger ses entreprises publiques. La plus connue s’appelle Shandong Huawei Security, fondée en 2009 à Macau par un ancien de l’Armée populaire de libération. Shandong Huawei Security est d’abord intervenue en Irak pour protéger les intérêts du géant du pétrole chinois CNPC. Elle est arrivée en 2012 en Afrique, au Soudan. Et elle est aujourd’hui au Nigeria, peut-être au Mali – ce n’est pas très clair. Mais de l’aveu de certains officiels chinois, la formation de ces agents de sécurité n’est pas toujours efficace. Ils ne seraient pas encore au niveau des Américains.

L’augmentation des risques en Afrique de l’Ouest peut-elle remettre en cause les investissements chinois ?
Non. La Chine a trop besoin de ressources, notamment de pétrole, pour faire marche arrière. Le Premier ministre chinois a d’ailleurs annoncé, lors de sa visite au Nigeria en mai, son intention de doubler les échanges commerciaux bilatéraux pour atteindre les 400 milliards de dollars en 2020. Mais il est vrai que les entreprises chinoises y regardent à deux fois avant d’envoyer leurs salariés dans des endroits trop dangereux. Surtout quand il s’agit d’ingénieurs qualifiés. Ces entreprises – des géants étatiques pour la plupart – sont donc prêtes à débourser beaucoup d’argent pour embaucher ces sociétés de sécurité privées. Il y a des affaires à faire dans ce secteur.

rfi

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