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« Comment j’ai échappé à Boko Haram »

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Le 14 avril 2014, 270 lycéennes de l’école de Chibok, au Nigeria, étaient prises en otage par la secte djihadiste Boko Haram. Si le drame a été suivi d’une mobilisation internationale portée par le slogan très médiatique « Bring Back Our Girls » (« Ramenez-nous nos filles »), la plupart des lycéennes sont encore aux mains des terroristes. « Saa » fait partie des rares personnes à avoir réussi à s’échapper. A 18 ans, cette jeune fille est venue témoigner au Sommet de Genève pour les droits de l’homme et la démocratie, mardi 24 février. Par crainte de représailles envers sa famille, elle affichait des lunettes de soleil et a choisi un prénom d’emprunt.

Quels souvenirs gardez-vous de cette nuit du 14 avril 2014 ?

Il était presque minuit. J’étais avec mes camarades dans l’hôtel où nous résidions. Des tas d’hommes sont arrivés en criant, ils étaient armés et certains portaient des tenues militaires. Nous ne savions pas qu’ils appartenaient àBoko Haram, mais quand ils nous ont demandés où étaient les garçons, nous avons compris que c’était eux. Nous ne savions pas ce qu’ils allaient faire de nous. Avec mon portable, j’ai appelé mon père : il m’a dit de rester tranquille et de prier.

Vous êtes chrétienne ?

Oui, c’est pour cela que j’espérais que Dieu allait nous sauver.

Que s’est-il passé ensuite ?

Nous avons dû sortir, sans même avoir le temps de prendre nos affaires. Il y avait des voitures et un gros camion. Ils nous ont dit de monter dans ce camion et qu’ils nous tueraient si on ne voulait pas le faire. Nous étions seules avec eux, tout le personnel de l’école s’était enfui.

Comment vous êtes-vous échappée ?

Le camion a démarré et nous avons roulé un moment. Il faisait nuit et je ne savais pas du tout où nous allions. Je me suis dit que je préférais mourir plutôt que d’aller quelque part avec Boko Haram. Alors j’ai sauté. Une amie a sauté en même temps que moi mais s’est blessée à la jambe en atterrissant sur le sol. Puis le camion a continué sa route.

Quelle heure était-il alors ?

Je ne sais pas du tout, il faisait encore nuit. Mon amie ne pouvait pas marcher, nous étions au milieu d’une forêt très sombre. Alors nous nous sommes assises sous un arbre et avons attendu comme ça, sans dormir. Au matin, je suis allée chercher de l’aide. Je suis tombée sur un berger : au début, il ne voulait pas nous porter secours car il était musulman. Mais il a fini par prendre mon amie sur sa mobylette, tandis que je suivais derrière, à pied. Et puis on a trouvé un autre homme, qui nous a emmenées toutes les deux jusqu’à Chibok, où nous allions à l’école. De là, il a fallu trouver une autre mobylette pour nous ramener dans nos familles…

Connaissiez-vous Boko Haram avant cet épisode ?

Bien sûr, ils font peur à toute la région ! En 2012, ils avaient déjà attaqué une école où j’étudiais. C’est pour leur échapper que j’avais changé d’établissement et que j’étais partie à Chibok.

Après vous être enfuie, que s’est-il passé ?

Les gens de Boko Haram ont menacé de tuer les filles qui s’étaient échappées, ainsi que leurs familles. Je n’étais plus en sécurité. L’avocat Emmanuel Ogebe est venu sur place et m’a permis, avec d’autres filles dans le même cas, d’aller me réfugier aux Etats-Unis. Là-bas, j’ai repris l’école.

Vous avez notamment témoigné devant les Nations unies, à Genève. Que demandez-vous ?

Au Nigeria, le gouvernement ne protège pas les gens contre les violences de Boko Haram. Aucune action sérieuse n’a été faite pour libérer les 230 filles encore capturées. Il faut que la communauté internationale intervienne pour les rendre à leurs familles !

Comment voyez-vous votre avenir ?

Les menaces m’empêchent encore de rentrer au Nigeria. Mais, après presque un an sans nouvelles, j’ai pu enfin parler par téléphone à mes parents et à mes cinq frères. Ils ont dû quitter notre maison car Boko Haram a attaqué le village où ils vivaient. Si je le peux, je vais continuer mes études aux Etats-Unis. Plus tard, je serai médecin.
Le Monde

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