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Avortement, Mohammed VI intervient… un petit pas pour la loi, un pas de géant pour la modernité

Suite au débat sur la question de l’avortement, une question pour laquelle les Marocains se passionnent de plus en plus, le roi Mohammed VI est intervenu, en recevant ce lundi après-midi, au palais royal de Casablanca, les deux ministres de la Justice et des Affaires islamiques, en plus du président du Conseil national des droits de l’Homme Driss el Yazami. L’audience royale s’est déroulée pendant que le Pr Chraïbi, président de l’association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, tenait sa conférence à Rabat sur l’avortement ! C’est clair, comme dirait el Khalfi…

Le roi a demandé à ses ministres et au président du CNDH de se préoccuper plus en profondeur de la question de l’avortement, « dans le cadre du respect des principes de la religion musulmane et de l’effort d’interprétation requis ». Le roi a également enjoint à ses interlocuteurs de « prendre en considération l’évolution de la société marocaine et ses aspirations ».

Mohammed VI a donc donné une orientation claire de ce que doit devenir le débat sur l’avortement, puisqu’il a précisé que « la question de l’avortement est devenu une affaire médicale par excellence ». A ce propos, et comme pour confirmer cette position, le ministre de la Santé n’a pas été reçu. En effet, en ne recevant que les ministres de la justice et des affaires islamiques, le roi dépasse le caractère purement technique de l’avortement, devenu question « simplement »médicale, dans le sens où elle est traitée médicalement mais que le problème se situe bien plus au niveau de la justice et de la religion. La non réception d’el Ouardi est aussi à prendre comme un camouflet pour cet homme qui a limogé Chraïbi, militant de la première heure contre l’avortement clandestin…

L’audience accordée à el Yazami montre également que le roi estime que cette affaire concerne les droits de l’Homme et, peut-être, le droit des femmes à disposer de leurs corps, dans certains cas déterminés, car il est presque certain que seuls les avortements de grossesses issues d’un viol, d’un inceste ou concernant un fœtus présentant une malformation sont concernées.

Enfin, et pour couper court à un débat qui partage la société en deux, les modernistes mettant en avant des arguments logiques et humains, les conservateurs avançant des positions plus religieuses et quelque peu dépassées dans leur interprétation, le roi a donné un mois aux ministres et à el Yazami pour lui soumettre des solutions.

A Rabat, lors de la conférence sur l’avortement qui était organisée par le Pr Chraïbi, ce dernier a interrompu le panel qui se tenait pour donner lecture aux participants de ce qui se passait à Casablanca. Emu (presque) aux larmes, le professeur Chraïbi a donc informé de l’intérêt royal pour cette question de l’interruption de grossesse. Cris de joies et youyous ont jailli des poitrines des présents, pendant qu’el Ouardi était sorti un peu plus tôt…

Notons également ce fait important qui est la concomitance de l’audience du roi avec la conférence du Pr Chraïbi, président de l’association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, et non à celle qui s’est tenue la semaine dernière, organisée par le ministère de la Santé. Si l’on y ajoute cette non-convocation du ministre el Ouardi, on peut d’ores et déjà conclure que le Code pénal sera bien vite amendé dans le sens adéquat, c’est-à-dire permettre l’avortement sous conditions.

C’est l’article 453 du Code pénal marocain qui est concerné, et qui dispose que «  « l’avortement n’est pas puni quand il vise à sauvegarder la vie de la mère à condition qu’il y ait consentement du conjoint. En l’absence de ce consentement, il faut avoir celui du médecin chef de la préfecture et en cas d’urgence, il suffit que ce dernier soit seulement avisé ». le texte, lettre et esprit est clair, il faut juste une décision politique et une volonté de l’appliquer. Mohammed VI l’a fait et c’est heureux.

Un petit pas pour la loi et un pas de géant pour les femmes concernées.

 

panorapost.com

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