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Algérie: Tout savoir sur Issad Rebrab. “On doit mille fois plus estimer une dent qu’un diamant.”

Issad Rebrab, le Président Directeur Général du plus grand groupe privé en Algérie et l’homme le plus riche du Maghreb selon le classement de Forbes, se retrouve une nouvelle fois en confrontation avec les teneurs du pouvoir, via un autre ministre, après son conflit «réglé» avec Bouchouareb.
VIDEO. Issad Rebrab :«Ils veulent pas qu’un Kabyle émerge … Je ne suis pas de leur région, je ne suis pas de leur clan»

Cet industriel peu médiatique a pourtant sauvé de nombreux emplois en France. En 2013, il rachète Oxxo, spécialiste des fenêtres en PVC au bord de la liquidation judiciaire, sort l’entreprise du rouge et relance l’activité sans plan social. Une année plus tard, il fait l’acquisition du groupe électroménager Brandt (qui regroupe les marques Brandt, Sauter, De Dietrich et Vedette). Une fois encore, le groupe se redresse en misant sur l’innovation. Mais l’histoire d’amour entre la France et le magnat algérien ne s’arrête pas là. Elle semble même bien partie pour s’intensifier.

Issad Rebrab vient d’annoncer que son groupe s’implantera fin 2019 dans les Ardennes, à Charleville-Mézières, dans les anciens locaux de PSA. Il utilisera les locaux du constructeur automobile pour produire de l’eau pure en se basant sur une technologie développée par la start-up allemande EvOn (appartenant à 80% au groupe d’Issad Rebrab). La technologie s’applique à des secteurs tels que l’agroalimentaire, la chimie ou encore les semi-conducteurs. Selon le groupe algérien, 1 000 emplois directs seront créés d’ici fin 2019. Une véritable bouffée d’oxygène pour un bassin d’emploi particulièrement touché par la désindustrialisation.

La France déroule le tapis rouge à Issad Rebrab

Dans une interview accordée à TSA Algérie, Issad Rebrab, homme d’affaires à la tête de Cevital, premier groupe privé algérien, explique son choix d’investir en France dans une technologie de pointe en insistant sur l’accueil et le soutien qui lui ont été réservés dans ce pays. Alors qu’en Algérie ses projets subissent injustement des blocages qui handicapent aussi la création d’emplois.

La véritable richesse n’est pas celle qu’on possède à titre personnel, mais celle qu’on crée pour sa patrie !

TSA : En quoi consiste le projet annoncé en France, dans le cadre de la technologie d’EvCon?

Issad Rebrab : Notre technologie [EvCon, du nom d’une start-up allemande rachetée par Cevital] est unique au monde, et je pèse mes mots. C’est une technologie disruptive, révolutionnaire, qui répond aux besoins de l’humanité dans de nombreux secteurs de l’industrie grâce à la purification de la vapeur avant condensation par le biais de membranes hydrophobiques.

Nous avions l’intention au départ de fabriquer exclusivement en Algérie la totalité des membranes pour le marché mondial. Cela aurait généré pour notre pays plus de 15 milliards d’euros par an en exportation hors hydrocarbures. Néanmoins, les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui pour dédouaner une partie de nos équipements fabriqués spécialement pour ce type de technologie m’ont poussé à prendre la décision d’installer des centres de fabrication de membranes à Charleville-Mézières [département des Ardennes, dans le nord-est de la France] en plus des centres prévus en Algérie, et ce, afin de sécuriser l’approvisionnement de nos clients dans les délais.

Cela dit, notre objectif est de produire 95 % des membranes en Algérie et 5 % dans les Ardennes.

Quel genre de difficultés subit le projet en Algérie?

Nous avons des équipements bloqués au niveau des douanes depuis le mois de juillet !

Comment avez-vous été affecté par ce blocage?

Cela a retardé nos projets. Ces équipements sont des prototypes fabriqués uniquement et exclusivement pour EvCon Industry, étant donné que la technologie que nous avons développée dans notre centre de recherche et développement en Allemagne est nouvelle et couverte par 189 brevets à travers le monde. Leur fabrication a d’ailleurs nécessité la collaboration de plusieurs entreprises de renommée mondiale : trois sociétés allemandes, des sociétés suisses, deux sociétés italiennes et une société sud-coréenne avec sa filiale autrichienne. Une partie de ces équipements a été dédouanée. Une autre ne l’a pas encore été. Nous espérons pouvoir les sortir prochainement.

Est-ce pour cette raison que vous avez choisi d’installer des sites de production en France?

C’est en effet à cause de ces difficultés que j’ai décidé de ne pas prendre de risque et d’implanter une usine en France. Il existe une demande mondiale très forte pour les membranes. Nous avons déjà un carnet de commandes important et nous avons pris des engagements envers nos clients.

Envisagez-vous en cas de persistance des blocages d’abandonner votre projet de fabrication de membranes en Algérie?

Il est hors de question pour moi d’abandonner. Je vais continuer à me battre jusqu’à la levée de tous ces blocages, qui, au-delà du groupe Cevital, constituent un réel danger pour le développement économique de notre pays. Personne ne peut ni ne doit tolérer que l’avenir de nos enfants soit sacrifié pour satisfaire les intérêts de quelques individus.

Quel est le coût de ce nouveau projet en France?

Le coût de la première tranche s’élève à 250 millions d’euros et la seconde tranche est de 50 millions d’euros. Le projet coûtera donc au total 300 millions d’euros.

Comment allez-vous financer ce projet?

Lorsque nous avons abordé la question du financement avec le président français Emmanuel Macron, il a donné des instructions pour que nous bénéficiions d’un accompagnement. Nous n’aurons aucun problème à lever des fonds.

Pour vous donner une idée des pays qui sont conscients du problème que pose le chômage et qui sont attachés à la création d’emplois, il nous a suffi de créer 1 000 emplois à Charleville-Mézières pour que tout le monde soit à notre écoute. Des organisations de formation de personnel au préfet de la région, en passant par le président de la région et les élus locaux, tout le monde était prêt à nous accompagner. Le président de la République Emmanuel Macron est même venu inaugurer [le 7 novembre] le site composé de cinq projets industriels et un centre de recherche et développement. Le terrain qui accueillera le site et qui s’étend sur 13,5 hectares comporte déjà un hangar industriel tout équipé (gaz, électricité, eau, air comprimé) d’une superficie de 9 000 m² et plus de 1 000 m² de bureaux, et il nous a été vendu pour un euro symbolique. C’est vous dire l’importance que les pays développés accordent aux nouvelles technologies et à la création d’emplois et de richesses. C’est vous dire la place qu’occupent les entrepreneurs chez eux. Ils sont une denrée précieuse et tout est fait pour leur faciliter la tâche.

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Ce n’est pas le cas chez nous?

Hélas, non ! Mais, nous n’avons pas de patrie de rechange. J’ai l’Algérie dans mes tripes. Si j’avais cherché la facilité, je serai parti dans les pays prêts à m’accueillir à bras ouverts. Quels que soient les investissements que nous réaliserons sur le plan international, nous essaierons toujours de créer autant d’emplois et de richesses dans notre pays. L’Algérie regorge de jeunes talents et nous n’avons pas le droit de les laisser tomber.

C’est donc le sens du devoir qui vous pousse à aller de l’avant?

Oui et à double titre.

J’ai un devoir vis-à-vis de tous ces jeunes que vous voyez ici [au Salon de l’emploi] et qui ont besoin de croire en un lendemain meilleur. J’ai également un devoir par rapport à mes parents et surtout à mon frère aîné, mort pendant la révolution. Il avait rejoint le maquis à l’âge de 18 ans pour se battre pour une Algérie libre et indépendante. Je ne peux pas trahir son sacrifice, comme je me refuse à décevoir les attentes et les espoirs de notre jeunesse en mal d’emplois et de perspectives d’avenir.

Pendant qu’ils innocentaient Chakib Khelil, pendant qu’ils s’acharnaient à emprisonner des généraux à sa place, pendant qu’ils s’indignaient du tweet de Manuel Valls et qu’ils s’amusaient à diffuser des images trafiquées du Président à la télévision, le déficit se creusait et le pays coulait chaque jour un peu plus.

Rappelons à toutes fins utiles qu’Issad Rebrab, dont la renommée est grande en Kabylie, n’a jamais accepté de soutenir publiquement Bouteflika et qu’à cette occasion, un autre homme d’affaire “kabyle” a été mis en selle, en l’occurrence Ali Heddad dont les accointances avec la mafia algérienne et les liens étroits avec Said Bouteflika ne sont un secret pour personne.

Rappelons aussi Boueflika a refusé au patron kabyle du groupe agro-alimentaire Cevital, Issad Rebrab, la construction du plus grand complexe d’aluminium dans le monde en termes de capacité de production dans la zone de Bellara à Jijel, il vient d’attribuer le même projet à ses amis qataris. Un complexe sidérurgique sur la même zone a été aussi attribué au Qataris, en excluant l’entrepreneur kabyle de tous les projets d’envergure.

La vérité est que pour l’Etat algérien, Issad Rebrab est une cible parce que l’Etat algérien s’acharne à démolir tout ce qui est kabyle et comme ils ne peuvent pas le limoger, alors ils l’affublent de leurs propres tares pour essayer de le démolir.

“On doit mille fois plus estimer une dent qu’un diamant.”

 

Issad Rebrab : « Ils veulent m’arrêter pour me faire taire »

Une rumeur parle d’un mandat d’arrêt lancé contre vous…

La rumeur est fondée. On cherche à me faire taire. Mais je ne vais pas me taire. Au lieu de prendre conscience de la gravité des choses, ils agissent ainsi. Au lieu de m’appeler pour dialoguer, parler des blocages et de l’avenir de notre pays, ces gens veulent m’arrêter pour me faire taire. Ils essayent de faire taire tous ceux qui critiquent, qui parlent et posent des questions légitimes sur l’avenir de notre pays.

Que vous reprochent-ils ?

D’avoir parlé. D’avoir dénoncé les blocages inadmissibles dont je fais l’objet. Les gouvernants actuels sont les plus grands dangers pour notre pays. Ils m’accusent d’avoir importé des équipements d’occasion pour l’usine Brandt de Sétif. C’est faux. Les journalistes peuvent se rendre sur place pour vérifier et constater le mensonge. Ils peuvent aussi venir dans nos usines en France pour voir qu’aucun équipement n’a été renouvelé pour envoyer les anciens équipements en Algérie.

Pourquoi selon vous ils vous reprochent de telles choses ?

Ce sont des excuses pour justifier les blocages de tous nos projets et pas seulement celui de Brandt. Déjà en 2014, quand nous avons acquis Brandt, on avait demandé la possibilité de transférer nos propres devises pour faire cette acquisition. Le Premier ministre avait renvoyé la balle dans le camp du gouverneur de la Banque centrale. Nous n’avons pas été autorisés à transférer.

Finalement,  nous avons acheté les actifs pour 37,5 millions d’euros. Le FDES (Le fonds de développement économique et social) nous a accordé un financement total de 47,5 millions d’euros, soit 37,5 pour les actifs et 10 pour le fonds de roulement. Le reste, nous l’avons eu via différentes banques françaises. Des banques nous accompagnent parce que nous avons des actifs qui garantissent nos emprunts.

Nous n’avons pas sorti un seul dollar d’Algérie pour ce projet. Malgré cela, M. Sellal avait envoyé une lettre à Tracfin pour lui demander d’enquêter sur nous. Depuis, ils ont dû lui répondre que tout a été transparent. Parce que nous sommes transparents. Tout ce que nous faisons est transparent. Ce n’est pas le cas du gouvernement algérien et de ses amis qui travaillent dans l’opacité.

Comptez-vous rentrer bientôt en Algérie ?

Je suis actuellement au Brésil pour une mission, au moins jusqu’au 16 octobre. Une fois que j’aurais terminé mon travail, je verrai. Il est évident que si je n’ai pas d’assurances, je vais retarder mon retour. Je n’ai pas peur d’eux. Ce que j’ai dit je l’assume. Je me suis toujours assumé.

De toutes les manières, j’ai encore d’autres révélations à faire. Le peuple algérien connaîtra la vérité. Ils sont dans leur tort. Ils ne veulent pas entendre parler des choses vraies. Ils veulent que tout le monde les caresse dans le sens du poil. Ils sont le mal de notre pays. On ne peut pas les laisser le détruire davantage.

Ils ne veulent pas dialoguer avec les gens qui proposent des choses différentes. Encore une fois, je ne vais pas me taire. Je n’ai pas de patrie de rechange. « Il faut que la peur change de camp », pour paraphraser Monsieur Réda Malek.

TSA

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