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Algérie: pour qui roulait l’étrange milliardaire algérien Rafik Khalifa [Vidéo]

Rafik Abdelmoumène Khalifa: Son histoire avait fait la Une des journaux du monde entier. Ce jeune homme auquel on prédisait un avenir flamboyant avait lancé à la fin des années 1990 une banque portant son nom, autour de laquelle ont ensuite été créées plusieurs autres entreprises, dont une compagnie aérienne, une chaîne de télévision et bien d’autres biens immobiliers notamment. Grâce à des taux d’intérêt alléchants, allant jusqu’à proposer plus de 10% d’intérêt, il avait réussi à drainer vers sa banque de très importants dépôts, venant notamment de sociétés publiques et d’œuvres sociales.

Rafik Abdelmoumène Khalifa,  obtient un diplôme de pharmacie après des études chez les jésuites. Son père, Laroussi Khalifa, est le fondateur de la sécurité militaire. Il a été ministre de l’Industrie et de l’Energie de Ahmed Ben Bella de 1962 à 1963 avant d’être envoyé en prison pendant 2 ans pour son opposition à Houari Boumediène puis de prendre la tête d’Air Algérie. En 1990, Rafik Khalifa reprend la pharmacie de son père à Chéraga (Alger).

La première décennie
1990 : reprend à Chéraga (Alger) la pharmacie de son père, Laroussi Khalifa. Ce dernier fut ministre de l’Industrie et de l’Énergie d’Ahmed Ben Bella de 1962 à 1963 et fondateur de la sécurité militaire.

1998 : crée El Khalifa Bank. Grâce à “la vente d’une villa héritée de son père“, il obtient un crédit de 950 milliards de dinars de la Banque de développement local (BDL). Cela lui permet de constituer le capital de sa banque de droit algérien.

1999 : lance Khalifa Airways. Avec ses 30 appareils, cette nouvelle compagnie devient très vite le concurrent direct d’Air Algérie, jadis dirigé par son père.

Les affaires marchent…

Juin 2001 : Khalifa Airways devient le sponsor officiel de l’Olympique de Marseille, alors dirigé par Robert-Louis Dreyfus.

2002 : crée Khalifa TV, à Paris. La soirée de lancement a lieu à Cannes au mois de septembre dans l’une de ses propriétés, la villa Bagatelle payée 35 millions d’euros sur un coup de tête en juillet 2002. Il a alors 35 ans. 300 people, dont Sting, Bono, Melanie Griffith, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Pamela Anderson, Julia Channel, tous payés rubis sur l’ongle pour faire la fête autour de lui.

Octobre 2002 : la presse française se fait l’écho d’un rapport de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). En clair, le groupe Khalifa perd de l’argent. Beaucoup d’argent. Il court même vers “une faillite prochaine”. On soupçonne son fondateur de blanchiment d’argent.

Et puis soudain…


Novembre 2002 : la Banque d’Algérie décide de bloquer les transferts d’El Khalifa Bank vers l’étranger.

Janvier 2003 : recherché par Interpol, Rafik Khalifa part se réfugier à Londres.

Février 2003 : trois cadres de Khalifa TV en partance pour Paris sont arrêtés à l’aéroport d’Alger. Dans leurs bagages : deux millions d’euros en liquide.

Juin 2003 : sa villa Bagatelle est bradée pour la moitié de son prix d’achat : 16,7 millions d’euros.

Fin de partie…


Février 2007 : arrêté par Scotland Yard pour “séjour irrégulier et blanchiment d’argent”.

Mars 2007 : condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en Algérie pour “association de malfaiteurs” et “faillite frauduleuse”.

Décembre 2013 : extradé de Grande-Bretagne, il arrive sous escorte à Alger par un vol régulier. Il est depuis incarcéré à El Harrach.

Juin 2014 : ouverture de son procès au tribunal de grande instance de Nanterre pour banqueroute et détournement de fonds.

Ce procès devrait initialement se tenir du 2 au 20 décembre, avec une audience préalable prévue le 25 septembre.

Octobre 2014 : condamné à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende par défaut par le tribunal correctionnel de Nanterre pour avoir organisé le “pillage” de sa société juste avant sa liquidation, en “la vidant de certains de ses actifs les plus significatifs”.

2015: Rafik Khalifa a été condamné mardi par le tribunal de Blida, au sud-ouest d’Alger, à une peine de 18 ans de prison ferme pour «association de malfaiteurs», «vol», «faux et usage de faux».

Qui se cache en effet derrière cet «empire»?

Rafik Abdelmoumène Khalifa défie la chronique en France. En moins de cinq ans, cet homme d’affaires algérien de 36 ans a construit ce qu’il aime à appeler «le premier empire privé d’Algérie». Une success story qu’il jure «partie de rien» et affiche aujourd’hui banque, compagnie aérienne, sponsoring avec son nom sur les maillots de l’OM, virées à Alger avec les Depardieu et Deneuve, une chaîne de télévision pour laquelle son groupe distribuait des antennes paraboliques en kit dans les quartiers populaires de la capitale algérienne…

Qui se cache en effet derrière cet «empire» qui, curieusement, perd beaucoup plus d’argent qu’il en gagne ? Pour la rue algérienne, la réponse ne fait pas de doute et entraîne dans les ténèbres du pouvoir militaire : là où se «blanchissent» les milliards de dollars de la rente pétrolière et gazière.

Si Rafik Khalifa semble surtout être lié au «clan» du président Abdelaziz Bouteflika, la réalité pourrait être plus proche d’une tentative de redorer le blason d’un régime militaire mis à mal par dix ans de «sale guerre». Quitte à utiliser aussi le groupe pour quelques opérations financières rentables liées aux futures privatisations en Algérie.

Ce serait un groupe «immense, puissant, comme celui de Bill Gates», avec une compagnie d’aviation, une banque, une chaîne de télé, explique à Washington un diplomate algérien. A sa tête, il y aurait «un type formidable, un jeune qui fait rêver, qui prouve qu’en Algérie tout est possible pour qui veut réussir. Un peu comme Bernard Tapie», raconte en France un homme d’affaires d’Oran. Ce serait beau comme le Festival de Cannes, avec des stars partout, des Patrick Bruel, des Gérard Depardieu ou des Claudia Schiffer. Ce serait enthousiasmant comme un Mondial de football, avec le sponsoring de grands clubs, comme l’Olympique de Marseille. Ce serait féerique comme Disneyland, avec une ville, Sidi Abdallah, surgie de la pierre et des broussailles à 130 kilomètres d’Alger et qui deviendrait, d’ici à 2005, la nouvelle capitale. Ce serait «l’icône de l’Algérie nouvelle», ouverte sur le monde. Et comme par magie, dans ce pays à genoux après dix ans de guerre et près de 200 000 morts, où plus rien ne fonctionne pas même le réseau d’eau potable, là où trouver une place d’avion nécessite des relations de ministre, «un jeune entrepreneur de 36 ans, Rafik Abdelmoumène Khalifa, a réussi à créer en moins de dix ans le premier empire privé diversifié du pays», explique son dossier de presse. Rideau.

Maire de Bègles, le député vert Noël Mamère a été le premier à écorner publiquement le conte de fées, le 27 septembre, refusant d’assister «pour des raisons politiques» à un match de l’équipe de rugby de Bègles, dont Khalifa vient de devenir un des sponsors. «Il est allié des généraux algériens avec lesquels il a fait sa fortune, allié de ce pouvoir algérien qui contribue à la barbarie, qui assassine et torture». Il a demandé une enquête parlementaire sur le groupe Khalifa.

Selon une note confidentielle du gouvernement français, rédigée depuis que le groupe cherche à s’implanter dans l’Hexagone, ce serait surtout le montant des pertes de l’«empire» Khalifa qui serait exceptionnel : 500 millions d’euros par an. Chiffre toutefois «invérifiable», précise le texte. A la DGSE, les services de renseignements extérieurs, même étonnement. «Les financements et passe-droits dont profite Khalifa pour asseoir sa stratégie de croissance, alors même que les avis répétés d’experts du transport aérien lui prédisent une faillite prochaine, laissent perplexes. (…). Le maintien en vie et même la bonne santé apparente du groupe ne peuvent donc s’expliquer que par un soutien financier extérieur et/ou par des activités autres que celles officiellement mentionnées. (…). Le groupe ne compte que sept actionnaires, tous issus de la famille Khalifa. Ces derniers ne disposent cependant pas de la réalité du pouvoir et ne servent que de prête-noms», détaille un document interne.

«Nous sommes arrivés au moment où sonne le douzième coup de minuit, estime un policier des renseignements généraux (RG). Juste avant de savoir si le carrosse va se transformer en citrouille.»

About Mohammed Gherrabi

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