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Afrique: (Vidéo) La face cachée des ONG, de “l’idéalisme à l’impérialisme”

À dire vrai, il n’y a pas lieu de s’étonner que les secours servent des intérêts bien compris, y compris du côté des récipiendaires. Il en a toujours été ainsi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque s’est mise en place l’architecture «moderne » de l’aide Internationale telle qu’on la connaît aujourd’hui. Évidemment, les procédures ont changé. Les enjeux économiques et diplomatiques n’en restent pas moins d’actualité, et il n’est pas inutile d’en rappeler les tenants et les aboutissants afin de mieux en décrypter le contenu et les mécanismes. Les occidentaux continuent d’utiliser l’aide alimentaire afin de “punir” les transfuges, de “récompenser” les amis ou de “rallier” les opposants. Ils ont, par exemple, interrompu leurs livraisons de vivres vers le Chili socialiste de Salvador Allende, coupable d’avoir nationalisé les intérêts des multinationales américaines dans le pays en 1971, et ils ont tardé à répondre aux demandes du Bangladesh au moment de la famine de 1974, car Dacca entretenait des relations commerciales avec Cuba. Lors de la famine éthiopienne de 1984, en revanche, l’administration Reagan s’est décidée à intervenir avec l’espoir que l’aide alimentaire américaine inciterait la junte marxiste de Mengistu à rallier le camp occidental, à l’instar du régime socialiste de Nimeiry au Soudan l’année précédente.

Le rôle de détournement des consciences des ONG

Les grandes puissances sont lucides sur ces mutations de la jeunesse africaine. Elles sont conscientes des dangers que font peser ces changements pour leurs intérêts. Elles développent une politique ambitieuse de détournement des consciences par le biais d’ONG multiples et touchant tous les champs de la vie sociale. Le phénomène n’est pas nouveau mais connaît aujourd’hui une nouvelle impulsion en lien avec les nouvelles luttes de la jeunesse.

Dans la décennie 60 les USA et les puissances européennes ont déjà initié de vastes programmes « d’aide » portés par des ONG. Le panafricain Kwame N’Krumah a dès 1965 alerté sur le rôle néocolonial des ONG du Nord. Echanges universitaires, formations de syndicalistes, formation des leaders, etc., c’est tous azimuts que se sont développées des ONG visant à détourner la jeunesse de la conscience anti-impérialiste. Il en est de même aujourd’hui. Donnons quelques informations sur les caractéristiques de ces ONG :

D’une manière générale, les associations du tiers-monde ont peu voix au chapitre quand il s’agit de décider de l’orientation des programmes d’aide financés par le Nord. Seules 251 des 1 550 ONG associées au département d’information des Nations unies sont basées dans des pays en développement. Des études montrent également que, sur cinquante associations occidentales spécialisées dans le plaidoyer, seulement deux avaient effectivement consulté leurs partenaires du Sud avant d’engager une action en leurs noms. Les ONG du Nord affirment que les associations du tiers-monde ne sont pas assez solides pour se passer de leur encadrement. »

S’appuyant sur la précarité économique de la jeunesse, ces ONG offrent des places de survie aux leaders potentiels des luttes et les mettent ainsi sous leur dépendance. Les programmes d’échanges et de formations sont de plus de véritables mécanismes de formatage idéologique. A l’analyse politique et économique, ces formations substituent l’approche méthodologique et technicienne, la revendication politique est remplacée par la compassion humanitaire, l’organisation des premiers concernés est abandonnée au profit d’une dépendance vis-à-vis de l’aide. Il s’agit ni plus ni moins que de dépolitiser une jeunesse qui a d’abord besoin d’un outil politique pour organiser sa « mission générationnelle » comme le dit Fanon.

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Mais les ONG ont également une fonction plus immédiate : celle de justifier les interventions militaires occidentales. C’est en s’appuyant sur des rapports « objectifs » d’ONG que se déploient des opérations de déstabilisation de gouvernements ayant commis le crime de s’éloigner de la ligne dictée par Washington ou par l’Europe comme, par exemple, de passer un contrat commercial avec une puissance émergente. Les mêmes rapports préparent également les opinions publiques à accepter l’arrivée de troupes étrangères comme solution aux crises. Le nouveau développement de l’action des ONG en Afrique n’est pas le fait d’une poussée de conscience humanitaire en Occident. Il reflète les nouvelles potentialités révolutionnaires de la jeunesse du continent et vise à les neutraliser et à les instrumentaliser. Comme dans la décennie 60, la jeunesse africaine est de nouveau confrontée aux tâches de formations politiques des militants et d’organisations des damnés de la terre.

Il y a une vingtaine d’années, lors d’une conversation avec un organisateur bangladais, nous avons abordé le sujet des ONG*. Il a craché avec dégoût : “Je déteste les ONG”. À l’époque, je n’ai pas vraiment compris pourquoi il était si véhément sur le sujet. Je savais que les ONG avaient des aspects négatifs, comme le fait qu’elles détournent une partie de l’énergie révolutionnaire des masses, mais je croyais encore à moitié leurs affirmations selon lesquelles leur travail était plus utile que nuisible. Ne fallait-il pas être une espèce de crétin dogmatique pour dénoncer les soins gratuit et les programmes de lutte contre la pauvreté ? Je ne comprenais pas encore à quel point elles sont en réalité une catastrophe. Depuis cette conversation, les ONG ont proliféré comme des champignons dans le monde entier. D’abord déployées dans les formations sociales dominées par l’impérialisme, elles occupent aujourd’hui aussi la scène politique des pays qui sont la base du capitalisme. Elles sont devenues la nouvelle forme à la mode d’accumulation du capital, avec une portée mondiale et des milliards de revenus. Tout se prétendant “à but non-lucratif”, elles servent de source de revenus importants pour ceux d’en haut, tout en gavant de larges couches de la petite bourgeoisie, leur permettant de s’étaler sur la classe ouvrière comme une couverture chauffante humide, mettant ainsi en sourdine ses revendications.[/box]
A Lire aussi  Maroc / ENCG CASA 2017 / 4éme Edition de la Journée RH (Ressources Humaines)

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