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Affaire Tariq Ramadan: lettre ouverte au président de la République (Karim Achoui)

L’avocat Karim Achoui revient sur l’affaire Tariq Ramadan et parle de la « colère qui monte » au sein des communautés musulmanes, qui voient dans cette affaire une « justice à deux vitesses. »

Par: Karim Achoui

Karim Achoui, né le 7 octobre 1967 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), est un avocat de nationalité franco-algérienne. Karim Achoui naît à Boulogne-Billancourt au sein d’un milieu modeste : sa mère est assistante maternelle et son père employé chez Renault, tous deux arrivés de Kabylie. Il étudie le droit et la médecine en parallèle, avant de choisir de s’orienter définitivement en droit, et de se préparer à la profession d’avocat. Il devient avocat pénaliste, commençant à plaider en 1993 à Paris. Il s’associe avec une ancienne relation. Il apparaît dans l’affaire Patrick Dils, aux côtés de maître Jacques Vergès. En 2000, il ouvre son propre cabinet. Karim Achoui commence sa carrière d’avocat à la Cour de Paris en janvier 1993. Il s’associe alors à son ancien maître de conférences, Jean-Marc Florand, qu’il a connu sur les bancs de la faculté de Paris XII Saint-Maur. Dans son cabinet, Karim Achoui travaille sur certains dossiers de Jacques Vergès dont par exemple l’affaire Patrick Dils, qui, jugé coupable du meurtre de deux enfants en 1989, avait été condamné à perpétuité. À la suite de l’apport de nouveaux éléments au dossier, Patrick Dils sera acquitté le 24 avril 2002.

Monsieur le Président,

Je vous écris en tant que Président de la Ligue de Défense Judiciaire des Musulmans (LDJM), afin de vous entretenir d’un sujet dont la gravité exige qu’on l’extraie de ce dépotoir, que sont trop souvent internet et les réseaux sociaux.

Ce sujet, qui obsède une large part de la communauté musulmane de France, c’est la détention de Monsieur Tariq Ramadan.

A lire aussi:⇒ L’AFFAIRE TARIQ RAMADAN : témoignage fait éclater la vérité, et contrebalancer toutes les accusations portées jusqu’alors.

Je n’ai nul besoin d’être instruit par vos soins relativement aux principes de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la justice.

Je vous interpelle simplement. Je vous alerte quant à ce sentiment de rancœur, que je sens monter parmi les musulmans de notre pays. Une amertume qui s’ancre dans les cœurs, face à la persistance et par la même, l’aggravation du racisme et des discriminations dont ils sont les victimes.

Sûrement il y a t-il une part de geignardise, une part d’autojustification abusive des ses échecs personnels… Sûrement, mais cela ne saurait, loin de là, tout expliquer. Chaque jour, je reçois des dizaines de messages, de la part de ceux que le Président Sarkozy avait appelés « musulmans d’apparence. » Des messages dignes et sans haine, mais qui expriment une très grande lassitude et le début d’une colère, qui croît jour après jour davantage, silencieusement, insidieusement et profondément. Le sentiment, qui je le crains ne relève pas du fantasme, d’être des citoyens de seconde zone, des Français supplétifs. Le sentiment de ne pas être traités à égalité face à l’école, l’emploi, le logement, la justice…

Au fond, si le cas Ramadan suscite autant d’émotion parmi nous, c’est parce qu’il est un symbole. Il n’est pas forcément celui de l’erreur judiciaire (nous verrons bien quelle en sera l’issue), mais celui d’une justice à deux vitesses, d’une justice qui sait volontiers se faire d’exception dès lors qu’il s’agit de l’un des nôtres ; d’un musulman.

Monsieur le Président, je vous le redis, cette lettre est une bouteille jetée à la mer, un SOS. Elle est une alerte, quant à cette colère qui monte, quant à ce désespoir qui étreint de plus en plus d’entre nous. La France n’est plus qu’un mur gris, contre lequel, de cités-ghettos en maisons d’arrêt, notre jeunesse se fracasse.

Nous sommes las des hochets que vos prédécesseurs nous ont tendus, las d’être traités comme des mineurs éternels, masse inerte d’électeurs dociles. Le temps est venu que nous prenions nos responsabilités politiques. Idéalement avec vous

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes respectueuses salutations.

Karim Achoui, avocat.

Avec, Source

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