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Accusations contre Ali Bongo: la présidence gabonaise répond à Pierre Péan

Nouvelles affaires africaines. Au Gabon, c’est le livre qui fait scandale. Dans cet ouvrage, publié chez Fayard, Pierre Péan affirme notamment que le président Ali Bongo ne serait pas né Gabonais mais Nigérian. Hier, mardi 11 novembre, vous avez pu entendre sur RFI les explications de l’essayiste français. Aujourd’hui, voici la réponse des autorités gabonaises, qui viennent de porter plainte devant la justice française. Alain Claude Billie By Nzé est le conseiller politique et le porte-parole du président Ali Bongo. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Accusations contre Ali Bongo: la présidence gabonaise répond à Pierre Péan

Pourquoi l’Etat gabonais porte-t-il plainte contre Pierre Péan ?

Alain-Claude Billie By Nzé : L’Etat gabonais porte plainte pour des allégations mensongères, fallacieuses et calomnieuses. Monsieur Pierre Péan ose affirmer qu’Ali Bongo aurait assassiné des personnalités gabonaises et que, par ailleurs, Ali Bongo et la France auraient fraudé pour les élections de 2009. Ce sont des accusations extrêmement graves que nous ne pouvons pas laisser sans réactions.

Le 7 janvier 1992 à Libreville, le directeur de cabinet d’Omar Bongo, Jean-Pierre Lemboumba, a été grièvement blessé par balles et on n’a jamais retrouvé l’auteur du coup de feu. Pierre Péan évoque la « piste Ali Bongo ». Qu’est-ce que vous en pensez ?

Nous en pensons que c’est une fable. Monsieur Lemboumba est vivant. Il est aujourd’hui conseiller politique d’Ali Bongo. Monsieur Lemboumba n’a jamais exprimé publiquement que ce serait Monsieur Ali Bongo qui aurait attenté d’une façon ou d’une autre à sa vie. Monsieur Péan n’a qu’à apporter la preuve de cette allégation mensongère et grossière en plus.

En avril 2006 le président du Sénat gabonais, Georges Rawiri, décède à Paris. Pour Pierre Péan, il s’agit d’un empoisonnement. Comment réagissez-vous ?

Là, encore une fois, monsieur Péan affirme des choses extrêmement graves. Georges Rawiri était un collaborateur de longue date d’Omar Bongo, un ami d’Omar Bongo. Il était ami intime de Monsieur Edouard Valentin, beau-père d’Ali Bongo. Il entretenait avec Ali Bongo de très bonnes relations. Donc cette affirmation de Monsieur Péan, il va en répondre devant les tribunaux.

En août 2009, les résultats de la présidentielle ont été très contestés par André Mba Obame et Pierre Mamboundou, les deux chefs de l’opposition. Pourquoi aujourd’hui, voulez-vous attaquer Pierre Péan et pas André Mba Obame par exemple ?

Que les opposants gabonais le disent dans le cadre d’un débat politicien au Gabon, c’est une chose. Mais qu’un écrivain qui prétend être journaliste d’investigation vienne l’affirmer… Lorsqu’on fait de l’investigation, on apporte la preuve de ce qu’on écrit. Or là, Pierre Péan construit toute une fable autour de « J’ai entendu dire », « On m’a dit ». Au Gabon, ça s’appelle du « kongossa » [rumeur publique]. Et ce n’est pas sérieux de la part d’un journaliste qui se prétend en plus journaliste d’investigation. Vous observerez d’ailleurs une contradiction que Monsieur Péan apporte puisqu’en 2011, à la télévision gabonaise, Pierre Péan affirmait qu’Ali Bongo est à sa connaissance le seul chef d’Etat africain à avoir été élu sans bourrer les urnes. Et en 2014, il dit exactement le contraire. Où est la vérité ?

Autre affirmation de l’essayiste français, le président Ali Bongo ne serait pas né Gabonais, mais Nigérian. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Encore une fois, au Gabon on appelle cela du « kongossa ». C’est celui qui accuse qui doit apporter les éléments de son accusation et des preuves. Monsieur Péan n’en apporte aucune. Il fait parler des morts, il fait parler Jacques Foccart [personnage clé de la Françafrique, ndlr]. Il fait parler Omar Bongo, mais c’est du grand n’importe quoi.

En mai 2009, le futur candidat Ali Bongo produit un acte de naissance où il est écrit « Ali Bongo Ondimba », alors qu’il n’a adopté le prénom Ali que bien plus tard dans sa vie. Pourquoi cette anomalie ?

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Monsieur Ali Bongo Ondimba n’est pas l’officier d’état civil qui a rédigé son acte de naissance. Donc si une question comme cela se pose, qu’on la pose à l’officier d’état civil qui a rédigé cet acte de naissance. A deux reprises au moins dans sa vie, [Ali Bongo] a dû procéder à des ajouts dans son acte de naissance pour des raisons évidentes : la conversion à l’islam et plus tard, l’ajout du patronyme Ondimba au nom global de cette famille Bongo. Celui qui estime que cet acte de naissance n’a pas été élaboré et retranscrit sans les formes s’en prend à l’officier d’état civil et non à la personne. Ce n’est pas vous-même à votre naissance qui rédigez votre acte de naissance.

Pourquoi cette démarche de la part du futur candidat Ali Bongo en mai 2009, quelques jours avant la mort de son père ? Est-ce parce qu’il craint être attaqué sur sa nationalité d’origine ?

Mais cela n’a strictement rien à voir. Il ne vous a pas échappé qu’Omar Bongo a également connu un parcours assez particulier. Il s’est appelé Albert-Bernard au début. Il est devenu Omar Bongo après sa conversion à l’islam. Et ensuite dans les années 2000, il ajoute Ondimba, le nom de son père à son patronyme. Donc tous les enfants se sont appelés ensuite Bongo Ondimba. Il a donc fallu mettre cela dans un acte de naissance. Ça n’a rien à voir avec la filiation de Monsieur Ali Bongo Ondimba.

Au Gabon, l’opposition s’empare de cette polémique et remet en doute la nationalité d’origine d’Ali Bongo. Pour mettre fin à cette polémique, est-ce que le président et sa mère, Patience Dabany, n’auraient pas intérêt à se soumettre à un test ADN ?

Mais pourquoi devraient-ils se soumettre à un test ADN parce que l’opposition de demande ? Il suffirait qu’on remette en cause la filiation d’un enfant pour que les familles gabonaises doivent aller se soumettre à un test ADN ? Mais dans quel pays s’est autorisé ? Est-ce que Pierre Péan qui vit en France pourrait écrire un tel livre en France pour remettre en cause la filiation de quelqu’un dans un pays où cela est interdit ? Est-ce que parce qu’il s’agit d’un pays africain qu’on s’autorise ce genre de chose ? Monsieur Ali Bongo n’aura à se soumettre à aucun test ADN pour prouver on ne sait trop quoi. Il est le fils d’Omar Bongo Ondimba et de Patience Dabany. Point, à la ligne.

La chute de Blaise Compaoré et la sortie du livre de Pierre Péan, est-ce que ce ne sont pas deux évènements simultanés qui peuvent déstabiliser le pouvoir à Libreville ?

Le pouvoir au Gabon est assis sur des institutions fortes et il y a une discussion avec les populations gabonaises. Alors qu’une opposition en manque d’inspiration, en manque de projets alternatifs à proposer, essaie de jouer sur les peurs, sur les haines, sur les rancoeurs, ça ne peut pas entraîner le Gabon dans une quelconque tourmente. Les institutions fonctionnent, le dialogue est ouvert. Le 17 novembre prochain, le chef de l’Etat recevra les syndicats pour discuter des questions sociales. Il reçoit les acteurs politiques qui acceptent le jeu démocratique et républicain. Et pour ceux qui n’ont que la haine en bandoulière comme projet de société, ça les engage.

Lire aussi⇒ Download Now ⇒ Lettre ouverte_2I03

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Crédit : Mohamed ABDIWAHAB / AFP

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