Afrique / Mali : le chef de la tribu Kel Antessar adresse une lettre au médiateur de la république.

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Réaction du chef général de la Tribu Kel Antessar face aux omissions de ses communautés dans la cartographie des terroirs à Taoudeni et de certaines localités de la région de Tombouctou.
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Son Excellence Monsieur le Médiateur de la République,
Objet : Omissions à porter à votre attention
Excellence Monsieur le Médiateur de la République,
J’ai l’honneur de porter à votre  attention les constats d’omissions faits par un bon nombre de ressortissants des regions de Taoudenit et Tombouctou sur la partie Cartographie des terroirs de la République du Mali de la Charte pour la paix et la reconciliation nationale.
Il importe beaucoup pour ces ressortissants que ces omissions ou erreurs soient rectifiées pour ne pas avoir le sentiment d’être non pas acceptés mais seulement tolérés chez eux.
En effet, Excellence Monsieur Le Médiateur, mon attention a été attirée surtout par  la partie sur la Région de Taoudéni dans laquelle on peut lire  « la région de Taoudéni est habitée majoritairement par des arabes et  minoritairement de Songhoï… » .
Quelle fut la surprise de tous de voir que les nombreuses fractions kel Antessar et autres tamasheq/touareg qui habitent la zone depuis des lustres tel que l’attestent les nombreux vestiges (puits postoraux séculaires encore exploités, cimetières, etc) ont été allègrement omises de l’appartenance à cette nouvelle région de Taoudéni. Que ces populations ne soient pas considérées comme les plus nombreuses dans la zone peut passer inaperçu, peut-être, mais qu’elles ne soient pas citées du tout n’est pas acceptable.
 Des grandes zones aussi peuplées  de nomades dans les deux régions comme l’Affala (large zone allant du Nord d’ Inokinder, à l’Est à la frontière de la Mauritanie à l’Ouest), le Dawna ou Ghachaf, le Tilemsi et le Méma ne sont pas citées.
Nous sommes quelque peu étonnés, Excellence Monsieur le Médiateur, que la commission qui a été investie, sur la base de votre confiance, de l’importante  et délicate mission d’établir la cartographie des terroirs-question hyper- sensible- se soit passée des references avec une autorité scientifique indéniable  comme Paul Marty dans “Etudes sur l’Islam et les Tribu du Soudan” et les nombreuses archives coloniales et nationales post colonisation pour ne citer que celles- ci.
En effet Excellence Monsieur le Médiateur dans son ouvrage Paul Marty cité ci-dessus apporte des témoignages irréfutables de la présence des touareg de Bamba à Foita en passant par Taoudenit et cela depuis les temps immémoriaux (pages 251 à 306).
Ces témoignages historiques ont  été aussi confirmés par le rapport de tournée de recensement de 1949-1950 de l’administrateur colonial de Tombouctou, mais aussi d’autres ouvrages de recherches sur les touareg dont ‘’Le politique dans l’histoire touarègue’’ d’Hélène Claudot-Hawad dans Institut de recherches et d’études sur le monde touareg et musulman ; Nomadic Peoples de Florence Camel/New Séries, Vol.2 N0.1/2, Savoirs et Pouvoirs au Sahara (1998),pp.65-75. Les puits et terroirs essentiellement points d’ancrage Kel Antessar et autres Tamasheq dans la zone existent aujourd’hui et sont connus et reconnus de toutes les archives coloniales et nationales ainsi que dans les conventions nationales comme étant d’appartenance Kel Antessar et constituent des marques indélébiles d’une civilisation multiséculaire qui se prolonge dans le présent, en dépit des péjorations climatiques et l’inhospitalité de la zone.
Comment peut-on comprendre qu’on puisse oublier les différents puits de Atlik (une vingtaine de km au nord-ouest de Bamba) , Inouchef, Tidjouwagh, Tin Akawat, Inibrahim, Indiaran, Tin-Timaghayen (site actuel de sédentarisation de kel Alhafra du nord), Inkoman(site de sédentarisation de Kel Inkoman) Inagozmi, Inokinder, Intazlift, Inbaksa, Anouchadjren, Tadghaq, Tinwedeka, Intorchawen, Tin Boukré, In Achareh’a, Intazolt, Tintouhoun, Aybadan, Inkilla, Intechaq, Ertak, Inastilen, In abanna, Tanouten, In Tebaremt, Alghaatt, Ounane win Chatte Abala, Inchagaghane, Almahmor, Atlik, Tigoumatin, Tagouma, Louteil, Lagrayen, inelou, Albesryé et Bouneyroube près de Taoudéni et de la frontière algérienne.
Des Kel Antessar et certaines autres fractions kel tamasheq nomadisent présentement autour de ces puits marqués par l’existence encore des cimetières de  leurs ancêtres.
Tous ces puits et sites appartiennent aux Kel Antessar et d’autres communautés Kel Tamachek et datent pour les 70% d’avant l’indépendance du Mali.
Des années 2005 à maintenant avec la complicité de certains administrateurs et l’absence de l’État d’autres puits et sites sont creusés à quelques centaines de mètres de ces puits historiques dans le cadre de la politique d’occupation de l’espace et pour justifier le droit de propriété. La Carte touristique Michelin à l’IRN et les archives de la tribu Kel Antessar sont entre autres   des véritables références pour étayer toutes ces informations.
Excellence Monsieur le Médiateur, il est tout à fait normal que, du fait de la rareté de plus en plus prononcée des ressources naturelles et en l’absence d’un arbitrage approprié de l’autorité, certains citoyens lambda se livrent à des stratagèmes pour se tailler un espace vital au détriment d’autres citoyens, mais il n’est pas admissible que cela soit cautionné par les plus hautes autorités de l’Etat dont le rôle doit être la régulation parfaite des rapports entre tous les citoyens.
Cette nouvelle cartographie, Excellence Monsieur le Médiateur, risque fort, à mon avis, de donner des idées d’hégémonie à ceux à qui les terroirs ont été attribués au mépris non seulement de l’histoire, mais aussi du présent.
Des nomades kel Tamasheq finiront par payer des taxes pour nomadiser sur leurs propres terroirs. Car l’idée, de ceux qui ont creusé des puits à cinq cents mètres ou un à kilomètre des anciens (dont ils connaissaient bien l’appartenance) en leur donnant des noms arabes était de s’approprier les terroirs des communautés tamasheq, toutes fractions confondues.
Ils ont pu, avec l’appui du régime d’ATT, obtenir la région de Taoudéni en créant des cercles et arrondissements avec les nouveaux noms des puits en arabe sans  l’aval des Touareg concernés.
 Excellence Monsieur le Médiateur,  je pense que je suis en droit d’attendre, au nom des populations touareg/tamasheq, Kel Antessar ou non que les omissions et/ou erreurs insinuant l’exlusion de ces communautés de leurs terroirs de vie quotidienne et d’attache historique soient redressées pour la justice et l’équité tout cours.
Indépendamment de la Commission Spéciale dont le mandat est présentement à terme, votre mission de Médiateur de la République fait de vous l’ultime recours devant de telles anomalies.
Au nom de toutes les populations touareg, toutes tribus et fractions confondues concernées, de Tombouctou et Taoudenit et à mon nom personnel, je vous prie, Excellence Monsieur le Médiateur de la République, de croire à ma haute considération.
Bamako, le 06  juillet 2017
 Pour les populations Touareg de Tombouctou et  Taoudenit
Monsieur Abdoul Majid Ag Mohamed dit Nasser
Chef général de la Tribu Kel Antessar
CC :
 – Le Président du CSA, Chef de file de la Médiation,
– Le RSSG des Nations Unies, Chef de la MINUSMA,
– Le Haut Représentant du Chef de l’Etat,
– Le Ministre de l’Administration Territoriale,
– Le Ministre de la Décentralisation et de la fiscalité.
Par: Mohamed Ag ahmedou
Photo du profil de Alyad Ag Tenere

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