Maroc-Afrique du Sud : Voici une vidéo que les dirigeants actuels de l ‘Afrique du Sud devraient le plus souvent regarder

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Grâce au combat victorieux mené par l’ANC (Congrès national africain) de Nelson Mandela, l’Afrique du Sud jouit d’une image particulière aux yeux du monde. Entre 1948 et 1991, le pays a été sous la coupe du régime de l’Apartheid, qui institutionnalisait une stricte séparation ethnique entre la population noire, largement majoritaire et pauvre, et une fraction minoritaire de blancs qui s’accaparait pouvoir et richesses. Ce régime politique basé sur le racisme a suscité pendant des décennies l’indignation de la communauté internationale et des opinions publiques. L’ONU a certes pris des mesures coercitives à son égard, mais force est de constater que l’odieux régime n’a pu durer dans le temps que grâce à l’appui discret d’un bon nombre de puissances occidentales. Au gré des vents et des intérêts, le Maroc a présenté à l’Afrique du Sud plusieurs de ses facettes, frôlant même la schizophrénie à certaines occasions. Plonger dans l’histoire bilatérale des deux pays génère encore aujourd’hui chez ses acteurs une grande méfiance et surtout une discrétion plutôt énigmatique. Tout porte à croire que les liens complexes entre le royaume chérifien et la nation arc-en-ciel sont loin d’être un conte de fées. Un cas où l’Histoire déteint clairement sur le présent.

Le Maroc, ce grand frère

Entre l’indépendance et le début des années 1960, Rabat n’est plus inconnue des leaders du mouvement anticolonial africain. Le roi Mohammed V jouit d’une belle image de lutte contre l’oppresseur impérialiste. Son exil, suivi d’un retour victorieux, contribue à casser le mythe d’un joug colonial indestructible. En 1956, un grand nombre de pays africains luttent encore pour recouvrer leur indépendance et ne se privent pas de lorgner sur l’expérience marocaine. C’est à cet effet que le royaume souhaite montrer l’exemple en contribuant à la création du groupe dit de Casablanca, qui sera l’un des noyaux de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) au sein du club dit de Casablanca. Dans une époque marquée par la Guerre froide, ce club composé de pays comme l’Egypte, le Ghana, la Guinée-Conakry, le Mali et le GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) ambitionne de former un pôle des « non alignés » dans le continent. En Afrique du Sud, l’ANC est en pleine mutation. Après des années de militantisme pacifique improductif, Nelson Mandela crée en 1960 « Umkhonto we Sizwe » (Lance de la nation), qui se veut être la branche armée de l’ANC. Seulement, cette organisation manque de tout. Afin de garantir l’efficacité des actions prévues de guérilla et de sabotage, le jeune Nelson Mandela sait qu’il doit chercher des ressources financières, militaires et humaines auprès des gouvernements alliés à sa cause. Madiba, comme le surnomme affectueusement les Sud-africains, a bel et bien coché Rabat dans sa liste des pays à visiter. Il compte énormément sur le soutien du Maroc qui incarne encore un espoir pour les peuples africains en lutte. Après être passé par l’Ethiopie, Mandela rejoint l’Egypte, où il noue ses premiers contacts avec le FLN algérien. Ce dernier est devenu une référence en matière de lutte armée au vu de l’efficacité dont il a fait preuve sur le terrain algérien face aux forces françaises. Le leader de l’ANC réalise qu’il lui est indispensable de leur rendre visite au plus près de leur théâtre d’opération. Dès lors, l’étape marocaine devient tout simplement incontournable.

Une visite clandestine

En mars 1962, Nelson Mandela foule pour la première fois le sol marocain. Son interlocuteur direct n’est autre que le docteur Abdelkrim Khatib, alors Ministre d’Etat chargé des Affaires africaines. Fin diplomate et grand connaisseur de l’Afrique, ce chirurgien de formation incarne depuis la fin des années 1950 le parfait agent de liaison avec les organisations nationalistes africaines. Il compte à son actif des opérations de soutien au MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), au PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert) et plus tard au ZAPU (Zimbabwe african people’s union). L’expérience ne manque donc pas au docteur Khatib qui entretiendra, jusqu’à sa mort en 2008, une sincère amitié avec Nelson Mandela. Ce dernier n’hésitera d’ailleurs pas à lui rendre hommage en sa présence, lors de son discours au Cap le 27 avril 1995. Lors de cette brève allocution, Madiba explique lui-même les circonstances de sa rencontre avec le docteur marocain 33 ans auparavant. Il y raconte que la première question qu’il adresse à son interlocuteur concerne la possibilité de rencontrer le nouveau roi Hassan II. A ce moment-là, Nelson Mandela ignore que le docteur Khatib dispose de toute latitude concernant le traitement de ce type d’affaires. Même si le règne a changé de main, le Maroc de l’après-Mohammed V hérite, pour encore peu de temps, du rôle de phare pour les pays africains en lutte contre le colonialisme et l’oppression. Néanmoins, en cette année 1962, Hassan II semble clairement s’orienter vers un alignement sur les Etats-Unis, et c’est à ce titre que la discrétion concernant la visite de Mandela (considéré alors comme un dangereux terroriste communiste) est de mise. Quoi qu’il en soit, Madiba n’aura pas l’occasion de rencontrer le monarque cette fois-ci, mais obtient satisfaction sur toutes les autres demandes qu’il formule. Le docteur Khatib lui promet de livrer des caisses d’armes via le poste consulaire marocain à Dar Essalam en Tanzanie. Il répond favorablement à la demande de formation militaire des militants de l’ANC. Pour ce faire, il propose d’envoyer un avion marocain en Tanzanie, afin de récupérer les hommes de Mandela et de les acheminer vers le Maroc où leur formation sera prise en charge. Enfin, la question de l’aide financière se résout par l’envoi de 5000 livres britanniques sur un compte bancaire londonien. Dans son discours, Nelson Mandela conclut non sans humour : « Après ça, le docteur m’a demandé si je voulais toujours voir le roi Hassan II, je lui ai répondu non merci ». Une déclaration teintée néanmoins d’une légère pointe d’amertume, comme le révélera plus tard Mandela en personne à un diplomate qui a exercé dans la région et qui souhaite garder l’anonymat.

Ce voyage de mars 1962 au Maroc est une réussite totale pour Nelson Mandela, mais sa mission n’est pas terminée pour autant.

Le 11 février 1990, le monde entier fête la libération de Nelson Mandela. Après avoir passé 28 années de son existence enfermé dans la prison de Robben Island, Madiba remporte son combat herculéen et s’apprête à prendre les rênes de la destinée de son pays. Il incarne toujours au sein de son parti historique, l’ANC, le symbole de la lutte contre l’oppression et le racisme. En 1993, après d’âpres négociations, Nelson Mandela et le président Frederik de Klerk parviennent à trouver un accord pour tourner définitivement la sombre page de l’Apartheid. La même année, les deux hommes se voient attribuer le prix Nobel de la paix. Madiba, redevenu entre-temps chef de l’ANC, est fin prêt à lancer sa campagne présidentielle. Il entame une tournée internationale dont l’objectif est double. Il doit d’abord récolter des fonds en vue des prochaines échéances électorales, et ensuite en profiter pour saluer les efforts des pays amis de l’ANC. Comme en 1962, il choisit de passer par la case Rabat. Cette fois, le roi Hassan II le reçoit avec tous les honneurs dus à son rang. Une satisfaction en forme de revanche personnelle pour le futur président d’Afrique du Sud. D’après notre source diplomatique, Hassan II aurait fourni une enveloppe de 12 millions de dollars destinée aux caisses de l’ANC. Encore une fois, Mandela ne part pas les mains vides du Maroc. Dans ses mémoires, il insiste sur la reconnaissance qu’il exprime au Maroc de Hassan II. Dans une interview, il va même jusqu’à prononcer une phrase restée célèbre : « Je suis un disciple de Gandhi et de Mohammed V ».

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Le 27 avril 1994, Nelson Mandela devient le premier président de la nouvelle République d’Afrique du Sud. Tout au long de son mandat, Madiba parvient à contenir la colère d’une certaine frange de l’ANC, hostile au Maroc et favorable au tandem Algérie-Polisario. Mais ce n’est que partie remise. Toujours selon la source diplomatique proche de l’ANC, Nelson Mandela aurait souhaité assister aux funérailles du monarque marocain, décédé seulement quelques jours après la passation de pouvoir en Afrique du Sud. Seulement son état de santé, déjà dégradé à l’époque, ne le lui aurait pas permis de faire le déplacement. En juin 1999, le nouveau président sud-africain Thabo Mbeki entre en fonction et multiplie les signes d’amitiés envers l’Algérie et le Polisario.

Voici une vidéo que les dirigeants actuels de l ‘Afrique du Sud  devraient le plus souvent regarder, le Maroc a été l’architecte de la libération de l’Afrique du Sud. Prononcé de la bouche du feu Mandela en personne. Pourtant aujourd’hui les « leaders » actuels en ont fait leur principal adversaire. Quel ingratitude ses sud africain .

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