Le Gabon suspend sa mission diplomatique en France



Crise entre Paris et Libreville : Le Gabon suspend sa mission diplomatique en France.



Des propos fâcheux du Premier ministre français sur un plateau de télévision , le 16 janvier, amènent le Gabon à rappeler à Libreville son ambassadeur à Paris.

Le président gabonais, Ali Bongo, le 10 novembre 2015 lors de la COP 21, à Paris.

Le Gabon n’a guère apprécié les propos tenus par Manuel Valls, samedi soir dans l’émission « On n’est pas couché« , sur France 2. A tel point que Libreville a décidé, dimanche 17 janvier, de rappeler son ambassadeur en France, Germain Ngoyo Moussavou. Objet du courroux gabonais : une petite phrase du Premier ministre laissant entendre que le président de ce pays, Ali Bongo, n’a pas été élu régulièrement.

Des paroles prononcées au cours de l’échange tendu que le Premier ministre a eu avec l’humoriste Jérémy Ferrari.

Invité hier du journal de 20-heures de Gabon Télévision, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de l’hygiène publique, Pacôme Moubelet Boubéya, a annoncé que le gouvernement gabonais vient, par la voix de son ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères, de rappeler son ambassadeur en consultation. Motif : les propos tenus le samedi 16 janvier 2015 sur la deuxième chaîne de télévision française par le Premier ministre français selon lesquels, en 2009, Ali Bongo n’a pas été élu, du moins «pas comme on l’entend», selon l’expression exacte de Manuel Valls.

Dans les us et coutumes diplomatiques, le rappel en consultation d’un chef de mission diplomatique signifie que son gouvernement met temporairement fin à la mission de celui-ci. C’est l’une des étapes, après la lettre de protestation notamment, qui mène à la rupture des relations diplomatiques. C’est donc dire que le rappel à Libreville de Germain Ngoyo Moussavou, l’ambassadeur haut représentant du Gabon, est le signe de nouvelles tensions entre les deux capitales qui n’en ont manqué depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir en France.

Il est vrai que les relations entre Paris et Libreville n’ont jamais été un long fleuve tranquille. Mais c’est depuis l’arrivée au pouvoir à Libreville d’Ali Bongo que le rappel en consultation de l’ambassadeur s’est effectué aussi souvent. Depuis 2009 en effet, c’est la troisième fois que le gouvernement gabonais rappelle son ambassadeur en consultation. Il y a eu notamment la crise née de la confiscation de l’avion présidentiel il y a quelques mois. D’autres sujets ont fait l’objet de crispations entre les deux capitales, notamment la mise en garde à vue du directeur de cabinet du président de la République à la PJ de Nanterre (en banlieue parisienne), puis de celle de Seydou Kane, un autre proche du chef de l’Etat. Dans ce registre, on pourrait aussi signaler la sortie, en octobre 2014, du livre de Pierre Péan «Nouvelles Affaires africaines, mensonges et pillages au Gabon».

Ce qui suscite l’ire des autorités gabonaises est une petite phrase de Manuel Valls, samedi soir dans le talk show (émission de divertissement à laquelle sont régulièrement invitées des personnalités publiques) animé par Laurent Ruquier sur France2. Invité de cette émission, «On n’est pas couché», le Premier ministre français, répondant aux charges d’un invité, a littéralement affirmé qu’Ali Bongo n’a pas gagné l’élection présidentielle de 2009 au Gabon. «Élu, Ali Bongo, finalement ?», a demandé l’interlocuteur de Manuels Valls. Et celui-ci de répondre : «Non. Pas comme on l’entend !»

Lire aussi: ⇒ Pierre Péan »Puant » / Quelles preuves le » jour n’a liste » français avance-t-il ?

Appelé dimanche soir à commenter cette actualité au journal de 20 heures sur Gabon Télévision, Pacôme Moubelet Boubeya a marqué sa «surprise» et son «étonnement» après les propos de Manuel Valls, alors que, a-t-il dit, «nos deux pays entretiennent d’excellentes relations». Tout en indiquant que le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie et de l’Intégration Régionale a rappelé immédiatement en consultation «notre ambassadeur à Paris», le ministre de l’Intérieur dit attendre que Manuel Valls explicite sa pensée.

Ce n’est pas la première fois que l’élection d’Ali Bongo en 2009 est contredite en France. Déjà, dans un documentaire titré «Françafrique – 50 années sous le sceau du secret», signé par Patrick Benquet et diffusé en décembre 2010 sur France 2, des personnalités françaises, de droite comme de gauche, avaient édifié l’opinion française sur ce qui s’était passé en 2009 lors de cette présidentielle. «On a inversé les résultats au bénéfice d’Ali Bongo», avait déclaré un ancien Conseiller Afrique de l’Elysée. Au Gabon également, des voix s’élèvent pour dénoncer le caractère partial des institutions chargées d’organiser des scrutins électoraux au Gabon. Et ce ne sont pas les propos qu’aurait tenus le ministre de l’intérieur au jeune frère de Léon-Paul Ngoulakia qui vont apaiser le climat préélectoral actuel au Gabon.

Plus clairement, en demandant au ministre de l’Intérieur de réagir aux propos de Manuel Valls en lieu et place du porte-parole du gouvernement, le chef du gouvernement n’a pas fait un choix judicieux. Pacôme Moubelet Boubeya qui avait, en effet, enjoint le jeune frère de Léon-Paul Ngoulakia en décembre dernier, d’aller dire à celui-ci qu’«aucun opposant ne gagnera l’élection présidentielle tant que je serai ministre de l’Intérieur», devait éviter de se montrer aussi tôt devant les caméras !

Germain Ngoyo Moussavou, le Haut-Représentant du Gabon à Paris, rappelé à Libreville pour consultation. © D.R.

Germain Ngoyo Moussavou, le Haut-Représentant du Gabon à Paris, rappelé à Libreville pour consultation

Germain Ngoyo Moussavou, le Haut-Représentant du Gabon à Paris, est attendu dès mardi à Libreville, selon des «sources proches du dossier». Les mêmes sources avancent que ce rappel en consultation pourrait durer quinze jours ou beaucoup plus. De même, on ne sait pas si la visite économique du Premier ministre français prévue à Libreville dans la deuxième quinzaine du mois de février est maintenue. Manuel Valls devait en effet effectuer une visite de quarante-huit heures dans la capitale gabonaise, accompagné de nombreux chefs d’entreprises françaises.

Avec, gabonreview