La face cachée de l’État papal.



La banque du Vatican est l’une des principales actionnaires de la plus grande fabrique d’armements en Italie : Pietro Beretta contrôlé par la Holding SPA Beretta.

L’actionnaire majoritaire après Gussalli Ugo Beretta est l’IOR (institut pour les œuvres de religion), plus communément appelée, La Banque du Vatican, une institution financière privée dont le siège se trouve au Vatican.



 

L’Institut des œuvres religieuses, la banque de Dieu qui sent le soufre

Ettore Gotti Tedeschi, ex-président de l’IOR
(Institut des Œuvres Religieuses), la banque du Vatican

Le 7 mars 2012, le département d’État états-unien a ajouté, pour la « première fois », le Vatican à une liste d’États « potentiellement vulnérables »  au blanchiment d’argent. Et ce, en raison des fonds importants qui circulent entre le Saint-Siège et le reste du monde.

Cette liste ne concerne cependant pas les pays considérés comme « les plus préoccupants », liste où figurent… les États-Unis eux-mêmes, mais aussi la France, le Brésil, la Chine, l’Afghanistan, l’Irak.

Vu de Rome, cette information ne fait que confirmer la nécessité de la stratégie engagée par Benoît XVI en septembre 2009, lorsqu’il a renouvelé la gouvernance de la « banque du Vatican », l’Institut des oeuvres religieuses (IOR). À sa tête, il a placé Ettore Gotti Tedeschi, ancien président de la banque espagnole Santander en Italie. Et il lui a confié le mandat de mettre les finances du Vatican en conformité avec les normes de transparence internationales, de façon à lui permettre de figurer sur la « liste blanche » de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), garante de la lutte contre le blanchiment dans le monde.

Opacité

De fait, l’histoire de l’IOR est riche d’ombres. Créée à l’origine pour faciliter les transferts financiers entre Rome et les terres de mission, sa structure opaque, et notamment ses comptes numérotés anonymes, ont pu faciliter des opérations de « recyclage » de fonds liés à des activités parapolitiques, notamment italiennes. De cela, le pape a voulu faire table rase.

Le 30 décembre 2010, il a promulgué la loi 127, entrée en vigueur le 1er avril 2011, qui doit permettre au Vatican de se mettre en conformité avec les normes internationales. Elle crée et garantit l’autonomie d’une « autorité d’information financière », présidée par le cardinal Attilio Nicora, ancien président de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (Apsa).
cardinal Attilio Nicora

Elle interdit les « comptes, dépôts ou livrets anonymes, numérotés ou aux noms fantaisistes ».

Ettore Gotti Tedeschi

Ettore Gotti Tedeschi, 67 ans, fervent catholique, nommé président de la banque du pape, l’Institut des oeuvres religieuses (IOR) en septembre 2009 pour y remettre les finances en ordre et permettre au Vatican de rejoindre la liste des pays respectant les normes contre le blanchiment (« white list« ), quitte ses fonctions au terme d’un bras de fer concernant l’application d’une nouvelle loi vaticane sur la transparence financière.

Au printemps, cette législation avait fait l’objet de polémiques: plus conforme aux requêtes internationales pour les uns, protégeant encore trop excessivement le Vatican pour d’autres.

Le limogeage du patron de l’IOR survint quelques semaines avant que les experts européens de Moneyvaldécident si le Vatican peut figurer sur cette « White list« . Il se produit aussi dans une atmosphère empoisonnée au sein de l’administration du Saint-Siège.

Depuis janvier 2012, des documents confidentiels ont été transmis clandestinement à la presse italienne, révélant les luttes de pouvoir et la persistance de la corruption dans l’administration vaticane. Beaucoup de ces documents sont rassemblés dans le livre « Sua Santita – Sa sainteté » du journaliste italien Gianluigi Nuzziun. ( 01 )

Ces fuites, contre lesquelles le Vatican s’est insurgé, auraient joué un rôle non négligeable dans le limogeage du banquier, selon des sources vaticanes.

Scandales retentissants

Spécialiste de l’éthique de la finance, Ettore Gotti Tedeschi a été désavoué à l’unanimité par le conseil d’administration de l’IOR. Il lui est reproché de «n’avoir pas su remplir certaines fonctions de première importance», en dépit des avertissements répétés alors que la situation continuait de «se détériorer».

Mgr Carlo Maria Vigano, ancien secrétaire général du gouvernorat du Vatican, devenu nonce à Washington, avait dénoncé l’an dernier dans des lettres à Benoît XVI des cas de«gabegie» et de «corruption» au sein de l’administration vaticane. ( 02 )

Le pape allemand a fait de la transparence et de la rigueur une priorité et avait créé à cette fin en décembre 2010 l’Autorité d’information financière (AIF). L’IOR, lié dans le passé à des scandales de grande ampleur en Italie, a une réputation sulfureuse.

Le rôle de la «banque du pape» –qui a un patrimoine de 5 milliards d’euros– est de gérer les comptes de milliers d’ordres religieux et d’associations catholiques.

Même si les membres du Conseil d’administration ont exprimé leur «tristesse» devant les évènements qui ont conduit au vote de défiance, ils «considèrent que cette action est importante pour préserver la vitalité de l’institution».

Interrogé par l’Ansa, M. Gotti Tedeschi s’est refusé à tout commentaire. «Je préfère ne rien dire, sinon je devrais dire des choses grossières», a-t-il lâché. Une commission de cardinaux doit se réunir pour«décider des chemins opportuns à prendre à l’avenir».

Blanchiment d’argent au Vatican

Dans la tourmente après l’affaire des «Vatileaks», le Saint-Siège a été jugé conforme dans la lutte contre le blanchiment de l’argent sale par le Conseil européen . Mais des efforts doivent être encore réalisés.

Dans un rapport publié mercredi, le Saint-Siège a été jugé largement conforme ( 03 ) par le Conseil européen pour la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Mais des questions cruciales restent à résoudre, notamment pour renforcer le contrôle sur la Banque du Vatican.

Ce rapport des experts de Moneyval ( 04 ) qui a été adopté le 4 juillet 2012 à Strasbourg, puis soumis au contrôle du Saint-Siège, donne une quarantaine de recommandations pour que la Cité du Vatican puissent faire des progrès et être reconnue comme un État vertueux en matière de transparence financière. Il s’avère que sur les 45 recommandations du Gafi (Groupe d’action financière) ( 05 ), 23 (51%) ont été jugées partiellement conformes ou non-conformes, et 22 (49%) sont conformes ou largement conformes.

«Le Saint-Siège a beaucoup progressé en très peu de temps», et la plupart des exigences antiblanchiment ont été formellement adoptées. «Toutefois, il reste encore d’autres problématiques importantes à traiter.» indique le rapport.

Parmi les questions clés à résoudre, il y a le statut de l’Institut des Œuvres des religions qui fait office de fonds souverain de l’État pontifical. «Il est fortement recommandé que l’Institut pour les œuvres de religion soit placé sous la supervision indépendante d’un superviseur prudentiel dans un proche avenir», écrit le comité Moneyval. Le patrimoine de l’IOR est évalué à cinq milliards d’euros, dont 80% appartiennent à des monastères et des congrégations religieuses.

Il faut aussi renforcer «la base législative pour la supervision». Les experts européens ont estimé qu’il y avait un manque de clarté sur le rôle, la mission, les compétences, les pouvoirs et l’indépendance de l’ARF (l’Autorité chargée des renseignements financiers, une institution du Vatican) en sa qualité de superviseur pour la lutte contre le blanchiment d’argent. Il est notamment souligné, qu’il n’y a eu «aucune visite sur place, ni aucun test par échantillons des dossiers de clients».

Le Vatican prêt à «renforcer» ses efforts

Lors d’une conférence de presse, Monseigneur Ettore Balestrero, le sous-secrétaire chargé des Rapports avec les États, a déclaré que le Vatican est prêt à «renforcer» ses efforts dans la lutte contre le blanchiment d’argent sale et le financement du terrorisme, pour devenir «un partenaire fiable de la communauté internationale».

Mgr Ettore Balestrero

La publication du rapport de Moneyval intervient alors que le Vatican se trouve en pleine tourmente suite à l’affaire des «Vatileaks», le scandale qui porte sur une série de documents communiqués aux médias italiens en janvier et février 2012.

Ces dossiers révèlent des affaires de «corruption» et de «malversations» dans la gestion du patrimoine du Saint-Siège.

 

L’Institut pour les œuvres de religion (IOR) est notamment au coeur de ce scandale. Dans les années 70-80, l’IOR avait été impliqué dans des affaires mêlant mafia et loges maçonniques.

Pour redorer le blason du Vatican, Benoit XVI avait donc décidé de rejoindre la liste des États transparents dans la lutte antiblanchiment. Mais l’Institut est de nouveau sous les projecteurs suite à une transaction suspecte de 23 millions d’euros effectuée en 2010.

L’IOR, mystérieux temple financier du Vatican s’ouvre aux journalistes

Le Vatican, en pleine tempête « Vatileaks », a laissé la presse internationale pénétrer dans son Institut pour les oeuvres de religion (IOR), objet de tous les fantasmes, pour tenter de la persuader qu’il n’est que le bras financier de ses oeuvres de charité.

Convaincant ou non, l’exercice, arbitré par le directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, aura attiré 55 journalistes, en majorité de la presse italienne, mais aussi de l’étranger, parfois venus exprès à Rome. D’autres n’ont pas été admis faute de place.

« Pas d’enregistrement audio, pas d’image« ,
telle était la consigne.

Une opération de relations publiques dans une légère tension palpable, alors qu’à l’IOR sont associés des scandales sulfureux: faillite du « Banco Ambrosiano », recyclage de l’argent de la mafia, services secrets, loge maçonnique, etc….

Un exercice de normalité d’autant plus indispensable que l’État du Vatican se préparait à passer avec succès les tests de transparence des experts du Conseil de l’Europe, et qui lui permet d’intégrer la « liste blanche » des Etats efficaces contre le recyclage de l’argent sale.

Il s’agit au fond de démonter une image ternie à la « Da Vinci Code », alors que le plus petit État du monde est victime d’une fuite de documents confidentiels sans précédent et que l’ancien patron de l’IOR, le médiatique Ettore Gotti Tedeschi, a été limogé brusquement fin mai 2012.

Déjà les diplomates avaient été invités à des visites ce printemps pour s’initier à la finance vaticane.

Inexistence de codes numérotés, conditions strictes comme l’autorisation du supérieur pour l’ouverture d’un compte individuel, absence de tous rapports avec les banques off-shore, obligation de signalement des transactions suspectes à l’Autorité d’information financière (AIF) créée en 2010, révision du budget annuel par le cabinet d’audit Deloitte: telles ont été quelques unes des règles de transparence énoncées par Paolo Cipriani. « Il s’agit d’un contrôle à 360 degrés« , a-t-il martelé.

L’Institut des œuvres religieuses (IOR) s’occupe des biens du Vatican depuis 1887

A première vue, l’IOR semble une citadelle imprenable et mystérieuse: une massive tour en pierre de taille, de l’époque moyenâgeuse.

Dans une haute salle ronde et voûtée, des guichets attendent les clients qui sont rares. L’aménagement est clair, sobre, élégant et confortable. Une croix et une horloge se font face aux murs.

Plus bas encore, sont les coffres. L’IOR — 112 employés — dispose de fonds à hauteur de 6 milliards d’euros, ( 7 milliards 600 $ en canadiens) ce qui correspond à 33 000 comptes d’environ 25 000 entités différentes (congrégations, etc).

5% seulement de cette somme sont investis dans des produits à faible rendement. « Sans but spéculatif », proclame M. Cipriani, exprimant à plusieurs reprises son « émotion » de devoir révéler dans le détail les arcanes de l’institut qu’il dirige depuis cinq ans.

77% des clients de l’IOR viennent d’Europe, et 7% du Vatican même. L’IOR est sous la supervision d’une commission de cardinaux et n’embauche que des catholiques pratiquants.

Parmi les questions sélectionnées par le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, la plus prévisible tombe: « le pape a-t-il un compte ? »: « Non ».

M. Cipriani est interrogé sur la loi anti-recyclage du 24 avril 2012, qui aurait atténué le rôle de l’AIF au profit de la Secrétairerie d’État. Il souligne sa rétroactivité, en assurant que l’AIF a le droit de demander des éclaircissements sur des opérations antérieures à 2010.

Il assure aussi que l’IOR collabore pleinement avec une enquête de la justice italienne qui tente de déterminer l’origine — mafieuse peut-être — de transferts à travers l’IOR.

La gestion de l’institut qui « n’est pas une banque », assure M. Ciprini, a été une des raisons de la mésentente entre lui et M. Gotti Tedeschi.

A la fin de l’exercice, il exhibe un tee-shirt où est inscrit « anti-money-laundering expert » avec le dessin d’une lessiveuse barrée d’une croix noire.

Le Vatican embauche un journaliste de Fox News USA pour sa communication

Soucieux de soigner ses relations avec la presse, le Saint-Siège a nommé Greg Burke, correspondant de la chaîne de télévision américaine Fox News basé à Rome, »haut conseiller en communication ». Greg Burke, correspondant basé à Rome et chargé de la couverture de l’Europe et du Proche-Orient pour Fox, va devenir « haut conseiller en communication » de la Secrétairerie d’État du Saint-Siège, organe de gouvernement chargé d’aider le pape dans l’exercice de sa mission.

Greg Burke, originaire de Saint-Louis dans le Missouri, travaille depuis 10 ans pour la chaîne. Il était auparavant le correspondant du magazine Time à Rome.

Histoire sulfureuse

L’IOR a connu plusieurs scandales dont le plus célèbre est la faillite de la banque Ambrosiano, dont il était l’actionnaire majoritaire.

L’enquête a montré que la banque Ambrosiano recyclait l’argent de la mafia sicilienne, en relation avec la loge maçonnique illégale P2. Roberto Calvi, le «Banquier de Dieu», directeur de l’Ambrosiano, fut retrouvé pendu sous un pont de Londres en 1982.

L’archevêque américain Paul Marcinkus, directeur de la Banque du Vatican pendant dix-huit ans, entre 1971 et 1989, avait été soupçonné d’être mêlé à différents scandales.

En septembre 2010, le parquet italien avait ouvert une enquête visant notamment Ettore Gotti Tedeschi pour blanchiment présumé de 23 millions d’euros. Puis en juin 2011, il avait levé tous les soupçons.

Le Vatican s’était réjoui de cette décision qui «confirmait le sérieux de l’engagement du Vatican à appliquer pleinement les normes internationales pour la prévention et la lutte contre les activités illégales

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