Marrakech Security Forum : front commun contre la cybercriminalité en Afrique

Les Etats africains sont appelés à faire front commun, sur les plans institutionnel, juridique et technologique, afin d’endiguer les menaces de la cybercriminalité, nuisibles à la stabilité et à l’économie africaines, ont plaidé, samedi, les participants à la 6ème édition du Marrakech Security Forum.

Face à des législations rudimentaires et un essor sans précédant des flux informatiques, les pays africains n’ont d’autre choix que de faire bloc aux niveaux institutionnel, juridique et technologique, pour contrer les menaces sécuritaires découlant de la cybercriminalité, ont-ils relevé lors d’une séance plénière sur « L’Afrique face à la cybercriminalité et au cyber-terrorisme ».

L’essor numérique débridé et la désuétude de l’arsenal juridique ont érigé l’Afrique en une terre de prédilection pour la cybercriminalité et son corolaire le cyber-terrorisme, a indiqué le directeur du Centre satellitaire de l’Union européenne, Pascal Legai.

Protéiforme, le cyber-crime en Afrique mute, change en fonction des cibles et, pis encore, s’affranchit de toutes les juridictions, a-t-il fait remarquer, soulignant l’inéluctabilité « d’agir vite et de se coordonner » pour colmater les failles.

De par sa nature transfrontalière, la cybercriminalité est difficile à contrôler, d’où la nécessité, pour les Etats africains, d’harmoniser les politiques et législations nationales pour apporter une réponse normalisée aux menaces qui en découlent, a encore dit M. Legai.

Pour lui, « la communauté internationale est invitée à porter main forte à l’Afrique pour affûter ses mécanismes cyber-sécuritaires ».

De son côté, le directeur de l’Organe de coordination belge pour l’analyse de la menace (Belgique) Vandoren André a mis l’accent sur le risque que recèle le cyber-terrorisme comme étant un outil nouveau permettant aux groupes terroristes de repérer, d’incuber et d’enrôler des jeunes, « majoritairement paumés ».

La méthodologie de l’Etat islamique est une illustration on ne peut plus claire de la « propagande jihadiste » sur la toile, cette organisation ayant réussi à développer de nouveaux modus operandi, avec à l’appui une maitrise avérée de l’outil informatique et une armada de connaisseurs en la matière.

Les plateformes informatiques de l’EI sur le web constituent des pépinières de jihadistes, a-t-il indiqué, ajoutant que les Etats doivent agir, avec célérité, pour concevoir des politiques à même de détecter les « niches d’embrigadement » et d’assurer une traçabilité des entités et des éléments d’obédience extrémiste.

Notant que l’Afrique compte quelque 200 millions d’internautes, le directeur du London Academy of diplomacy (Malte), Mifsud Joseph, a, quant à lui, jugé nécessaire et vitale la mise en place d’une plateforme de partage d’informations aux niveaux régional et sousrégional, « en vue de progresser vers une normalisation totale des politiques cyber-sécuritaires en Afrique ».

Selon lui, il est aussi question de penser des actions proactives et des dispositifs d’anticipation, les cybercriminels étant toujours en avant par rapport à leurs traqueurs.

« C’est une confrontation asymétrique », a-t-il résumé, précisant qu’en Afrique, ce constat est encore plus patent à cause de la vulnérabilité des systèmes informatiques.

La 6ème édition du Marrakech Security Forum (13-14 février courant), qui se tient sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, sous le thème « L’Afrique face aux menaces transnationales et asymétriques », sert de tribune pour quelque 300 hauts responsables civils, militaires, sécuritaires, experts et représentants d’organisations internationales pour stimuler une meilleure compréhension de thématiques clés pour le devenir du continent africain.

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les « sakawaboys »:

GHANACYBER 1H32MIN

On les appelle les « sakawaboys ». Ils se sont érigés en robin de bois du net au Ghana. Ces derniers sèment la désolation dans bien des foyers occidentaux, en les dépouillant de presque toutes leurs fortunes. Leur méthode : l’arnaque du sentiment, le chantage … sont entre autre leurs techniques d’arnaque.

Dans ce cyber café d’Accra, la capitale Ghanéenne, il est 1h32min du matin. Le spectacle est insoutenable. Des adolescents couchés dans ce cyber café, dans l’espoir de recevoir le coup de fil de leurs correspondants. En raison du décalage horaire, ces « sakawaboys », comme on aime à les appeler au Ghana, sont obligés, comme dans la plus part du temps, de faire le pied de grue : « on attend tous les jours ainsi si on veut échanger avec nos correspondants qui se ne connectent qu’après le boulot » laisse entendre adolescent d’à peine 14 ans, somnolent. Pour lui comme bien d’autres adolescents de son âge, c’est devenu un rituel. Un rituel pour lequel on ne peut plus se passer, puisqu’ayant pris goût à l’arnaque sur internet.
Cela fait déjà quelques années qu’ils sont dans le métier. À force de pratiquer l’arnaque, ils ont acquis une solide expérience, à tel point que leurs records, en terme de gain, sont importants. Pas question donc de s’arrête en si bon chemin quelques soient les obstacles. Dans ce clan select, où n’entre pas qui veut, la rigueur et surtout la vigilance sont de mise. Au risque de se faire arrêter, ceux-ci privilégient de contourner les garde-fous mis en place par les autorités ghanéennes.
Les heures de prédilection des cybercriminels
C’est en pleine année scolaire, que la photo de cet article a été prise. Particulièrement à 1h32minutes.Une heure à laquelle, les autres enfants de leurs âges dorment paisiblement, en attendant de reprendre le chemin de l’école le lendemain. Ils sont de plus nombreux ces jeunes ghanéens à quitter les bancs de l’école au profit de l’arnaque sur internet. Pour ces adolescents donc l’âge est compris entre 13 et 18 ans, le seul moyen de subsistance reste l’arnaque. Avec des gains de plus en plus colossaux, L’éducation est donc reléguée au second plan. « On va à l’école pour devenir riche, alors pourquoi devrais-je continuer si j’arrive à gagner assez d’argent en quelques heures ?» s’interroge Koffi, jeune arnaqueur tout sourire. Une question pertinente qui sème le trouble et amener à se poser cette question. Comment ces jeunes ghanéens arrivent-ils à mener à bien leurs coups ; malgré la présence des services de répression ?
Les « sakawaboys » et leur mode opératoire
Le Cabinet Américain « IOVATION », spécialisé dans la protection des entreprises en ligne, soulignait dans son dernier rapport de 2012 que : « les cybers criminels ghanéens opéraient entre minuit et 1 heure du matin ».Et c’est bien vrai puisque au cours de notre enquête nous avons fait le même constat. D’aucuns ce sont maintes fois poser la question de savoir comment ces fameux sakawaboys arrivaient à détourner autant de millions aux occidentaux, sans laisser des fois des traces. C’est pourtant un jeu d’enfants pour eux, puisque leur réseau semble très bien organisé. Ils disposent d’une large avance sur les services de répressions de leur pays qui n’ont pas des moyens pour lutter contre ce phénomène. Contrairement aux ivoiriens, les sakawaboys travaillent avec des mentors appelés « agentman ». Ce sont eux qui coordonnent toutes les opérations. Ils reçoivent les appels et jouent, le rôle d’intermédiaire entre les agents de transfert de fond, la police et le jeune fraudeur. Une fois que le poison ait mordu à l’hameçon, les sous sont repartis entre ces personnes précitées. Ils sont, à chaque fois, très vigilants dans toutes les opérations, car ce n’est pas tous les policiers ghanéens qui sont véreux. Le Ghana enregistre chaque, 80 cas de cyber crimes, selon des chiffres publiés en juillet 2013 par le ministère de la Communication. Des crimes commis par ces sakawaboys. Face à cette situation préoccupante, les autorités ghanéennes envisagent d’ici à mars 2014, mettre sur place un dispositif pour répondre aux attaques informatiques (CIRT).
L’ONU plus que jamais sollicitée
L’Institut interrégional de recherche des Nations unies sur la criminalité et la justice- UNICRI-,dans le cadre des activités,organise, du 22 au 24 mars prochain, un séminaire sur la question de sécurité internet. Paradoxe peu de pays africain prendront part à celui-ci, puis que la participation à ce séminaire est payante : 450 euros. Des mesures devraient être prises pour former des acteurs impliqués dans la lutte contre le cyber crime en Afrique puisque le phénomène prend des proportions inquiétantes. Qu’attend donc, l’ ONU pour taper du poing sur la table, vu que la plus part des états africains n’ont des moyens pour mettre fin au phénomène de la cybercriminalité en Afrique de l’ouest. Les experts sont unanimes. Les pays africains doivent se doter d’un arsenal juridique en matière de cyber sécurité et des services de prévention des risques,à même de repérer les failles et d’assurer la sécurité de leurs données en ligne, au risque d’essuyer les attaques de cybercriminels. Il n’en a pas fallu assez aux cybers pirates pour effrayer les autorités sud-africaines. Mars 2013 une pilule amincissante s’est invitée, le compte Twitter du ministère de la sécurité sud-africain a la grande surprise de ces derniers. Un acte qui n’est autre que l’œuvre des pirates qui viennent comme pour rappeler aux autorités sud-africaines et africaines qu’ils sont bien là et qu’ils peuvent frapper à n’importe quel moment. La menace est bien présente sur le continent Africain et particulièrement en Afrique de l’ouest. Même si les arnaques pratiquées pour le moment se limitent à des particuliers, elles vont s’étendre dans les années à venir aux entreprises et aux institutions.

http://www.voicesofyouth.org/

 

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